« The Loner » de Gary Moore.

C’est cette histoire de chien qui fut de trop, à bien y réfléchir il aurait peut-être eut une chance encore… puis il laissa tomber ses supputations.

Et puisqu’il fallait une raison il se dit que cet  événement décisif  les avait certainement autant confortés l’un que l’autre pour en finir.

Le chien, un gros berger briard complètement fêlé avait encore mordu la poissonnière du RDC au mollet un beau matin et bien sur celle-ci comme promis avait porté plainte.

La suite d’événements qui suivit se déroula comme dans un moment d’ébriété.

C’est son père à elle qui avait payé la facture de l’euthanasie, ça n’avait pas vraiment aidé.

 Au bout du compte il se demandait ce qu’il fichait là dans cet appartement, seul comme un con pendant qu’elle s’était envolée quelque part en Amérique du Sud avec le grand connard dont il avait désormais oublié le prénom.

Il décida de ne pas aller vérifier dans ce journal intime qu’il avait découvert dans un tiroir comme si elle avait voulu lui laisser une explication.

Il s’était réfugié dans la chambre noire pendant des nuits, et dans la journée il allait se promener au bord de l’Oise pour prendre quelques  clichés de paysage. Il venait de découvrir  cette magnifique méthode, le Zone système du photographe américain, Ansel Adams.

En jouant à la fois sur la surexposition ou la sous exposition puis sur le développement des films il commençait à obtenir des négatifs tout à fait respectables.

Aussi quand la porte s’ouvrit et qu’il vit le sac voler dans la pièce pour atterrir sur le grand tapis de laine il ne fut pas surprit d’entendre sa voix à elle qui disait  «Mais quel pays de merde ».

C’était une journée d’automne et le brouillard tardait à se lever.

 Méchamment il se réjouit qu’elle ne fût pas heureuse de revenir au bercail.

Il allait dire un truc en la voyant mais elle était si belle qu’il resta bouche bée.

-Où est le chien ?

Ce fut tout ce qu’elle prononça une fois entrée dans la grande pièce en le toisant.

-Il a encore mordu quelqu’un j’ai dû m’en débarrasser

Il s’attendait à la voir s’écrouler de chagrin, mais elle se mit en rage.

Ok tu t’es vengé sur le chien, je te laisse 1 h pour débarrasser tes affaires et te tirer je ne veux plus jamais te voir.

Etrangement il fut soulagé qu’elle le prenne ainsi.

Il rassembla quelques affaires puis rejoignit la gare.

C’est une de leurs amies chez qui il alla frapper à Paris qui lui avait dégoté cet appartement d’Aubervilliers.

 C’était  un immeuble vétuste sans confort en face du grand supermarché. La plupart des habitants du coin étaient étrangers, des maghrébins pour la plupart. Il y avait aussi des blacks et des roumains, des serbes et surement un bon paquet d’autres nationalités qu’il ignorait.

 Juste à coté de l’immeuble il y avait ce petit bar qui fermait tard et les éclats de voix, la musique de oud qui montait vers la fenêtre agrémentait sa toute  nouvelle solitude. 

Une fois ou deux il était descendu pour aller écouter de plus près la musique. Mais c’était des habitués et ils ne lui prêtèrent pas d’attention. Le vieux qui servait derrière le bar l’avait même regardé avec cette compassion bizarre qu’empruntent  les sages lorsqu’ils tombent sur un fou.

Et puis dans la journée il y avait le va et vient incessant des chalands faisant leurs courses au supermarché gigantesque qui contrastait avec les quelques immeubles prêts à s’écrouler en face.

Pendant les premières semaines il avait tenté de se changer les idées en bricolant. Il venait de trouver un job dans le centre ville et cela aussi lui faisait passer le temps, durant les longues journées où il travaillait il évitait de penser à elle. Et  quand le soir arrivait, il se remettait à développer ses photos en noir et blanc. Il avait réussit à rapatrier tout son matériel grâce à un de leurs amis communs.

Enfin une sorte de routine s’installait comme d’habitude, le rouleau compresseur du quotidien finissait par tout aplanir derrière lui, les bonnes comme les mauvaises choses.

Cela faisait plusieurs fois qu’il se rendait dans le supermarché mais il ne l’avait jamais remarquée jusqu’à ce jour là.

Quand il passa à sa caisse il nota son petit nez en trompette et son regard gris bleu suspendu entre rire et chagrin. Sans bien savoir pourquoi il plaisanta un instant avec elle et il osa même l’inviter à boire un verre après son travail. Il se disait qu’elle ne viendrait sans doute pas et pourtant en fin de compte elle était venue frapper à sa porte.

Elle ne buvait pas d’alcool et préféra un thé. Lui se remplit une bonne rasade de Ballantines.

Elle lui apprit qu’elle vivait avec sa mère un peu plus loin vers le centre, avait une trentaine d’année et deux enfants.  

Il fit l’impasse en ne posant pas de question. Et comme le regard gris bleu semblait dériver vers le chagrin il décida de lui faire les yeux doux, de ressortir ses vieilles combines sentimentales.

Ce fut assez facile. Ils se revirent plusieurs fois ainsi après son travail à elle et la plupart du temps le samedi soir.

Et puis un soir elle décida de rester plus longtemps, elle avait posé la tête sur son épaule et ils s’étaient embrassés assez vite ensuite, sur les premières notes de the Loner de Gary Moore

Quand ils firent l’amour il découvrit soudain qu’elle avait un vagin trop large pour son pénis ou qu’il avait un pénis trop petit pour son vagin….C’était un truc incroyable qu’il n’aurait pu envisager.

Cela le stoppa net dans leurs ébats. Il prétexta une envie d’aller aux toilettes tout d’abord puis il eut envie d’allumer une cigarette et  il alla dans sa chambre noire.

A la fin il sentit une colère contre lui-même qu’il tenta de refréner quelques instants pour faire encore bonne composition.

Lorsqu’il revient dans la chambre elle s’était endormie.

Le lendemain était dimanche et quand il referma la porte sur elle, il plaqua encore l’oreille contre la porte pour être sur d’entendre son pas dans l’escalier.

Il se sentit rapetisser comme si tout  de lui-même se recroquevillait se refermait pour une durée indéterminée.

Puis il alla se servir un verre

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