Le trou sous la maison.

Mon père est un homme extrêmement colérique, surtout quand il s’aperçoit que les choses lui échappent.

Ainsi nous convoque t’il mon frère et moi à chaque fois qu’il lui prend la lubie de bricoler certain dimanche, de préférence lorsqu’il fait beau et que nous aimerions jouer au jardin.

Ce matin il a entrepris de vouloir lambrisser tout le plafond de l’appentis attenant à la maison. Et c’est un étrange ballet qui commence en général par  » Nom de Dieu qui a encore déplacé les clous, et le marteau qui l’a touché, je ne retrouve plus rien »!

A ces moments là nous avons compris qu’il ne faut pas laisser la question flotter dans l’air trop longtemps sans réponse alors nous nous déclarons coupables tour à tour mon frère ou moi car c’est mille fois préférable de recevoir une torgnole plutôt que de voir s’emballer sa hargne et son impuissance.

Lorsque celles ci sont à pleine puissance il est capable de tout un tas de choses idiotes.

Comme de flanquer par terre l’étagère tout entière, de lancer un coup de pied dans les planches, ou de monter à l’étage de la maison pour donner une bonne rouste à maman.

Sans compter les mots qui sortent de sa bouche.

Ce sont des mots terribles comme qu’est ce que j’ai fait pour m’entourer de crétins pareils, ou encore vous êtes vraiment à chier les gamins, qu’est ce qui m’a flanqué des merdes pareilles.

Enfin au début j’imagine que c’était terrible, parce que maintenant nous nous en fichons. On ne les écoute plus vraiment, on attend que ça passe.

A un moment 3 lattes de lambris sont tombées d’un coup et il a failli se casser la figure de l’escabeau. Mon frère a tenté de retenir un rire, moi je n’y suis pas arrivé.

Il est arrivé fond de train sur nous deux et nous a viré de l’appentis sans un mot en nous donnant des coups de pied au cul.

On l’a échappé belle cela aurait pu se terminé en coup de ceinture comme d’habitude.

Du coup mon frère est monté pour retrouver ses voitures miniatures, il s’enferme dans un univers de petites choses minuscules qu’il essaie lui aussi de controler.

Quant à moi je préfère me rendre sous la maison par le trou qu’ont laissé les ouvriers lorsqu’ils ont ajouté cette nouvelle partie destinée à créer une salle de bain.

Je ne peux pas compter le nombre d’heures, le nombre de journées entières passées sous la maison. Impossible. J’ai l’impression que toute cette enfance se passe dans ce trou, je m’y enterre tout seul et lorsque je suis complètement au fond dans l’obscurité je m’y sens bien.

Confiné sous la maison durant des jeudis parfois entiers je ne sais pas à quoi je pense, sans doute à m’éloigner le plus possible de toutes les déflagrations causées par les colères de mon père et des lâchetés de ma mère.

Elle est lâche et pathétique cette mère. Elle murmure d’une voix plaintive des « non Claude, pas la tête » quand il nous assomme de coups de ceinture ou nous bourre de coups de pieds.

Je me dis que je n’ai pas envie de devenir un adulte, qu’une sorte de malédiction s’est emparé d’eux, je n’ai pas envie de vivre leur cauchemar.

Alors je ferme les yeux au fond de mon trou et tout à coup dans l’obscurité je disparais, je ne suis plus là, je ne suis plus ce petit garçon qui va avoir 7 ans bientôt et qu’on félicite d’atteindre « l’age de raison »

Je ne suis plus rien d’autre qu’une sensation qui se dissipe au fond d’un trou sombre pour qu’une âme rejoigne quelque part au delà de tout ce cloaque le ciel bleu profond.

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