Ce fond tragique d’où naît la farce.

C’est en observant la bouchère passer à la moulinette quelques morceaux de viande sanguinolente, à la boucherie dans laquelle je me rends pour faire le plein, que m’est venue cette pensée. J’allais quérir 500 grammes de viande hachée, bêtement pour confectionner des boulettes.

Je prends sur moi pour affronter ce moment toujours un peu pénible désormais où il faut accepter que pour nous nourrir il faille considérer l’ensemble de la chaîne de fabrication, épier tel un inspecteur pointilleux, les origines.

En l’occurrence de la viande bovine française ici, la dame porte des gants, le hachoir a l’air propre. J’évite de penser que cette bidoche provient d’une hanche, d’un jarret d’une bestiole qu’on a abattue plus ou moins proprement pour que je puisse m’en gaver évidemment.

C’est à ce moment là je crois juste après le mot « gaver » que m’est tombé dessus cette idée que toute farce finalement prend naissance dans le fin fond d’une tragédie.

Je suis rentré à la maison et mon envie de boulettes m’étant passé d’un seul coup, j’ai décidé de mettre le paquet de viande hachée dans le congélo. Il faut sans doute que je laisse passer quelques jours, oublier un peu, ou consulter inopinément mon carnet de recettes sur Mirliton pour que ça me reprenne.

La boulette dans mon histoire me rappelle la chaleur d’un univers pied noir dans lequel je ne me posais aucune question et où je profitais sans méfiance, et à outrance de tous les débordements de tendresse et d’attention. Un monde englouti à tout jamais.

Je ne me souviens plus vraiment mais il me semble que dans les profondeurs de ma bibliotheque je dois encore avoir ce petit livre d’André Dhotel  » Le pays où l’on n’arrive jamais » je ne sais pas du tout pourquoi je te dis ça, mais ça me plairait surement de le relire.

Une photographie d’un plat de boulettes, peut-être qu’en me relisant un de ces quatre je retrouverais l’envie, sait-on jamais ….

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