Imaginez une immaturité merveilleuse dans laquelle nous serions invités à résider. Terminés la notion de responsabilité, comme de culpabilité, d’initiative comme le moindre effort de volonté à fournir. La bouffe tomberait du ciel directement dans nos becs goulus et tout le monde se taperait sur l’épaule en se crachant à la figure pour « rire » comme dans un gigantesque bac à sable.

L’homme accompagné de la femme toujours seraient parvenus enfin à s’amuser pour de vrai.

On s’use l’âme à s’amuser c’est bien connu. Du coup l’âme finirait par s’évanouir peu à peu, ne serait-ce pas le « meilleur des mondes » enfin ?

Les gouvernants gouverneraient sans encombre, alliés comme jamais aux industriels comme aux banques afin de toujours produire des règles et des lois qui nous maintiendraient dans le merveilleux rôle de consommateurs. Nous aurions une ou deux fois l’an le droit d’assouvir nos désirs comme notre violence afin de purger le système, de le rebooter. On inventerait une ou deux mascarade, un carnaval, une orgie générale, une élection et le tour serait joué, la violence enfin jugulée.

Pourtant ce serait oublier le sérieux que nécessite tout amusement. Les enfants le savent, ils prennent même cela très au sérieux. Dans le fond les adultes ont détourné l’amusement en le vidant de sa gravité, en inventant de nouvelles règles basées sur l’effroyable, la mélancolie, et le désespoir, autant de concepts ubuesques qui les fait paraître graves et importants.

Me revient encore au nez les bonnes odeurs qui se dégageaient des dînettes enfantines entourées par tous les elfes et les lutins de ma campagne bourbonnaise. Avec la fille du restaurateur d’à coté nous jouions au papa et à la maman, nous nous amusions follement à déguster d’invisibles poulets grillés qui fleuraient bon en éprouvant la réalité imaginaire des vieux couples qui s’effleurent les doigts. Nous inventions sur des ruines de neuves complicités, nous nous amusions bien, il le fallait déjà coûte que coûte.