Faire ce qu’on peut avec que qu’on est et ce qu’on a.

De nos jours et c’est sans doute une conséquence de l’inflation de l’ego excité par ses interventions incessantes sur les réseaux sociaux, chacun de nous, toi et moi, avons le pouvoir de nous dresser comme des savants Cosinus, contre des « Jaures » de paccotille, comme des « De Gaulle »en villégiature au fond de nos fauteuils confortables contre tous les scandales, toutes les injustices, toutes les calamités.

Depuis la tour de contrôle de nos écrans, hypnotisés par les lumières bleutées nous tentons d’exister en nous opposant par des publications coup de gueule, des partages d’information croyant ainsi rejoindre des communautés qui auraient à priori les mêmes dégoûts et les mêmes affinités que chacun d’entre nous.

Hier soir j’ai ouvert Facebook en étant fatigué par la journée de travail que j’avais passée, et ma lucidité sans doute (appelons cela ainsi) a tout de suite détecté dans ce flot ininterrompu d’interventions subjectives et en même temps convenues toute l’insanité de cette application, son aspect ô combien dérisoire et futile et son caractère obscène.

J’ai vite refermé Facebook et je suis allé me réfugier dans un livre de Christian Jack que j’avais trouvé le jour même, un auteur que j’avais lu, victime d’une bronchite formidable, il y a de cela quelques années. La maladie a cela de bon qu’elle supprime souvent toute velléité de superflu, ce superflu dont le surcroît d’énergie ne cesse de vouloir s’emparer pour réinventer continuellement le vieux mythe de l’abondance et de l’éternité.

Mais le départ du roman charriant son lot de clichés bucoliques et mièvres me fit assez vite refermer le livre, déçu de ne pas retrouver cette ambiance d’un autre temps, et je sombrais rapidement dans les bras de Morphée.

Quelques heures après dans le creux de la nuit me revoici, et les quelques heures de sommeil traversées si elles ont atténué l’impression de fatigue n’ont en rien diminué cette impression de futilité et ce dégoût qui m’ont empêché hier au soir d’envoyer un petit mot à mon audience, une petite blague, un bon mot.

A chaque fois que j’écris un texte ici sur ce blog je le partage sur Facebook et je n’ai jamais beaucoup de succès. La plupart du temps c’est un peu comme si je pissais dans un violon, ces textes ne reçoivent aucun « like », aucune notification, aucun commentaire. J’ai mis cela à la fois sur l’incessante métamorphose de l’algorithme facebookien qui semble privilégier avant tout le divertissement « à la bonne franquette », et aussi sur l’impression que les gens qui viennent lire les publications de ce réseau social ne désirent jamais s’attarder longtemps sur un sujet. La pression du zapping élevée en sacerdoce depuis des années déjà s’est trouvée encore plus exacerbée sur le net qu’à la télévision. On effleure, on glane, la curiosité servant de lampe de poche pour s’enfoncer dans ces cloaques pas toujours ragoutants.

L’opinion, le pour et le contre, et le « moi je » constitue le fond de commerce de cette vaste fumisterie que l’on confond parfois à tort comme une source fiable d’information.

Il n’y a pas de cause qui ne soit le prétexte de nouvelles fédérations, et de nouveaux conflits avec toute la véhémence et la violence que procure l’absence d’institution désormais.La modération est morte vive l’immodéré.

En me réveillant et un café après, face à l’éditeur de ce site j’essaie de comprendre si mes interventions en général sur l’ensemble d’internet servent à quoi que ce soit réellement. Quels sont leurs buts réels ceux que j’éviterais de trop voir en face surtout parce qu’ils ne colleraient pas avec la belle image de chevalier blanc que tu connais certainement toi aussi, ne l’avons nous pas tous quelque part au fin fond de nous ?

La raison pour laquelle j’en suis venu à me mêler à toutes ces conversations était de faire connaitre un peu plus mon travail de peintre. Et puis peu à peu les choses ont dévié, je me suis pris au jeu de ce personnage qu’immanquablement a été crée par mes nombreuses interventions. Après tout me suis je dit je ne suis pas le premier, Gainsbourg et Gainsbarre m’auront devancé depuis belle lurette, et dans ma partie Salvator Dali n’était pas mal non plus.

Mais je m’y perds évidemment, la cloison est parfois d’une extrême finesse entre les personnages et ce que je pense ou croit être. Et mon ego en prend un coup quand je vois, selon la vitesse du vent et le nombre de like et de commentaires, se dilater ou se rabougrir.

Parfois je me dis arrête tout ça, vire toutes ces applications de ton portable comme de ton ordi et concentre toi sur l’essentiel, dispense tes cours, peints et boucle la.

Fais ce que tu peux avec ce que tu es et ce que tu as et ce sera déjà très bien ainsi.

Les massacres aux frontières, les épidémies, les municipales, l’incessante agitation de ce monde et son lot de merveilles et d’injustices et d’horreur, ce ne sera pas en beuglant en concert avec la foule hypnotisée par le bouton droit ou gauche de la souris que tu vas y changer quoique ce soit.

Comment changer vraiment le monde ? Et pourquoi cette volonté de le changer d’ailleurs, il est déjà presque héroïque de pouvoir le supporter !

Un solution serait alors d’aller jusqu’au bout de l’égoïsme et de s’en foutre complètement.

Une autre solution, aussi étonnante puisse t’elle paraître, est de penser qu’en agissant au mieux de ce que je suis, j’impacte à chaque instant ce monde aussi surement qu’une motion de loi, qu’une colonne de blindés, qu’une manifestation collective.

Je veux seulement dire par la qu’on ne peut intervenir sur l’harmonie de l’ensemble sans être au préalable au clair avec sa propre notion d’harmonie soi même.

Alors peut-être continuerais je à faire le clown sur Facebook, ou ici, si c’est le seul moyen que j’ai a ma disposition, mais je le ferai alors avec encore plus de lucidité et de conscience je l’espère, je le souhaite.

Voilà bien l’essentiel, souhaiter après avoir évaluer la situation.

Photo Huseyin Aldemir. Reuters

Frontière grecque

Quelque chose d’autre m’a choqué ces derniers jours dont je n’ai pas encore parlé, c’est la cérémonie des Césars. J’ai été profondément choqué et en colère même du positionnement de ces personnes qui s’appellent artistes par rapport à la personne du cinéaste et de l’homme Roman Polanski. Quelque soient les crimes qu’on lui reproche actuellement et qui remontent aux années 70, je trouve désolant que la plupart oublient ou font semblant de ne pas se souvenir que cet homme a été jugé par la plus haute instance helvétique en matière de justice et qu’à moins de remettre en question son verdict, il a été relaxé.

Quand je vois que son film « J’accuse » , ou plutôt sa nomination aux oscars crée un tel barouf, je me dis que le capitaine Dreyfus doit se retourner dans sa tombe, Emile Zola également très certainement. Je me dis que pédophilie, juiverie, espionnage, sont mis aujourd’hui sur un pied d’égalité et que cette soi distante égalité ressemble dans sa supercherie à celle qu’on nous serine dans un cadre « démocratique ».

Si l’égalité constitue à vociférer contre un homme qui a purgé suffisamment sa peine quelques soient les crimes qu’il a commis ou pas , si l’égalité ne sert qu’à condenser un ressentiment, une douleur, un égarement issu de la multiplicité de l’ego, alors cette démocratie là est un échec magistral.

Dans le fond si s’opposer ne sert qu’à construire ou d’asseoir encore plus sa notoriété je préfère le recours aux forets, la compagnie des loups et des bêtes féroces, au moins je sais à quoi m’attendre en matière de vraie sauvagerie, de vraie cruauté.

La sauvagerie et la cruauté humaine n’atteignent jamais à la noblesse de celles des animaux, tout simplement parce qu’elle ne sert à rien sauf à péter plus haut que son cul ce que ne fera jamais aucune bête sauvage.

2 commentaires sur “Faire ce qu’on peut avec que qu’on est et ce qu’on a.

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