Sans filet

Hier j’ai annulé tous les cours à venir pour une période encore indéterminée.

Depuis quelques jours aussi les expositions tombent comme des dominos, les unes après les autres.

Plus aucune rentrée d’argent pour les semaines à venir.

Ce serait facile dans ces conditions de céder à l’angoisse.

Mais je ne le veux pas, je refuse obstinément de me faire avaler par cette saleté.

Non pas que je sois plus fort que tout le monde non, mais parce que je sens que cela ne sert à rien.

L’angoisse aussi est pareille à cette pandémie, elle ne cesse de se propager à une vitesse invraisemblable.

Le président Macron nous invite à rester chez nous en attendant que cela passe.

Il décrète ainsi l’état de guerre contre cet ennemi invisible qui profiterait de la promiscuité des autres pour s’infiltrer dans le sang.

Mais je crains que cet ennemi ne soit déjà bien installé au cœur même du monde et qu’il ne reste pas grand chose à faire sinon de le combattre du fond de ce cœur lui même.

En refusant l’angoisse, en refusant l’idée morbide qui s’infiltre par tous les pores de la peau.

Ce matin je sais que je n’ai pas peur de mourir, je n’ai pas peur de la mort, cependant que je suis excédé par tout ce que l’on a fabriqué à partir de la mort depuis toujours. Cette comédie macabre grotesque.

Toutes ces cérémonies, ce décorum perpétuel de larmes et de hoquets, de râles et d’agonie que l’on mime sans savoir ce que cela représente véritablement, bien sur je suis passé par là de nombreuses fois et c’est peut-être pour cela qu’aujourd’hui je ne veux pas en entendre parler.

Je ne fuis pas la mort je fuis ce que l’être humain en fait.

Ce que j’en ai fait comme ce qu’ils en ont fait.

La mort doit rester ce mystère que je veux aborder comme un enfant.

Aussi nu qu’à ma venue je veux m’en aller.

A bas tous ces oripeaux, ces masques , ces déguisements de pacotille toute cette hypocrisie de l’ego qui ne pense toujours qu’à lui sous tous les suaires.

La douleur de la séparation c’est la douleur du manque d’amour seulement.

Ce n’a jamais été de l’amour.

Je fuis tout cela, je fuis cette réalité qui ne me regarde pas.

Cette fiction dans laquelle tout le monde s’engouffre

Les enterrements me font penser à la scène des moutons de Panurge, il suffit que l’un d’entre nous fasse une mine d’enterrement pour que l’idée se propage dans tout le défilé.

Merde à ce mimétisme congénital.

Je préfère être sans filet

Sans souvenir,

sans regret,

sans remord

Et si je pleure tout à coup ce ne sera que par réflexe,

comme un chien de Pavlov bavant en espérant apaiser sa faim.

Illustration :à l’origine une photographie couleur prise lors d’une promenade dominicale il fait beau, il y a des couleurs.

Et puis soudain au traitement décision est prise de retirer toutes ces couleurs pour transformer le printemps en hiver et découvrir ainsi une beauté graphique plus intéressante que celle de l’originale « tape à l’œil « 

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