Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Il avait essayé encore une fois et puis à la fin il s’était fait une raison. Il n’avait plus du tout envoyé de nouvelles, il avait laissé le temps filer et peu à peu cette amitié à laquelle il paraissait tenir tellement autrefois avait fini par se dissiper comme tout le reste.

C’est ce matin qu’il y repensait sans savoir pourquoi. Peut-être à cause de ce confinement qui provoque d’étranges allers et retours dans le temps et ce plusieurs fois par jour.

On commence un truc, on essaie de se concentrer là dessus et puis tout à coup on n’est plus là, l’attention a glissé vers une béance que l’on redécouvre et on s’engouffre à l’intérieur comme entraîné par une force mystérieuse.

Le dernier message qu’il avait envoyé était resté non lu pendant quelques heures et il avait imaginé que le peintre était à l’ouvrage, qu’il avait coupé toutes les notifications ou écarté son smartphone du lieu de sa créativité.

Puis, lorsqu’enfin il n’avait pu s’empêcher d’ouvrir le Messenger, il avait aperçu la petite coche indiquant que son message avait été lu il était resté longuement dans l’attente d’une réponse qui ne vint que quelques heures après et sous une forme laconique.

De toutes évidences son interlocuteur ne semblait pas pressé ni de lire ses messages ni de répondre à ceux ci, et de surcroît s’il lui répondait ce n’était vraiment que par pure politesse, songea t’il, comme on expédie un gêneur.

Cette pensée l’occupa un bon moment.

Il effectua rapidement un inventaire comme souvent dans ces cas là à la recherche d’événements, de scènes similaires qu’il avait déjà rencontrées au cours de sa vie. Le problème à résoudre semblait être la validité de son jugement vis à vis des faits comme toujours.

Et comme à chaque fois quelque chose semblait se dérober à ce jugement qu’il tentait vainement de capturer.

Comme si la confiance en lui était une sorte d’animal fantastique sortie de nulle part qui pouvait assassiner des bêtes à la chaîne et laisser sur l’herbe des dépouilles par dizaines, avant de rejoindre l’obscurité d’où elle avait surgit.

Alors il alluma une nouvelle cigarette et tandis que la fumée s’élevait vers les poutres du plafond, il ne pouvait que constater les dégâts sans vraiment savoir comment s’y prendre face au désastre.

Le désastre aussi était un événement remarquable par la fulgurance avec laquelle il passait de la solidité à un état proche du gazeux, pour disparaître peu à peu dans les méandre de la mémoire.

Cependant à chaque fois qu’il replongeait dans la béance, il pouvait retrouver intact, revivre le même malaise et la même ambiguïté face à chaque désastre ainsi revisité.

Parfois une série s’ébauchait, il parvenait à effectuer des liens d’un désastre l’autre. Mais toujours dès qu’il commençait à sentir la présence du monstre fabuleux, le même mécanisme se mettait en branle. Son attention se dissolvait, le décor, les personnages s’évanouissaient et il se retrouvait assis devant une tasse de café à contempler un cendrier bourré de mégots.

Alors il éprouvait l’envie subite de se secouer, il se levait pour effectuer quelques mouvements de gymnastique , quelques pompes ou bien quelques tractions et il reprenait la tâche qu’il avait laissée en suspens.

Ce matin là il avait entrepris de simplifier le système électrique des dépendances, de l’autre coté de la cour.

Avec tout ce temps devant lui désormais il s’était dit que la meilleure chose à faire pour ne pas sombrer dans la dépression générale était de trouver de toute urgence des occupations concrètes.

Depuis qu’ils avaient acheté cette maison, l’urgence l’avait poussé à réaliser toute une série de travaux à la « va vite » si bien qu’un malaise parfois l’envahissait sur l’aspect inachevé, mal finit, voire même bâclé de son ouvrage.

Une lubie de perfection surgissait aussi dans les périodes où la vulnérabilité prenait le pas sur le je m’en foutisme dans lequel il avait coutume de se réfugier.

Quand il revenait ainsi sur certaines parties de la maison où il avait œuvré il constatait alors un écart bluffant entre ce qu’il pensait avoir réalisé et ce qui était effectivement là devant ses yeux, réellement.

Ainsi pourquoi diable avait il eu besoin d’installer autant de boites de dérivation à la suite pour brancher seulement 5 néons ? Pourquoi n’avait il pas pris le temps de ranger tous ces fils correctement dans des gaines, des goulottes convenablement fixées aux cloisons ?

Il se souvenait vaguement alors de cette urgence dans laquelle il avait travaillé durant des mois pour que la maison soit enfin habitable, aussi la partie comprenant les dépendances avait t’elle été réalisée de façon brouillonne.

L’objectif principal sur lequel seulement il s’était fixé délaissant tout le reste était d’avoir de l’éclairage pas d’effectuer quelque chose d’esthétique.

Il sourit en s’apercevant qu’il était à nouveau en train de se justifier ou de se trouver de bonnes excuses.

A ce moment là il eut la nette impression qu’un œil clignait à l’intérieur du nœud d’une poutre qu’il fixait.

Evidemment je peux me mettre à délirer aussi pour m’évader plus loin se dit il.

C’était sans doute une idée de récit qu’il pourrait mettre de coté comme toutes les autres. Ces travaux dans la maison avaient quelque chose de si particulièrement épiques pour lui qu’ils devaient certainement symboliser quelque chose qui lui échappait encore.

Dans le fond tellement de choses m’échappent en ce moment qu’au lieu de m’en inquiéter je devrais tenter de m’en réjouir.

Peut-être qu’une fois que tout se serait dissipé, une fois que tout se sera effectivement échappé ne resterait plus que cette élément essentiel, cette homme seul profondément déçu par lui-même qui tente de réparer ce qu’il a mal fait en ne cessant pas de s’évader de cette obligation qu’il s’est fixée.

Il repensa à la réponse laconique du peintre, à peine 3 mots et décida qu’il ne le dérangerait plus. La lassitude qui s’emparait de lui était aussi puissante que la bête fabuleuse qu’il n’avait jamais arrêté de traquer tout en la fuyant.

Il décida d’arracher tous les câbles et toutes les foutues boites de dérivation de l’ancienne installation électrique afin de simplifier celle ci désormais.

La journée ne faisait guère que commencer.

Avec un peu de courage et d’attention surtout il pourrait terminer tout cela avant ce soir.

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