Des égarements permis et des autres.

Mansur Al Hallaj un jour et publiquement s’exprima en ces termes  » Je suis la Vérité » ce qui lui valut d’être aussitôt condamné pour blasphème. On pourrait penser que le califat abbasside, vers l’an 900 du calendrier grégorien profita de cette parole de trop du poète mystique persan, pour l’éliminer car il aurait participé à la révolte des Zanj ( 862-883) ce qui ne fut jamais vraiment prouvé.

Aussi bien pour les sunnites que les chiites s’exclamer publiquement être « la Vérité » signifiait se déclarer être Dieu, ni plus ni moins.

Si le milieu soufi de cette époque comprenait parfaitement les raisons du propos de Mansur, il ne s’opposa cependant pas sa condamnation. En 922 le poète fut exécuté et crucifié.

Cet égarement est toujours risqué aujourd’hui, on n’exécute plus cependant que le ridicule dans lequel l’égaré se trouvera catégorisé ne vaut sans doute pas mieux. C’est une autre façon de mettre à l’écart celui qui livre le secret que nul ne saurait dire sans y mettre un minimum de forme.

Auteur du Diwan, Mansur Al Hallaj était pourtant un poète de très haut vol … on peut alors se demander ce qui a bien pu lui arriver ce jour là pour libérer une parole librement, sauvagement et se placer ainsi en objet de la vindicte générale.

La science de l’unité sur laquelle porte la plupart des versets du Diwan ne lui suffisait peut-être plus pour contenir la puissance de ce débordement mystique qui n’a jamais cessé de l’animer.

Intelligent, il ne pouvait ignorer les conséquences de cette parole …

Quelle cause alors, quelle raison ? sinon peut-être l’impossibilité de pouvoir continuer à canaliser cette force qui au final se retourne contre lui.

Délire mystique, Schizophrénie parvenue à un stade ultime, mysticisme véritable ?

Ce qu’on lui reproche n’est pas de dire un mensonge , mais de dire une vérité en public, une vérité qu’il n’est pas bon d’être entendue par la foule.

« Je suis la vérité », tout le monde, chacun d’entre nous peut le ressentir en regardant au fond de lui-même.

Cependant nous devons tous rester muets.

Chacun sa vérité dit le dicton, alors imagine un peu ce qui se passerait

Une divinité aux milles et un visages, 7 milliards et demi désormais … comment s’y retrouver ?

Meme le panthéon hindou n’en propose pas autant à ma connaissance.

Ainsi donc l’égarement est permis quand il est sur un mode particulier, un art, la poésie notamment, mais il ne serait être crié publiquement aux visages des foules car l’ordre général du monde ne pourrait lui non plus contenir le délire ou la réalité mystique qu’il produit.

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