De Stephen King à la peinture.

Il y a de très nombreuses années que je n’ai pas lu d’ouvrage de Stephen King. Et justement ce qui est intéressant c’est toujours ce qui m’en reste après toutes ces années, comme si le temps peu à peu avait resserré les mailles de son tamis pour me permettre de regarder aujourd’hui cet important qui m’est restitué.

Ce qui était lu dans un mouvement de mode au terme de l’adolescence, tel un produit de consommation que l’on consomme et puis que l’on oublie dans l’urgence d’en consommer un nouveau, quand le désir jamais complètement satisfait nous aura projeter des années lumières au delà des sources où bouillonne son clapotis permanent, alors il reste malgré tout un je ne sais quoi, un presque rien mais qui, si on le considère, prend des allures de diamant.

Hormis le contenu des œuvres de Stephen King c’est plus désormais la forme dont je me souviens le plus. Dans sa fabuleuse technique à raconter des histoires l’alternance de courts chapitres s’organisant comme un mille feuilles autour souvent d’un personnage principal d’idiot.

Dans la simplicité, l’aspect particulier et unique de ce personnage Stephen King nous oblige à nous identifier face au chaos général du monde qu’il incarne dans ses romans par des phénomènes ou des antagonistes effrayants.

C’est formidable de constater soudain à quel point un romancier que l’on considère comme « populaire » a su cristalliser les soucis de son époque d’un façon aussi attractive et finalement compréhensible par l’inconscient du plus grand nombre.

Car l’art de raconter des histoires possède j’en suis intiment persuadé, ainsi que la peinture, c’est celui de toucher l’inconscient collectif avant même le cœur.

C’est d’actualiser toujours notre rapport au monde en proposant des axes, des totems afin de s’agripper face à toutes les tragédies, les drames que l’on interprète comme autant de manifestations hostiles du chaos.

En ce sens le personnage de l’idiot à l’instar du personnage de l’Auguste et du moine zen, ont tous en commun de chuter puis de se relever pour nous inviter à dédramatiser la chute. Ce dont nous nous extrayons généralement par un rire hélas.

Le rapport étroit que j’aperçois entre ce personnage récurrent de Stephen King et le peintre tel que je l’envisage se situe exactement dans ce lieu de l’idiotie, cet athanor magistral qui transmute à la fois le drame comme les satisfactions mesquines en quelque chose d’à la fois simple, de particulier et d’unique.

Concrètement l’installation dans le moment de peindre à l’instar des rythmes proposés par l’enchaînement rapide de chapitres , d’accentuation de traits léger ou lourds dans un changement de braquet des fulgurances et des hésitations exige une certaine forme d’idiotie de la part du peintre.

Cette idiotie bien loin d’être de la sottise ressemble en de nombreux points à ce que font les taoïstes en empruntant les voies du souffle plutôt que les autoroutes de la logique commune.

Entre ce souffle et la perpétuelle ondulation de la pensée au sein même d’un océan plus vaste qu’est l’inconscient existe un fil ténu qui demande à celui qui veut l’emprunter de se dévêtir de lui même à chaque pas.

Et d’ainsi résoudre si l’on veut l’éternelle contradiction, l’obsédante contradiction entre ordre et désordre, entre amour et haine, entre la nuit et le jour. Ce chemin qui efface à chaque fois qu’elle se présente à notre esprit la binarité éreintante du monde que nous avons inventée pour nourrir nos peurs et satisfaire nos désirs.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :