Science fiction.

Dans mon village, je n’ai pas remarqué d’effervescence particulière. Les devantures sont toujours dans l’attente de repreneurs.

A part celles des deux ou trois commerces survivants qui vendent des vêtements pour femmes, des sonotones et des lunettes, tout le reste a été emporté bien avant que la fin du monde ne soit annoncée.

Hier le président s’est fendu d’une allocution à la télévision.

Même mon épouse l’a trouvé juste pour une fois

Moi j’étais encore en cours je n’ai pas pu assister au spectacle.

Je n’ai pas pu voir les infos, j’ai avalé un truc rapidement puis je me suis endormi, éreinté par la pleine lune et le peu d’heures de sommeil de ces derniers jours.

Et les quelques images aperçues ce matin un peu partout sur le net ne m’engagent pas vraiment à m’attarder trop longtemps sur celui-ci.

Alors ce serait à cause d’un tout petit microbe, un virus que le monde s’effondrerait ?

Preuve qu’il ne tenait pas bien sur ses jambes pour se casser la figure comme ça, bêtement.

Du coup j’ai repensé à ce mois de septembre 2001 où rentrant du boulot j’ai allumé la télé et où j’ai vu des avions s’encastrer dans les twin towers.

Sur le coup j’ai pensé que l’on diffusait un film de science fiction et je suis allé me préparer un sandwich.

C’est mon ex qui venait de finir les ongles d’une cliente qui m’a rejoint à la cuisine et décrypté l’info.

 » Les états unis ont été attaqués, il ne reste rien des tours jumelles, un attentat terroriste. »

Alors je suis revenu au salon avec mon sandwich.

J’ai reposé les yeux sur l’écran de la télé, qui rediffusait en boucle une vidéo amateur et là l’information est arrivé peu à peu à ma cervelle.

Bon ça se passait loin mais tout de même, cet événement modifiait quelque chose et j’eus pour finir quelques soucis de déglutition.

Une réalité nouvelle provoquait un vacillement, comme dans un viseur télémétrique on mettait du temps pour ajuster les deux images afin d’en avoir comme on dit le cœur net.

Aujourd’hui rebelote, ce n’est pas aussi spectaculaire bien sur, les rues ne sont pas jonchées de cadavres et je ne sais pas si ce n’est pas pire de les constater presque totalement désertes .

Rome désert, Milan désert, bientôt peut-être Paris et Lyon.

Tous les projets que nous avions avec mon épouse, notamment ce voyage à Paris pour aller voir deux expositions, Cézanne et Turner, envolés.

Mes élèves se sont encore déplacés cette semaine mais viendront ils la prochaine ?

Sans doute serait il plus sage que je ne me rende pas à cette réunion prévue ce soir pour le déroulé de la saison culturelle de l’office de tourisme de Bourg l’Argental… en plus un vendredi 13…

Non ce ne serait pas bien sage parce qu’il y aura le danger potentiel de choper la bestiole qui gâchera tout, nous aurons du mal à rester sereins, il y aura des blagues à la con pour expulser tout cela. Ça ne donne pas envie.

Et puis tout à coup se dire que si c’est vraiment la fin du monde, toute velléité de projet, l’idée même de projet ne sert plus à rien.

Que reste t’il alors ? et à quoi se référer sinon les films de science fiction encore une fois ?

Le nombre de morts va augmenter de façon exponentielle, l’économie va faire naufrage, les gens vont commencer à se battre pour un paquet de riz ou de pâtes.

Peut-être que toutes les ressources énergétiques vont s’effondrer elles aussi.

Plus assez d’employés, plus assez de ressources financières.

Internet ne sera plus assuré ni l’éclairage, ni le chauffage, pas plus que les transports ni la télévision ni la radio.

Dans le fond on a du mal à imaginer autre chose que le retour global de la sauvagerie un peu partout sur la terre une fois que tout le monde se sera réveillé, suite à l’anesthésie provoqué par la nouvelle.

Des meutes, des loups, des agneaux, le recours à la force contre le faible ça ne changera pas grand chose mais tout de même il faudra à nouveau regarder la brutalité et la sottise dans les yeux.

Tous ces milliers d’années pour tenter de résister à nos penchants naturels, toute la civilisation balayée dans un éternuement faut il trouver cela burlesque ? grotesque ? rigolo ? dramatique ?

Je me dis qu’il faut juste voir les choses comme elles sont pas pires ni meilleures comme on a toujours tendance à les interpréter.

C’est le juste moment de méditer sur le présent et de regarder toutes les conneries qui fusent pour tenter de trouver une issue.

Se dire qu’il n’y a pas d’issue, pas d’espoir pas d’échappatoire cette fois.

Et observer qui je suis vraiment ? suis je un être humain ou une baudruche qui se dégonfle, qui panique, est prête à tout pour se préserver ?

Il est vraiment l’heure de passer de la fiction permanente à la réalité.

En tous cas le peu de temps qui reste je veux le savourer, le célébrer avec de bons amis comme toi, ouvrons donc une bouteille de bon vin, peu importe désormais que tu fumes ou pas, mon épouse te demandera surement d’aller fumer dehors, mais il ne fait pas trop froid, l’air est doux.

Et plaisantons un peu avec ce qu’il reste dans le frigo je vais te faire un bon repas pour te changer les idées en attendant que le monde entier parvienne au terminus.

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