Quelle différence fais tu entre le grave, l’important et l’anodin?

ll faut être enfant pour reconsidérer le monde en n’effectuant pas de césure entre le grave et l’anodin.

Les frontières ensuite s’apprennent par la peine, le chagrin, l’absence et les fausses joies.

Comme la déception est enseigné par l’espoir.

Comme le succès s’apprend par la méconnaissance de ceux qui jugent et qui n’imaginent pas la difficulté des trajectoires.

On peut naître ici ou là dans un pays représenté par un drapeau, une langue, un système démocratique ou pas.

On ne sait que rarement que ce qui arrive en tête dans le berceau n’est que la première partie d’un train, sa motrice essentiellement, et qu’il faudra des années sans doute pour raccrocher tous les wagons à celle ci.

Je crois que l’on peut vraiment naître incomplet et qu’on puisse le rester tant qu’on ne dépose pas sa casquette de conducteur et qu’on ne s’engage pas dans l’étendue du train, traversant en les créant les wagons afin de saluer tous les voyageurs, si possible avec le sourire.

Tous les gens qui sont venus en France de tant de pays divers le savent, la plus grande partie d’eux même n’est pas accessible aussi facilement que ceux qui peuvent s’appuyer sur la fiction d’un terroir. Fiction solidifié, renforcée, cristallisée, par la proximité des mairies, des états civils et des cimetières.

Ce qui crée les frontières entre l’important et l’anodin est l’ignorance la plupart du temps des forces invisibles par lesquelles nous sommes mués. C’est l’aveuglement, proposé par l’attention nécessaire à des choses considérées comme nécessaires, mais qui dans le fond ne le sont souvent que de façon arbitraire.

Quelle différence vraiment entre l’écroulement d’une termitière et celle d’une civilisation sinon le niveau d’attention et d’identification sur lequel on se placera ?

Ces deux événements sont aussi neutres que bon nombre d’autres qui ne cessent jamais de se produire à chaque instant.

Et cependant nous pleurons la perte des innombrables disparus de Bergame tout en projetant des insecticides dans les champs et sur les indésirables qui s’engouffrent dans nos maisons.

Un enfant peut comprendre l’absurdité de telles contradiction facilement, s’interroger, quand commence à venir les questions, quand il apprend le poids et la mesure des choses.

Il y a tellement d’absurdités dans le comportement humain que l’on peine à y croire au début.

Et si on le comprend trop vite l’urgence alors est d’inventer un autre monde afin de ne plus se laisser dévorer par le premier.

Ce monde que l’on s’invente, c’est souvent le même, tout le monde étrangement peut s’y retrouver comme chez lui.

Don Quichotte y côtoie Peter Pan, Blanche Neige et les sept nains sont allongés sur l’herbe auprès d’un ou deux poètes persans, et sans doute si l’on observe un peu mieux, si l’on plisse les yeux on verra sur l’étang là bas de jolis Nymphéas entourés de bleu et rose.

Ce qui fait la différence entre le grave l’important et l’anodin c’est la qualité d’un cœur, la qualité d’un regard dépoussiéré de tout ce qui ne sert pas à regarder, ou à aimer.

Tout le reste il se pourrait que ce soit du domaine fascinant de la médiocrité élevée en sujet de série B.

Le pouvoir, l’appât du gain, le désir ardent, l’amour, la peur de mourir, l’altruisme égotiste, avec tout ses catalogues multicolores, ses échantillons commerciaux que nous proposent les représentant du « bien penser » « du bon ton » et toute la sainte famille…

en un mot une gigantesque entreprise de distraction nécessaire pour ne pas voir surtout que l’univers c’est l’uni vers que l’on soit fourmi, pigeon, vieil ours ou poivrot c’est du pareil au même.

Tu le sais bien au fond de toi que l’amour est une chose terrifiante à supporter, l’amour vrai, cette colle qui maintient en place toutes les particules dans son vide.

Tu le sais bien qu’on invente des frontières, pour se distraire, pour s’amuser, pour oublier qu’il n’existe à proprement parler aucune différence vraiment.

Si tu ne le sais pas alors pas de soucis non plus !

Ignore la fin des termitières, les massacres minuscules

Pleure sur Bergame

Personne ne t’en voudra et moi non plus.

En illustration la photographie d’un nid de frelons asiatiques.

J’ai préféré mettre cette image plutôt que celle des cercueils de Bergame que l’on commence à voir un peu partout désormais…

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