Le recyclage et la fin du monde.

L’un des signes avant coureur d’une fin du monde inéluctable, serait d’élever au pinacle la fonction de recyclage. De nos jours nous devrions sans doute nous inquiéter de constater cette fièvre dont le prétexte visible serait revêtu d’un vernis écologique, mais qui dissimulerait plutôt une carence formidable où une jolie tarte à la crème: l’inaptitude à créer du nouveau.

C’est que la notion de nouveauté a été construite sur un biais fabuleux ces dernières années. Le remix permanent. Ainsi il suffirait de réarranger les notes avec un tempo différent, avec une signature sonore autre que celle du morceau original qu’on pompe sans vergogne pour que les foules s’ébaudissent et crient à la nouveauté, à l’inédit, au génie.

Hélas si on se met à farfouiller un peu dans le bric à brac de la pseudo nouveauté qu’on nous vend évidemment comme un produit de première nécessité, on s’apercevra avec regret que tout cela n’est qu’un mirage commercial de plus, une entourloupette profitable à un petit nombre de malfaisants sur le dos de la crédulité générale.

Peut-il y avoir quoique ce soit de « nouveau » sous le soleil, disait déjà il y a fort longtemps un Jean avisé et prophète de surcroît.

Il se pourrait bien que cette Apocalypse tant attendue soit enfin arrivée, et que les révélations qui ne manqueront pas de la mettre en exergue, affluent de plus en plus.

Car quelle révélation enfin pour le bon peuple de constater que la nouveauté n’est qu’une chimère électorale comme musicale. Qu’on mette un type de gauche, de droite, ou des extrêmes, de toutes façons nous savons bien que ça ne changera pas grand chose à l’affaire, que nous resterons les dindons de toutes les farces encore à venir, jusqu’à l’ultime qui risque de finir en boucherie généralisée.

Si les gens étaient moins cons, ils admettraient que la nouveauté est réservée à la fougue de la jeunesse, qu’elle est une maladie infantile, et qu’elle se soigne avec le temps. Mais non l’ennui dans lequel la plupart résident exige l’exultation, ce frémissement imbécile qui conduit l’être humain à s’empiffrer de mille feuilles soudainement un beau matin ou bien à tromper ses partenaires pour « se sentir vivre enfin ».

Ce qui serait véritablement nouveau, c’est qu’on en finisse avec la nouveauté. Mais je crains que la folie humaine n’y survivrait pas et que nous serions alors frappés d’une sorte d’hébétude qui nous aspirerait dans une flamboyance magistrale vers l’éternité comme seuls peuvent la vivre la carotte ou le navet.

Immortels enfin, la fin du monde serait perçue comme la fin du recyclage perpétuel, il n’y aurait plus d’échelle de temps ni de valeurs, l’origine serait à portée de main autant que la fin.

Nous n’en sommes pas très loin, il suffirait qu’un con lance un nouveau mot d’ordre, la dernière nouveauté à la mode : la nouveauté est morte, comme Dieu, nous pouvons tous partir en vacances désormais.

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