La mort viendra et elle aura tes yeux.

« La mort a pour tous un regard »
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre, muets. »

Cesare Pavese

Je pique temporairement cette phrase à Pavese car elle m’a longuement intriguée et je lui ai trouvé des dizaines d’interprétations diverses et variées suivant les difficultés d’être rencontrées au cours de ma vie.

C’est une phrase d’amour certainement, mais un amour de prime abord qui n’est pas heureux et dont la mort libère l’amoureux éconduit de tout espoir. Et étrangement quand l’espoir s’achève enfin, quelque chose de plus paisible advient.

Cette phrase extraite du poème et faisant office de titre pour le recueil je l’ai découverte en marchant sur les quais un jour d’été dans la chaleur torride d’un après-midi alors que je farfouillais dans les boites des bouquinistes à la recherche d’un peu d’ombre.

Je devais encore une fois de plus être mal dans ma peau, malheureux et d’une solitude flamboyante aussi des que je vis ce titre, je ne connais pas encore cet auteur à l’époque, il m’attira et je donnais au marchand les quelques pièces qui me restaient en poche pour l’acquérir. Souvent je préférais acheter un livre plutôt qu’un sandwich ayant constaté l’aspect éphémère des satisfactions dues à la mastication.

Je crois qu’ensuite je me suis installé en contrebas plus près de la Seine pour dévorer ce livre d’une seule traite.

Puis je l’ai rangé dans un coin de ma chambre d’hôtel de l’époque, content d’avoir découvert un nouvel auteur avec qui je ressentais des affinités. Comme je n’étais pas bien riche j’ai lu la suite de son oeuvre à Beaubourg, dans l’immense bibliothèque qui était à cette époque ma seconde maison.

Dans mes relations amoureuses de cette époque une me faisait particulièrement souffrir, par orgueil plus que quoi que ce soit d’autre. Et comme j’ai une sorte de don pour pénétrer l’esprit des auteurs, ce livre comme également le métier de vivre me conforta dans ma position de victime du sort et des femmes que je ne comprenais décidément pas.

J’avais cependant l’intuition que ce grand écrivain ne relatait pas une chronique, ce n’était pas uniquement une histoire personnelle qui était relatée au travers de ses poèmes mais bien plutôt un constat généralisé d’impuissance face à nos désirs jamais satisfaits.

La poésie à bien y réfléchir cela sert à quoi sinon à nous approcher au plus près de ce rien qui nous fait tant peur et de nous en reculer en douceur une fois qu’on l’a bien regardé en face.

La poésie ça sert à apprendre à vivre comme à mourir.

Lorsque je repense à ce livre, à cette phrase du poème et à mon insatisfaction chronique de l’époque je ne peux plus me leurrer de trop sur le véritable objet de celle-ci.

Les amours, les femmes aimées et qui s’en sont allé, ce n’est pas l’objet véritable mais des allégories, des métaphores des figures de style issue de cette solitude étrange dans laquelle j’ai toujours vécu.

Bien sur je les ai aimées comme je le pouvais, parfois elles sont parties, parfois je les ai quittées. Tout est très banal dans ces histoires d’amour passées une fois la brûlure des égoïsmes en flamme cautérisée.

Ce qui n’est pas banal en revanche c’est la sublimation comme diraient mes copains psy.

L’écriture, c’est ma façon personnelle de sublimer tout ce que j’ai pu recueillir de cendres de ces immolations, de ces élans et de ces défaites.

Lorsque j’imagine la mort venir et le regard qu’elle porte sur moi je ne vois que toutes ces pages qui pour bon nombre de personnes apparaîtront dérisoires de la même façon exactement que j’aurais jugé toutes mes histoires d’amour passées. Juste retour des choses !

En attendant cette écriture me regarde, je pourrais lui inventer un regard, un regard et un corps dont on ne se lasse pas d’épouser les contours et les formes, d’explorer toute la profondeur avant de s’en aller dans la nuit riche d’oublis rudement gagnés.

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