La fin des identifications, victoire et défaite de l’hystérie.

« Premièrement, l’identification est la forme la plus originaire du lien affectif à un objet ; deuxièmement, par voie régressive, elle devient le substitut d’un lien objectal libidinal, en quelque sorte par introjection de l’objet dans le moi ; et troisièmement, elle peut naître chaque fois qu’est perçue à nouveau une certaine communauté avec une personne qui n’est point objet des pulsions sexuelles ». (Sigmund Freud)

Ce n’est plus le père ou la mère qu’il veut tuer désormais mais le lieu même où se situe Œdipe. Dans ce bois où il est venu se reposer aidé par une jeune fille. Le voici aveugle au monde et guidé par la jeunesse, peu à peu Œdipe regarde aveuglément l’illusion s’évanouir. Certes le voici roi, mais il n’est plus qu’un roi sans royaume, sans sujet et sans objet.

Avec la fin des identifications, l’usure de l’élasticité psychique qui permettait de transférer le désir comme la violence le voici dans l’œil du cyclone. Dans cette forêt où il se réfugie, là où le repli sur soi est l’ultime solution, quand tout horizon autour de lui est bouché.

Que se passe t’il alors quand l’hystérie parvenu à son comble ne rencontre plus d’objet d’identification ? de soupape de sécurité ? Quelles sont les possibilités afin qu’elle ne produise pas l’implosion générale du sujet ?

Dans cette époque propice aux épidémies, aux pandémies, il se pourrait que le coronavirus soit un virus mineur par rapport à ce que provoque de générations en générations et ce sur toute la planète, l’hystérie.

A l’image du vampire qui ne cesse de guetter ses proies pour s’abreuver de leur sang, l’hystérique ne cesse de trouver des objets pour éviter d’affronter ses propres fondations : le meurtre de l’autre imaginaire, comme le meurtre de soi-même tout autant fantasmé. C’est évidemment la conséquence ultime d’une errance qui a tant traversé de frontières entre le réel et l’imaginaire qu’elle en est arrivée à ne plus se focaliser que sur cette énigme que représente la frontière, délaissant réel et imaginaire soudain.

Quel est donc le lieu du passage d’un état l’autre, ce lieu même dans lequel Œdipe et l’hystérie à un moment se confondent à un tel point qu’ils ne peuvent plus fabriquer de ligne. Quand le point devient frontière tout entier.

La fin des identifications est-elle vraiment possible ? n’est ce pas un nouveau fantasme? il se pourrait que le désir tout entier puisse se réfugier et se convaincre en même temps dans une volonté de rester immobile à ce point qu’il se confonde désormais dans ce point frontière, énigmatique, imprenable, hermétique.

Ce n’est plus le génie à l’intérieur de la lampe mais la lampe elle-même qui devient alors le héros de la tragédie de l’hystérie, comme d’Oedipe.

La lampe c’est Colonne le lieu de l’asile où rien ne sera plus construit d’autre que la disparition total du personnage de la tragédie. Disparition total en tant qu’être humain dans le souvenir général de l’humanité car étrangement sa fin est déclarée « surnaturelle » et on ne retrouvera son corps nulle part.

La fin d’Oedipe, la fin de l’hystérie du héros de la tragédie de Sophocle et de Freud désormais ne peut donc advenir sans que quelque chose de surnaturel advienne et c’est peut-être encore le produit d’une élasticité psychique, mais collective cette fois qui, ne sachant plus quoi faire de l’hystérie, la propulse encore plus loin au delà des frontières de l’humain pour inventer les Dieux, les semi-dieux, les faunes et les satyres.

Plus généralement la crise mystique passe au moment de la déclaration de revenus. Peut-être que la fonction fiscale ne sert d’ailleurs qu’à cela, à continuer de propager une hystérie sans danger véritable, une hystérie bien cadrée.

Œdipe est devenu un contribuable comme tous les autres et finalement dans cet anonymat qu’il découvre peu à peu semblable lui aussi à une mort peut-être sera t’il encore victime de lui même à nouveau en projetant vers la sérénité ses toutes dernières flèches. Pour la victoire totale de l’hystérie ou sa défaite, peu importe il perdrait toute mémoire, toute histoire comme toute velléité d’avenir.

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