Entre pessimisme et optimisme, ce lieu paisible de l’indécision.

Si pour bon nombre d’entre nous l’indécision est un fléau majeur cause de bon nombre de procrastinations, c’est sans doute en raison de la pression attribuée à celle ci par ces deux blocs que forment d’un coté l’optimisme, et de l’autre le pessimisme.

Mais si l’on navigue en plissant les yeux dans le tableau, si on évite soigneusement Charybde autant que Scylla, alors quelque chose se produit dans le lieu même de cette indécision qui pourrait bien ressembler, sinon à une éclaircie véritable, à l’œil du Cyclone.

Le moment de l’indécision possède une clarté particulière si l’on apprend à ne pas en être trop effrayé, paralysé, si on ne le subit pas plus qu’on ne tente de maîtriser l’interprétation du tableau.

Entre un « c’est raté » et un « c’est admirable » nous résolvons souvent cette énigme proposée par le doute en nous sauvant dans la décision arbitraire.

Si j’utilise le terme de « moment » c’est que dans l’art de la pesée, celui-ci évoque l’instant où les deux plateaux d’une balance se situent sur le même plan, la même hauteur, et lorsque cet équilibre enfin atteint la pesée s’achève.

Or dans la vraie vie du marchand de légumes ou de viande elle s’achève cette pesée toujours par rapport au souhait du chaland.

Si je veux 1 kg de quoi que ce soit, il suffira de mettre le poids correspondant dans un plateau et d’accumuler la quantité équivalente dans l’autre. Pour déterminer concrètement l’équilibre parfait entre une position trop ou pas assez pessimiste par rapport à son équivalent d’optimisme c’est une toute autre histoire.

La plupart du temps c’est un histoire qui remonte à la nuit des temps, à l’enfance, qui nous conduit à privilégier cette position optimiste ou pessimiste par rapport au tableau. Ce n’est que rarement du à des considérations pertinentes sur la peinture elle-même mais plutôt une aptitude cultivée de longue date par rapport à nos indécisions.

Résoudre cet automatisme nécessite tout d’abord comme toujours d’en prendre conscience. Puis d’en rire et enfin d’en sourire à chaque fois que nous nous replaçons devant le fait accompli.

Ce n’est qu’ainsi, peu à peu, en domestiquant notre inquiétude face au choix de l’espoir ou de la déception, de l’optimisme et du pessimisme, que nous pénétrerons dans le lieu même d’où surgit la vraie peinture et qui ne fait référence à aucune autre, la tienne.

Hors de ces clichés que représentent l’optimisme et le pessimisme se situe au cœur même de l’indécis, une sorte de terre promise dans laquelle germe notre originalité, notre singularité.

Evidemment je ne serais pas tout à fait honnête si je ne rappelais pas que la terre promise se mérite en général par l’accident de l’exil, par la traversée d’un désert, par la soif et la faim et l’irruption ou pas d’un buisson ardent.

Pour ma part aucun buisson ardent n’a jamais surgit ce qui d’ailleurs me permet désormais de songer que ce lieu de l’indécision est un lieu paisible qui ne sera dérangé à aucun moment par le moindre commandement.

Lorsque je regarde ce tableau de Chagall où les tables de la loi sont emportées par un Moise cornu je ne peux pas ne pas voir à quel point leur symétrie me fascine et comme mon œil s’engouffre aussitôt comme happé par ce trait sombre, dense qui les sépare.

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