Tout ce que je perds m’aide à me trouver.

L’attachement à une chose à un être humain ou animal, à l’idée même de divinité, tous ces attachements qui faisaient de moi un être humain je les ai tous vus se relâcher, se détendre puis s’évanouir plus ou moins brusquement dans le fil des jours.

Ce que j’aimais hier n’est plus, et mon amour aussi s’en est allé je ne sais où comme ces rêves que l’on quitte au matin pour un nouveau jour à découvrir.

Il en résulte que malgré tout j’ai continué de vivre sans toutes ces choses en traversant des deuils successifs comme on épluche peu à peu un oignon, patiemment couche après couche, pour trouver le germe.

Généralement peu comestible dit-on dans les cuisines et on le jette.

Je suis devenu peu comestible au fur et à mesure du temps.

On m’a jeté de nombreuses fois ou je me suis enfui avant que l’on ne s’aperçoive de toute l’inutilité de ma nature la regrettant souvent mais acceptant au fond ma réalité de germe.

J’ai marché dans la nuit noire accablé de culpabilité et de désespoir en me martelant que je ne servais à rien

Je ne sers à rien

je ne sers à rien

Mais l’idée de servir n’était-t’elle pas là déjà ?

et qu’appelais je le « rien’?

Dans les fêtes ce vide avalait toute l’effervescence, toutes les joies dans un sentiment presque insoutenable, une mélancolie qui dissolvait toute tentative d’imitation que j’aurais pu avoir.

A l’écart des fêtes je contemplais ce qui réunissait le monde et ne m’y retrouvais pas.

J’ai vécu longtemps comme un mendiant, un clochard, une sorte de Diogène avec sa lanterne en quête d’indifférent.

Je n’en ai pas trouvé.

Tous s’appuient sur quelque chose pour exister.

Tous trouvent une importance pour renforcer leur propre idée d’importance.

Ce qui n’est pas important à leurs yeux ils le jettent

Ils le jettent dans la campagne

Ils le jettent dans l’océan,

Ils le jettent dans l’espace loin, très loin d’eux pour ne plus le voir.

Et ces choses sans importance finissent par envahir le monde.

Je ne cherche pas à envahir le monde

je cherche à vider ce monde de moi.

Je cherche à perdre plus loin et plus profondément tout ce que j’ai cru être et que je ne suis pas.

Mes déchets ce sont mes rêves imbéciles, hérité de vos rêves imbéciles

Et dans ces rêves inutiles se trouvent toutes les amours perdues pour apprendre ce que n’est pas l’Amour.

On peut être poète, artiste, ouvrier, général en chef d’armée mais vois tu ce que j’ai observé

c’est qu’à la vérité sous tous ces déguisements

Il n’y a en fait que de petits bourgeois du cœur.

perdus dans la crainte de manquer de quoique ce soit un jour

et pas grand chose d’autre.

Pour illustrer ce texte, un beau portrait du sculpteur Giacometti tenant dans ses bras une statuette

il devait certainement lorsqu’il sculptait retirer bien plus de choses qu’en rajouter comme on épluche un oignon , sauf que le germe alors pour lui était l’essence même de l’oeuvre.

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