Vous êtes unique !

Le vieux Sam était juif et avait largement levé le pied sur ses velléités sionistes depuis la mort de son fils aîné durant la guerre des 6 jours en 67. La victoire sur les Égyptiens et les arabes en général et l’accroissement du territoire l’avait laissé soudain de marbre. Il était revenu vivre à Paris et tenait un restaurant rue Vieille du temple qui prospérait plutôt bien.

Lorsque le jeune homme se présenta pour la place de serveur, le vieux Sam le considéra quelques instants, puis il lui demanda de lui vendre le menu en lui tendant la carte plastifiée.

Le jeune homme se repris rapidement pour ne pas montrer sa stupéfaction et cela plut au vieux. Avant même qu’il eut prononcé le moindre mot, il l’avait étudié suffisamment longtemps pour que ce dernier lui rappelle soudain son fils défunt. Même stature, même démarche, jusqu’au regard à la fois franc avec cette petite lueur de doute qui aussitôt l’avait enclin à l’indulgence.

Je fais le client, vous faites le vendeur… un serveur c’est un vendeur au cas où tu ne le saurais pas.

Le jeune homme consulta la carte brièvement et se contenta de proposer les plats au vieux Sam en les énumérant un peu maladroitement comme un gamin qui ne sait pas sa récitation.

Le vieux haussa les épaules, puis leva le doigt en l’air pour l’interrompre.

Tu n’es pas dans un train et tu n’invites pas les gens à se rendre au wagon restaurant lui dit il avec une mine visiblement déçue.

Mets un peu d’âme là dedans… regarde le client dans les yeux ne lis pas ton texte et surtout souris !

Le jeune homme fit de son mieux pour ne pas montre son agacement et gagna ainsi un second point auprès du vieux Sam.

Non, là tu surjoues, tu es trop enthousiaste le client va penser que tu te fiches de lui ou que tu vas majorer tous les prix !

Dépité le jeune homme fit basculer le poids de son corps d’une jambe sur l’autre, fit un temps d’arrêt, respira profondément puis une petite lueur naquit dans ses yeux.

Monsieur Sam, (je peux vous appeler Monsieur Sam ?), vous avez totalement raison, serveur ce n’est pas du tout mon métier et je n’y connais pas grand chose. Je vous remercie vraiment de l’effort que vous produisez à m’expliquer comment m’y prendre et je vous demande d’être patient, il faut juste que je me reprenne un peu car j’ai vraiment besoin de cette place, j’ai besoin de travailler … vous aller voir je vais y arriver.

Le vieux Sam haussa les épaules et lacha un je n’en ai rien à faire de savoir l’histoire de ta vie, moi ce que je veux c’est que tu me fasses saliver, que tu me vendes les plats les plus chers sur cette putain de carte ! alors arrête de t’excuser ou de te lamenter sur ton sort, c’est simple non ?

Il faut juste que je me sente unique lorsque tu me parles de ma carte !

Le jeune homme resta muet quelques instants et il dit alors : » Mais vous êtes le pire fils de pute que je n’ai jamais rencontré de ma vie. » Et il s’apprêtait déjà à tourner les talons pour rejoindre la sortie lorsque le vieux Sam éclata d’un rire sonore.

Et bien voilà mon gars tu as saisi un peu l’essentiel de la vente, aller viens je t’emmène voir les autres à la cuisine, il faut remonter tes manches ils vont tous arriver dans une demie heure et rien n’est encore prêt.

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