L’invention du fil à couper le beurre.

Finalement c’est le mot « paradoxe » que je retiendrais s’il me fallait décrire l’être humain avec la plus grande économie de moyens.

A cause ou grâce au confinement, nous sommes en train de redécouvrir des choses dont nous parlait Montaigne et qui pour des raisons obscures étaient tenues cachées de la meilleure façon, je veux dire bien en évidence dans nos bibliothèques. Car franchement qui, à part un élève de lycée ouvrirait les « essais » , à part quelques universitaires en quête de référence et un ou deux curieux dans le fin fond des puces de Clignancourt.

Cette illusion de progrès que l’on nous rabâche depuis l’avènement de la bourgeoisie qu’elle est t’elle sinon une sorte de réclame placée à l’entrée d’une gigantesque épicerie, ce grand supermarché de l’information qu’est la pensée dite « moderne » avec ses cohortes de poncifs, sa jolie direction dans un seul sens, « l’élévation » de la connerie vers l’infini autant que cela puisse être calculé et rentable.

Entrez donc cher imbécile dans notre échoppe de la pensée par la même occasion que vous ferez l’emplette de quelques côtelettes et de cette jolie botte de poireaux « bio »

La fin du 20eme siècle déjà aurait du nous mettre sur la piste de ce que signifie le recyclage, à croire même que nous aurions inventé cette formidable tarte à la crème de l’écologie qu’à seule fin de nous ébrouer comme des cochons dans la fange de la récupération tout azimut.

Le recyclage c’est comme la rumination mais c’est mieux quand même parce qu’avec du vieux on fait du nouveau et on s’en gargarise et on en pète de joie ! Enfin ce nouveau à tout de même une tronche de déjà vue mais « pas grave l’essentiel c’est l’impression c’est pas l’objet en lui même, rien compris du tout vieux con! »

Car entre la connerie profonde et la « boboïsation » de nos soi disant élites, le facteur commun est la rapidité avec laquelle l’homme moderne perd son sang froid.

La vitesse à laquelle il est capable de monter en tours tout seul, en lui même et de cramer toutes ses ressources intérieures dans le brasier du ressentiment, le seul combustible accessible qui lui reste.

On ne compte plus le nombre de « Remix », comme de soi disant ouvrages philosophiques, amalgamés avec des bouquins sur le « mieux être », le « mieux penser » , le »mieux s’aimer » le « mieux se masturber » que tout un tas de petits malins prônent désormais et s’il le faut (et il le faut) martèlent sans relâche aussitôt que l’on veuille bien prendre des nouvelles de ce monde.

Cette quête incessante d’un mieux qui comme on le sait depuis belle lurette est l’ennemi du bien, est une véritable pompe à fric et je gagerais quelle a encore un bel avenir, comme jadis le pétrole, cependant qu’elle sera inépuisable étant donnée l’étendue du filon à forer dans la bêtise collective.

Il s’en faudra de peu dans le fond à force d’abêtissement et de manque total de mémoire comme de discernement que l’humanité disparaisse non pas à cause d’un virus comme on est tenté de le croire en ce moment. Non pas ça, mais plutôt par la perte « progressive » de tout ce qui pouvait être nécessaire encore au siècle des lumières, pour les humanistes, afin de décrire notre espèce comme sensée.

Une fois tout cela balayé par ce nouvel ordre mondial peuplé de robots et de zombies décérébrés, il ne restera de tout cela qu’une poignée de personnages peu fréquentables et pas grand chose d’autre.

Mais le destin, le hasard, la providence, appelle ça comme tu le voudras, ne nous laisse pas totalement tomber en ce moment.

Par l’apprentissage des vertus et des défauts du confinement il se pourrait que naissent de cet événement toute une flopée de philosophes, de penseurs ayant eut le temps de lire effectivement Montaigne et bien d’autres encore durant ces quelques semaines de recueillement obligatoire.

Quant à tous les autres, il est évident qu’ils reprendront le cours de ce qu’ils nomment leur vies… à savoir de zapper à la bonne heure pour suivre cet épatant feuilleton dont ils veulent savoir le plus rapidement possible, la fin.

A ces derniers tu pourras vendre à peu près tout ce que tu veux après le confinement le beurre, et le fil pour le couper évidemment.

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