Ce qui vaut d’être écrit.

Aussitôt que j’ouvre ce logiciel désormais j’entends grincer la girouette de l’église et juste cette attention provoquerait alors le vieux coq afin qu’il se meuve pour se retrouver nez au vent. L’inspiration commence par un grincement métallique au fait d’un édifice sacré.

Encore que je ne cesse jamais de déclarer que celle-ci n’existe pas que je me défende d’y croire, cette obsession depuis toujours de me contraindre à toujours être à rebours, , n’est juste qu’une antienne, une prière inversée, un abracadabra de pacotille.

Il suffit juste de laisser venir et d’arrêter de vouloir quoique ce soit, s’effacer tranquillement et démarrer la première phrase pour qu’une autre soudain s’enchaîne , pour que le texte peu à peu surgisse d’on ne sait où. Arrêter de vouloir écrire comme de vouloir à tout prix voler dans les rêves enfantins, et, étrangement cet abandon, cette « inattention » suffit sans doute. Cette inattention est le lieu précis, j’en jurerais, d’où le léger coup de talon au sol se déclenche, où le corps perds son poids et l’esprit, ou je ne sais quoi, acquiert une formidable légèreté.

Ecrire ne fait plus souffrir vraiment, où alors on ne se préoccupe plus de la douleur, on est dans un ailleurs dans l’ailleurs, une chambre est toujours une chambre, que ce soit au plus profond d’une pyramide, dans un hôtel de passes, où bien ici dans cette maison, c’est toujours un enfermement bénéfique à la naissance des voyages.

Autrefois il me fallait flanquer le monde entier dehors, désormais je puis écrire la porte grande ouverte sur toutes les sollicitations, je ne les écoute que d’une oreille, tous ces bruits du monde, cette symphonie dont les octaves s’étirent de la cacophonie primordiale à l’harmonie des sphères.

Le monde n’est pas plus au dehors qu’au dedans, comprends tu ? le monde n’est qu’une abstraction, un déplacement de sons, de formes, de plaisirs et de douleurs que l’on choisit d’interpréter selon le temps, selon les phénomènes chimiques de la digestion, l’état de la prostate, la présence ou l’absence de douleurs articulaires.

Sans nous et nos filtres qu’est ce que ça peut bien être que ce monde ? j’ai abandonné l’idée de le chercher vraiment, après m’en être désintéressé comme un sioux se désintéresse du calumet de la paix.

Longtemps je me serais creusé les méninges pour écrire, à chaque fois balbutiant quelques phrases que je relisais avec stupéfaction, colère, rage,impuissance, déceptions, à chaque fois la phrase et le texte n’étaient que des fruits mal calibrés, de l’espèce de ceux délaissés à la fin des marchés.

Je me suis nourris de ces reliquats je m’en souviens. Grace à ces fruits dont personne ne veut sauf les clochards avec qui il faut parfois se battre d’ailleurs, j’ai pu survivre dans ma jeunesse, quand ma bourse était vide, quand l’idée d’un travail, d’une servitude me semblait pire que la faim et la soif, bref quand mon orgueil était encore au beau fixe, sur la baromètre de la stupidité, permanente elle aussi. La jeunesse. J’ai bizarrement cru que pour trouver ma propre intelligence elle devait passer par la plus personnelle des stupidités.

Forcément passer à travers tout cela, toute cette misère, cette désespérance, cette solitude, sans amour, sans argent, sans espoir autre que d’écrire des mots qui sonnent enfin juste, cela ressemble à une farce, à un roman dont personne ne peut envisager la validité, la véracité.

J’avais deviné cela très tôt déjà en rentrant d’incroyables voyages en perse et dans les montagnes d’Afghanistan, j’avais deviné que les gens espèrent que tout soit vrai, mais comme on raconte une belle histoire, avec le ton, avec le suspens.

Racontez moi du vrai mais enjolivez un peu… racontez moi du vrai comme un somptueux mensonge broché.

Le vrai brut, tout le monde s’en fout, tout le monde sait profondément que le vrai brut n’existe jamais vraiment, c’est pourquoi la guerre est toujours un événement incroyable dans une vie humaine. D’un seul coup on voit la vérité des tetes qui se séparent des troncs, les tripes qui jaillissent des abdomens, l’oeil énuclé , la jambe qui ne tient que par quelques tendons… seul l’effroi est susceptible de nous faire approcher le vrai « brut », l’effroi bien plus toujours que tout amour. L’amour comme la beauté est éphémère alors que l’effroi comme la laideur, restent dans la cervelle, et provoque la même cristallisation que les petites boites à musique.

On se souvient de la boue, des tranchées, des marchés, de la faim du froid et de la peur et pourtant c’était à 20 ans comment pourrait-on vraiment répudier injustement la jeunesse ?

Né dans l’opulence, dans les années 60 j’aurais du normalement mal finir, être avocat, médecin, homme d’affaire ou je ne sais quoi, j’avais d’après mes parents toutes les conditions requises et ils se saignaient aux quatre veines évidemment pour continuer à croire à ces prédispositions.

J’ai tout envoyé bouler et eux aussi très jeune avec une ingratitude formidable qui me fait désormais froid dans le dos, mais ne m’autorise pas pour autant à regretter quoi que ce soit.

L’inspiration à laquelle je tourne sans arrêt le dos m’a cueillit sur les chemins de la campagne bourbonnaise de très bonne heure et je ne voulais pas le croire, je refusais le cadeau comme un sale gamin que je suis d’ailleurs toujours. Bien sur j’étais poète ou tout du moins je ressentais cet élan vers le poème toujours, mais quelque chose me barrait la route continuellement et je ne sais plus si était la peur d’avoir une place dans ce monde où de ne pas en avoir. Il me fallait aiguiser la peur, la débarrasser de toutes les scories de la timidité comme de l’orgueil, m’extraire avec elle de la gangue rouillée des « c’est comme ça » et des « tu verras bien ».

Le temps a filé comme une comète, une boule de glace, un rêve, quelle importance dans le fond de ce poser cette question comme pour rester poli, pour ne pas déranger, de ce qui vaut ou non d’être écrit ?

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