Se tenir là, aux frontières. Pas une seule frontière, ce serait si simple, non des dizaines, des centaines, peut-être même des milliards comme autant de respirations et de battements de cœur.

Chaque instant est cette frontière à laquelle la peinture renonce pour revenir au connu, comme une vague qui se prendrait pour un océan et qui ne sait que mourir sur la grève, projetant son balbutiement dérisoire et écumant.

Chaque ligne, chaque phrase également s’approche de la béance, presque parfois par inadvertance et lorsque elle la sent de trop près, fait marche arrière emboîtant le pas à une nouvelle tentative, une nouvelle construction tentant d’oublier l’ancienne, obsédante par le souvenir aigu de la rencontre comme de son inachèvement.

La poésie se trouve à 10 crans au dessus. Pas de doute qu’elle puisse traverser comme elle le désire toutes les frontières en conservant son intégrité, en s’en foutant.

Le dessin serait peut-être alors ce qui s’approche du poème au plus près. Ce dessin qui ne cesse de m’échapper comme toute poésie , comme toute peinture dans laquelle peintre je m’égare au plus loin pour ne pas retrouver la tendresse de la mine.

Hasard ami finalement c’est ainsi que je te veux même quand tu me malmènes, quand tu me perds, quand je ne sais plus sur quel pied danser.

Hasard tu m’auras plus appris que n’importe quel mentor, n’importe quel père, n’importe quel professeur. Mes rebellions à chaque fois sont les liens qui m’enchaînent à tes souhaits mystérieux.

Mes refus me lient à ton acceptation.

Cela ne veut plus rien dire d’être ceci ou cela désormais mon bel ami

Quelque chose dans le temps comme un sucre se dissout lentement pour rendre moins amer ce « qu’as tu fait ? »

Ce qu’à fait le peintre jusque là rejoint ce qu’à fait l’homme. Mille tentative pour démontrer ton importance, ta nécessité et s’extraire de la pensée comme de toutes ses catégories.

Cette fois encore mille frontières devant moi, se confondent en un mur de peinture bleu profond.

Certains jour j’adore ce bleu certains jours j’arrive encore à trouver cette force vive de détestation…sans doute n’y a t’il aucune raison à tout cela, et cette absence de raison je le sais, est l’unique passage possible vers l’inconnu, vers toi.

Alors comme en lévitation quelque chose s’élève au dessus de la surface des choses.

Quelque chose dans l’altitude observe toutes les séparations et comprend soudain leur nécessité.

Tout est ok et dans cette acceptation soudaine mais hélas fugace, s’ouvre alors toutes les frontières vers cet homme, ce hasard qu’une fois l’inconnu traversé rend si familier.