Cette silhouette à la fois attirante et repoussante.

Sa gratitude pour tout ce que le comte avait fait pour lui, tournait à la rancœur. Il le reniait éperdument. Ce qu’il vit acheva de le lui faire prendre en haine: Passavant, penché vers Sarah, avait passé son bras autour de sa taille et se montrait de plus en plus pressant. Gide, Faux-monnayeurs 1925, p. 1172.

Je venais de refermer le livre car, de plus en plus la concentration me manquait. Mon esprit n’était plus attiré désormais que par un souvenir impromptu qui jetait une ombre en travers de mon plaisir de lecteur.

Je regardais l’horloge au mur de la cuisine et vis qu’il était encore tôt.

La journée allait à nouveau s’étendre et je me mis à penser qu’il serait nécessaire de meubler tout ce temps.

Il fallait penser agir avant d’agir et c’était là l’erreur habituelle.

Nul doute que cette manie me ferait à nouveau parvenir au soir pour atteindre au paroxysme de l’agacement, de l’énervement.

Et donc comme tous les jours je me mis à penser à agir, parce que le confort de nos habitudes quel qu’elles soient nous attire irrémédiablement comme un aimant.

Il fallait de toute urgence classer tous les prétextes plausibles à utiliser le temps de la meilleure façon possible en éliminant l’idée qu’ils seraient à nouveau valables le lendemain.

Se resserrer dans l’espace temps d’une seule journée et faire  » au mieux ».

Et la silhouette de mon souvenir, en profita juste à ce moment là, tandis que je tentais de me convaincre de ce que j’avais mis entre guillemets sonnait juste.

Je crois qu’elle fut cette parfaite dissonance qui évita que je m’avance un peu trop loin dans l’illusion.

D’un seul coup je retrouvais toutes les émotions que j’avais cru enfouies depuis longtemps.

Son corps souple, féminin, animé de courbes parfaites, de tout ce que pouvait promettre de volupté la rondeur et la douceur de celles ci tout d’abord provoqua le même désir sourd.

L’ondulation, le rythme de ce mouvement m’hypnotisa comme à chaque fois il m’avait déjà hypnotisé de la même façon.

Quelque chose que je pourrais nommer maladroitement la raison si j’en avais jamais possédé une vraiment sembla s’échapper de moi.

Elle s’échappait par le sommet de mon crâne

Par mon regard toujours attiré par cette silhouette

Par mon odorat qui s’insinuait sur des sentiers familiers et délicieux

Et bien sur par mon ouïe qui traduisait chacun de ses soupirs de son souffle en d’adorables mélopées.

Tout mon corps tout mon cœur toute mon âme se seraient précipités vers elle et en elle tant je n’y tenais plus de la maintenir à distance.

Je savais que si je parvenais à maintenir encore quelques instants cette distance tout finirait par se calmer et qu’elle retournerait à mon oubli.

Je décidais d’aller me servir un café afin de désamorcer la tension et, pénétrant dans la cuisine je rencontrais alors mon épouse, qui venait de se réveiller.

La silhouette s’éclipsa soudain de mon champ de vision et j’embrassais alors tendrement ma moitié qui ne pouvait pas imaginer que ce baiser faisait également partie de mes échappatoires.

Puis nous déjeunâmes dans le confort rassurant que propose les propos triviaux des vieux couples.

Passe moi le beurre,

y a t’il encore du lait ?

Il faut que tu sortes la poubelle.

Une fois le déjeuner terminé je voulu reprendre ma lecture. Le temps imparti n’y étant pas et ma foi en l’emploi du temps accompagnant cette pensée je m’y remis.

Et juste comme je cherchais à raccrocher le fil de mon attention au texte déjà lu je retombais sur le même passage et tout recommença exactement de la même façon.

Comme on sombre de la torpeur vers le rêve ou le cauchemar.

Elle riait et je voyais sa poitrine grasse se soulever à chacun de ses hoquets pour reprendre son souffle.

Le désir m’empoignât comme si j’eus été transformé en chaton et me souleva de mon fauteuil par la peau du dos.

Une érection soudaine incontrolable.

Et une putain de nostalgie l’accompagnant.

C’est à ce moment là exactement quand j’étais en train de me transformer en bête

en animal en rut

que j’eus envie de pleurer et effectivement je me mis à pleurer

en implorant la silhouette de m’ôter toute ma rancœur

De me rendre mon cœur.

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