La dérive des pôles magnétiques et son influence sur la façon de peindre.

Sans doute , puisqu’il faut toujours une cause, une raison, et un responsable, puis je attribuer ma dérive picturale qui ne cesse d’osciller entre abstraction et figuratif, à une modification de l’équilibre magnétique, à l’errance, au tâtonnement d’un axe planétaire qui dans sa mouvance, provoquerait des conséquences incongrues presque encore invisibles.

Quel soulagement ce serait alors d’attribuer ma propre dissolution, mon égarement perpétuel, à une cause naturelle.

Sans doute trouveras tu que j’abuse, et que c’est facile de reporter sur la destinée, comme sur autrui, où sur la monde entier, l’impuissance à choisir un camp une bonne fois pour toutes . Sans doute débarrassé par ricochet du « c’est ma plus grande faute » de cet obsédant « mea culpa », me sentirais je plus guilleret finalement, et je peindrais alors comme les pissenlits en fabriquant des tableaux comme ils font éclore leur jolies sphères, sans soucis, dans une merveilleuse immanence.

Choisir un camp semble bien être le le plus gros souci que je rencontre dans ma vie la plupart du temps et ce choix une fois le tri de tous les possibles réalisé se fige continuellement entre deux pôles. L’hésitation semble malgré l’inconfort qu’elle installe, le meilleur endroit où se tenir en ce qui me concerne pour peindre.

Le pour et le contre

Le noir et le blanc

le clair et l’obscur

Les couleurs chaudes et froides.

Ce que j’appelle l’hésitation, le doute, est un peu comme un animal sauvage envers lequel toute tentative de domestication finirait en eau de boudin à plus ou moins long terme. Il suffit généralement d’un seul moment d’inattention pour que celle ci reprenne du poil de la bête et provoque une étrange panique qui s’achève soit en enthousiasme débile soit en dépression crétine. Dans le fond hormis ces butées, ce cadre que l’hésitation ne manquera pas de placer, je me sens assez à l’aise d’hésiter.

En revanche si je décide de prendre partie, de choisir un camp, un fond léger d’amertume ne manquera pas non plus de surgir, léger au début toujours, un soupçon, qui s’en ira grossissant de plus en plus à chaque pas de plus effectué dans la direction impulsée par ce choix.

C’est que je doute aussi perpétuellement du « bon » comme du « mauvais choix. J’installe encore des catégories comme des supputations, des espoirs qui ne tardent jamais à provoquer des déceptions.

Pourtant tous les jours l’alchimie ne cesse de se produire, je l’ai sous le nez et je ne veux pas la voir.

Réaliser un tableau qu’il soit abstrait ou figuratif n’est sans doute pas l’important.

Réaliser un tableau c’est installer un équilibre particulier entre deux pôles, que l’on pourrait alors nommer l’ombre et la lumière, le plein et le vide, l’ordre et le désordre, le beau et le laid. A chaque fois j’ai beau tenter de m’extirper de tous ces couples, de ces dualités je ne me résous jamais à faire totalement pencher la balance du choix envers l’un plutôt que l’autre.

Il semble que la peinture s’effectue alors dans ce lieu même de l’hésitation, dans le lieu de tous les doutes, et que l’enjeu de celle ci soit de montrer ce combat ou cette danse qui s’annuleraient l’un l’autre au profit d’une harmonie inédite.

Ces derniers jours lorsque je peins j’ai tendance à tout oublier de ce que je crois savoir en peinture. J’éprouve la même frayeur, comme neuve à poser la moindre ligne la moindre trace à la surface du tableau.

Je m’enfonce dans une ignorance insondable qui pourrait être interprétée par l’acceptation enfin de ma formidable incompétence. Je ne sais plus rien en matière de peinture alors je peins démuni, je peins pauvrement. Je ne sais plus ce qui est beau et laid et curieusement cela me ravit.

Oui peut-être qu’en acceptant la dérive des pôles en tant que phénomène naturel, j’en suis venu à accepter moi aussi ce passage de l’orgueil, de la vanité vers une étrange humilité qui les fondent.

Et, en fait peu importe comment je m’arrangerai encore pour nommer cela, ce n’est pas très important, ce qui compte c’est juste de peindre des tableaux et voir où tout cela dans cette perpétuelle dérive qui cherche un barycentre me mènera.

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