La répétition du même comme passage du phallique au labile et la naissance des œuvres.

Pendant longtemps la seule solution pour évacuer l’ennui du trop vide ou du trop plein est la masturbation.

Dans cette répétition du même provoquée par l’invalidation des processus d’épanchement classiques, par la différence de genre, par l’élan vers l’autre comme espoir de jouissance et d’apaisement, l’onanisme est dans une certaine mesure proche de la prière. Ce n’est pas tant le plaisir qui ici est recherché que la libération. Libérer le sperme, la semence inutile désormais et donc encombrante.

Lorsque tous les fantasmes sont épuisés, quand d’une certaine manière si je puis dire le miroir est traversé, alors s’ouvre un nouveau canal. Libérer l’inutile encombrant dans les mots, dans le verbe, comme une éjaculation continue mais « acceptable » à la face du monde.

Il est possible que tous les sites pornographiques soient désormais le terroir d’où proviendront quantité d’écrivains.

A bout de rêve, à bout de surprise, à bout d’espoir le plaisir phallique disparaît mais l’énergie qui l’a provoqué, le désir semble se métamorphoser et poursuivre son cheminement, ainsi que le décrivent les anciens Védas d’un chakra l’autre jusqu’au cœur, à la cervelle pour terminer sa course dans une impression d’unité absolue, de communion finale. En résumé toute cette histoire est l’histoire de l’énergie qui traverse la vie en éprouvant de petites morts successives jusqu’à l’ultime, si possible orgasmique, fantasmée orgasmique.

Tout ce sperme « gaché » dirait certainement Paul Claudel, est semblable au pollen des plantes, et à la ponte des tortues, la nature a inventé la générosité, l’abondance afin d’être certaine qu’un petit nombre survive.

D’une certaine façon dans la douleur éprouvée,provoquée par son inutilité totale l’individu qui n’a pas de progéniture se doit de s’en inventer une afin d’espérer reconquérir une validité. Pour certain ce peut être là ce que l’art leur apporte. Peindre des tableaux dans ce cas serait semblable à une masturbation, dont la répétition produirait le même plaisir fugace, cette fameuse petite-mort en attendant le chef d’oeuvre comme signe avant coureur d’une mort véritable confondue avec un orgasme inédit.

Le geste pictural ressemble à la logorrhée verbale comme signe d’un travail en devenir qui s’opère entre masturbation et création véritable.

Toute cette aura de négativité durant des siècles que la société attribue à l’onanisme signifie à quel point on tente d’installer une frontière entre utile et inutile. Ce qui ne produit rien est inutile. Curieusement si la masturbation est proscrite, les maisons closes ne le sont pas, ni les prostituées. Il se peut donc que dans son infinie sagesse, la société humaine ai jugé bon de conserver quelques garde fou à la sagesse et à l’obéissance, les reconnaissant comme vecteurs d’ennui au mieux ou de délinquance au pire. Laisser une part au diable permet de conserver la viabilité du système son élasticité.

Cependant ce n’est pas parce que l’on passe d’un stade phallique à un stade labile que le miracle s’opère.

Autrement dit ce n’est pas parce qu’on écrit tous les jours transférant le plaisir de libérer son pollen à tous vents, en libérant cette interprétation d’un inutile qui peut dans sa multiplication devenir à un moment utile, que l’on produit de la littérature, de l’art.

Ce n’est pas non plus parce qu’on se résigne à peindre chaque jour comme seule alternative à la violence et au désir pour ne pas emmerder le monde entier, que l’on produit des chef d’œuvres.

Il est nécessaire de pénétrer dans une forme d’hystérie proche de la notion de toute puissance, de s’approprier le rôle magistral de Créateur et donc obliger l’ego à une inflation démesurée pour entrer dans la peau du personnage de l’artiste. Ce qui est évidemment d’un ridicule consommé et ne provoque pas plus le génie à se montrer de manière régulière. A ce point des choses seule la chance, la fortune peuvent être occasionnellement attendries et prodiguer quelques succès d’estime.

Pour pénétrer dans l’art véritablement cela demande encore autre chose, du moins tel que je l’imagine et c’est là tout mon problème si je puis dire.

Il faudrait alors passer par tous ces stades, avoir suffisamment de distance et de recul afin de les examiner à la loupe puis s’en détacher totalement. Devenir un canal plus qu’un créateur vraiment, ne plus s’interposer au silence.

Il y aurait donc un continent inconnu encore mais que de nombreux voyageurs ont entrevu, une terre promise si l’on veut encore totalement vierge sur laquelle l’hystérie trouverait enfin le repos, ce serait l’espace du tableau traversé par le geste sans pensée sans but du peintre qui livrerait l’oeuvre sans qu’aucun attachement à celle-ci ne l’encombre. Ici aucune reconnaissance ne serait nécessaire, aucun profit, juste la disparition de l’inutile comme de l’utile d’ailleurs, commués en émotion pure.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :