Repeindre, réécrire et des foutaises de la correction.

Se relire, se reprendre, une fois l’émoi passé, la purée lâchée sur le papier ou sur la toile à quoi bon ?

Pour que cela soit « beau » « clair » « diffusable » « public » « commercialisable » ?

Ce qui se conçoit bien s’énoncerait t’il forcément clairement ? On admire le forcément dans cette histoire. Aux forceps.

Concevoir déjà … dans quel but ? Je ne peux pas concevoir, cela m’est interdit, une impossibilité chronique, une fatalité organisée de manière systématique. Il y a une volonté farouche de refus qui organise systématiquement la désorganisation. Un grain de sable ontologique, inhérent à toute velléité de rouage.

La clarté s’atteint selon les avis compétents par le dépouillement. Ainsi et de source sure, il faudrait beaucoup retirer, enlever, raturer, engager sans broncher le massacre de toutes les maladresses comme autant de failles de hontes et d’échecs à placer sous le tapis de la luminosité sans relâche plébiscitée.

Foutaises, insulte à la matière même du monde, aux bois noueux, aux peaux rugueuses, aux murs lépreux.

Cette rouerie de l’élégance m’atterre, me lamine, m’ennuie.

Et dans cette nuit j’avance en butant sur chaque objet, chaque meuble, chaque obstacle posé en travers des trajectoires mûrement indéfinies.

Le refus d’un ordonnancement seulement humain terriblement humain qui ne se préoccupe que de l’humain toujours.

Il n’y a pas plus de clarté que d’ombre dans cette voie. Il n’y a que la beauté du mouvement incessant des choses, celles qui, de temps en temps passent par l’humain et que je ne tente plus de capter, d’emprisonner ni de définir.

J’ai envoyé bouler toutes les missions. J’ai démissionné des buts, des objectifs, comme des perspectives depuis longtemps dans le fond. Et ce même si, en surface, pour avoir « l’air » je fais toujours semblant pour rester encore un peu dans le troupeau. Pour lorgner sans vraiment y croire, sans m’y attacher une reconnaissance, un semblant d’affection qui motiverait la bête à ne pas mordre tant la douleur et l’horreur provoquées par mes congénères me navre, me dérange.

Peindre et écrire comme on s’en va seul par les chemins sans but juste peut-être avec l’envie de marcher, d’errer à l’intérieur de cette geôle dont les barreaux sont constitués de temps passé,de temps à venir. S’enfuir de celle ci par le présent de l’écriture et de la peinture abandonnant en route tout ce qui constitue la sève de tous les actes, le but, le profit, la reconnaissance, l’amour et la haine.

Expérimenter l’absence et la présence dans l’acte seul débarrassé de toutes les scories, pour rien, pour tout, pour écrire ou peindre. Pour écrire et peindre. Pour être et ne pas être tout à la fois.

Sans doute la colère fonde t’elle avec la lassitude de découvrir toujours ses desseins , invariables, sans doute la colère.

Et remonter son fleuve c’est renoncer à l’ordre, c’est renoncer à l’humain tel que je l’ai toujours subi.

Et remonter le fleuve alors serait refuser de subir, ramer à contre courant, effort qui ne sert lui non plus à rien.

Toute cette énergie à s’opposer.

Alors relire ou repeindre, cela servirait à quoi ? a être pris au sérieux ? à faire partie d’un sérail quelconque ?

Il arrive un temps ou rien ne bouchera plus les plaies. Pas même et surtout pas ce que l’on a tant espérer.

On a tant espéré se mentir pour de bon jusqu’à creuser la viande pour atteindre au soleil.

Le soleil est froid, indifférent, l’atteindre enfin rend encore plus étranger à cette étrangeté qu’on pensait familière.

Le « je » se désagrège à l’approche de l’océan du « on ».

Comme illustration un tableau de 2019 « ‘allée des soupirs » huile sur toile 120x90cm

Le delta s’ouvre sur une nuit déchaînée, une nuit s’enchaîne à la nuit, renforçant plus encore l’impersonnalité.

C’est peut-être cela la poésie cette étrangeté débarrassée de toute familiarité.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :