C’est un risque majeur à mon avis lorsque l’on crée de considérer que l’on est l’auteur véritable de toutes nos créations.

La pression venant de l’extérieur et qui attribue à l’artiste cette aura mystérieuse qui le tient à l’écart du groupe comme suspect et en même temps cible de toutes nos admirations sans relâche, il doit s’en méfier.

Je ne m’en suis pas méfié dans ma jeunesse et c’est normal, puisque nous ne savons rien avant de l’avoir expérimenté rudement la plupart du temps. Lorsqu’avec peine, forçant ma timidité, j’ai entrepris d’écrire mes toutes premières lignes celle ci m’aura rapidement montré son vrai visage qui était celui d’ un orgueil démesuré.

On s’enivre ainsi dans la transmutation de ce que nous découvrons comme des défauts nous appartenant.

En partant du plomb nous passons à l’argent et nous pensons toujours que la cohorte de toutes les opérations s’arrête à l’or tel qu’on a l’habitude de se le représenter. Cependant il ne faut pas s’y fier cet or là ne vaut guère que la valeur que le commun lui attribue. L’or véritable est au delà de toute représentation, et il n’a de valeur que personnelle dans une quête profondément solitaire.

La toute puissance est assez simple à acquérir car elle se déclenche chez le négligent par le moindre petit succès d’estime. Flatté par un public et peu importe qu’il soit restreint, le créateur s’enivre de la louange, finit par croire vraiment qu’il est totalement responsable des fruits ainsi livrés aux regards et peut ainsi passer bien des années dans l’illusion.

Pour comprendre ce qu’est la véritable timidité car il en existe une, il est nécessaire de franchir les marais de l’audace, de l’outrecuidance, de la prétention, en un mot de vieillir.

Alors on revient chez soi et on trouve sur le seuil cette jeune fille qu’on ne voulait pas voir toute revêtue pour l’occasion des haillons qu’on lui avait laissés.

Si on a compris un peu le but du jeu, il ne faut pas s’arrêter à cette apparence négligée. C’est le prix à payer, le ticket d’entrée. Ce n’est en apparence pas bien cher, il suffit d’un vrai sourire.

Alors elle ôte ses vêtements d’une façon naturelle et la gorge se serre en découvrant sa beauté.

Mais comme on est tellement vieux on ne peut pas la traiter autrement que comme une jeune fille, avec bienveillance et respect.

Alors elle se transforme encore c’est de la pure magie, cette jeune fille devient une femme magnifique à laquelle on ne saurait attribuer un age. la lumière de son regard est au delà de tout ce que nous avons connu mais on sait que c’est ce regard là que nous avons tellement cherché.

Ce peut-être ce que l’on veut dans le fond, les mots n’ont plus d’importance. Une mère, la mort, la paix, l’accomplissement, l’humilité, le but ultime…. quelle importance ?

En perdant nos vêtements il suffit d’avancer vers elle en laissant toute velléité de toute puissance derrière soi à jamais, en pénétrant dans sa maison, dans son foyer, un doux feu crépite, il fait bon et on sait que l’on pourra enfin se reposer de tout.

Peut-être alors cette découverte impactera t’elle nos œuvres à venir, comme une fois ce confinement terminé quand le virus s’en sera allé , le monde aura t’il lui aussi perdu cette idée infernale de toute puissance, peut-être alors que de nombreux déguisements se mettront à tomber à terre, peut-être je le voudrais bien, mais ce que je veux n’a désormais plus vraiment d’importance.

En illustration « la création d’Adam » par Michelangelo

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