Comme une cuillerée de miel.

Il s’éveilla lentement avec la sensation agréable d’être reposé. L’affichage lumineux du réveil indiquait 4 heures du matin et cette découverte ajouta encore à sa joie.

Son épouse ne se réveillerait pas avant 7h cela lui laissait quelques bonnes heures devant lui pour profiter de la tranquillité de la maison.

Cela faisait des semaines qu’il n’avait pas éprouvé cette sensation paisible, aucune courbature cette fois et son esprit semblait d’une clarté magnifique. Il décida de descendre à la cuisine pour préparer un café et tandis que celui ci coulait en dégageant ses arômes aussi rassurants que familiers il ouvrit la porte fenêtre donnant sur la cour.

Il espérait que les beaux jours qui s’étaient installés en ce début d’avril allaient durer un peu. Il ne faisait pas froid, la chatte se frotta contre l’une de ses jambes pour le saluer et réclamer ses croquettes en miaulant faiblement.

Aussitôt qu’il eut lâcher la poignée de granulés dans la soucoupe, elle se jeta dessus, en grignota rapidement quelques uns puis s’éclipsa alors qu’il tendait la main pour la caresser.

Il la vit rejoindre le fond de la cour et, en quelques bonds agiles elle avait gravit la vieille échelle de bois pour rejoindre les toits.

Enfin elle disparut totalement de son champs de vision encore limité par l’obscurité.

Il opta pour une cuillerée de miel au lieu du sucre. C’était peut-être lui le responsable de cette excellente nuit de sommeil…Cela l’amusa de constater qu’il fallait qu’il trouve une raison à cette situation inédite. Rapidement il revisita également le menu des repas pris ces derniers jours et constata que ceux du soir s’étaient allégés par nécessité.

Avec cette histoire de confinement il fallait faire attention à tout. Se rendre au supermarché était devenu pour lui une véritable torture. Ils avaient bien tenté d’essayer cette application qui vantait les vertus du drive mais visiblement les services de celui ci étaient submergés et il fallait attendre plusieurs jours avant de pouvoir tomber sur un créneau possible.

Il décida de chasser de son esprit toutes les conséquences qu’il commençait à entrevoir de la situation. Ce n’était pas le moment de gâcher ce début de journée et pour faire diversion il décida de se faire cuire un oeuf.

Cela lui était venu tout soudainement, comme si l’odeur d’albumine en train de frire eut été le point d’orgue parfait à la constitution de ce moment de pur bonheur qu’il était en train d’élaborer.

Il ouvrit le réfrigérateur et dans une synchronicité magnifique la présence du seul œuf qui restait dans la porte valida son souhait. C’était assez rare pour être relevé.

Une fois le petit déjeuner avalé, il ressortit un moment dans la cour pour fumer la première cigarette de la journée. C’était le rituel habituel, et ce par tous les temps, quelque soit la façon dont il s’était réveillé, il lui fallait ces quelques instants pour laisser venir un mot, une idée, quelques événements suffisants pour s’amuser à effectuer des analogies.

Ensuite il monterait s’installer à son bureau pour écrire quelques pages comme chaque matin.

Il ne savait pas vraiment où tous ces écrits le mèneraient. Cela lui importait d’ailleurs assez peu. Il fallait qu’il écrive plusieurs heures tous les jours pour garder l’équilibre, ce qui pour lui était déjà un but en soi formidable.

Il avait gravi l’escalier menant à l’étage quand il entendit soudain la porte de la chambre s’ouvrir et qu’elle surgit face à lui dans l’étroit couloir.

Tu es réveillé dit elle

Depuis 4h oui mais j’ai bien dormi

Elle ne répondit pas et se dirigea vers les toilettes , quant à lui il bifurqua vers le bureau en prenant soin de refermer la porte .

Il entendit le bruit de la chasse d’eau et ses pas à elle sur le plancher du couloir, puis le bruit si particulier du penne de la porte qu’elle fit jouer en refermant la porte de la chambre et il crû tout d’abord être soulagé.

Il tenta de retrouver l’état d’esprit si merveilleux où tout lui semblerait couler de source pour écrire mais celui ci avait disparu et aussitôt il attribua la raison de cette disparition à cette rencontre effectuée à l’instant.

Depuis quelques jours elle avait changé d’humeur. Si pendant les premières semaines du confinement tout s’était relativement bien passé c’était surtout dû- pensait il- à l’arrivée des petits que les enfants leur avaient confiés des le début de l’épidémie.

La présence des petits avait demandé une organisation plus élaborée pour la réalisation des repas, il fallait aussi s’occuper des devoirs, de la toilette, raconter des histoires le soir, et cela leur avaient permis d’oublier pour un temps les tensions qu’ils avaient traversées juste avant leur arrivée.

Elle était contente et prenait son rôle de mamie extrêmement au sérieux. Quant à lui il lui semblait confusément revivre quelque chose d’enfoui au plus profond de lui et qui le faisait osciller entre chagrin et plaisir à des moments impromptus de la journée.

C’était surtout aux moments des repas, au moment de se mettre à table avec eux qu’ il devait lutter contre une inertie terrible et parvenir à s’arracher de ses occupations.

Cela ne durait que quelques minutes mais suffisamment pour qu’elle s’impatiente et il reconnaissait dans sa voix cette énervement qui par un étonnant mimétisme, surtout quand il était fatigué, finissait par l’énerver tout autant.

Ils se chamaillaient alors comme dans une scène de guignol. Les premières fois l’aîné des petits sembla effrayé par le spectacle mais au bout de plusieurs représentations ils se mirent à les imiter sa petite sœur et lui ce qui détendit l’atmosphère considérablement entre eux deux.

Puis leur belle fille avait dû être terrassée par un sursaut maternel d’autant plus impétueux qu’il était rare – songea t’il- et elle avait décidé de traverser tout le pays pour venir les chercher.

Tout s’était déroulé si rapidement, comme si tous les rires de la maison avaient soudain été aspirés brusquement par une force mystérieuse. Et voilà qu’ils s’étaient retrouvés face à face les premiers jours après leur départ, sans pouvoir presque se dire un mot.

Comme il repensait à tout cela il vit qu’il ne restait plus qu’une heure avant qu’elle ne s’éveille pour de bon et qu’il n’avait rien écrit, perdu dans ses pensées. C’est à ce moment là qu’il éprouva la même fatigue familière et il eut la sensation de retrouvailles avec ce personnage familier qui pendant quelques instant lui avait fichu la paix.

Doucement il se déshabilla à nouveau, éteignit toutes les lumières, à un moment il se demanda s’il avait éteint la cafetière, puis comme il atteignait la poignée de la porte dans l’obscurité il chassa cette idée et alla la rejoindre pour se blottir contre elle dans la chaleur du lit.

« Tu sens la cigarette » gémit t’elle faiblement . Puis ils tentèrent de se rendormir tous les deux.

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