Le cercle restreint des préoccupations.(suite)

Notes sur une alliée éventuelle du protagoniste…

Elise Johnson consulta une fois de plus ses mails, c’était au moins la dixième fois en un quart d’heure, lorsqu’enfin la notification qu’elle attendait lui parvint. Elle expira lentement avec soulagement la fumée de son vapoteur ce qui créa- nota t’elle -un joli petit nuage de fumée bleutée à l’odeur de cerise.

Elle avait enfin obtenu l’aval de son rédacteur en chef pour se lancer dans cet article qu’elle lui avait proposé la veille au alentours de 23h avec la notification URGENT IMPORTANT dans le sujet du mail. Elle n’avait que très peu dormi la nuit sursautant à chaque bip de son smartphone et pour finir s’était même relevée pour le recharger loin d’elle, à une des prises de la kitchenette rutilante qu’elle venait tout juste de faire rénover.

Après une nuit agitée elle s’était aussitôt rendue en face de la Harald Loyd Research, la HLR où un loufiat peu sympathique était en train d’arroser les sapins miteux cernant une terrasse déserte.

Elle commanda un jus d’orange pressée, un double expresso et quelques viennoiseries pour accompagner le tout. Il y avait longtemps qu’elle avait tiré un trait sur son fantasme de taille de guêpe.

Âgée d’une trentaine d’années, elle avait fuit Boston ainsi que son ex mari pour revenir aux sources c’est à dire à Paris chez sa mère dont elle avait héritée à sa mort quelques mois plus tôt suite aux ravages provoqués par le Covid 19.

Elle n’avait pas pu se rendre à l’enterrement, ce qui l’avait profondément ébranlée car malgré leurs sempiternelles dissensions sur la façon d’envisager la vie à toutes deux, on n’a qu’une seule mère se disait t’elle.

Il lui semblait que la pire chose pour laquelle elle en voudrait toute son existence au gouvernement Macron c’était cette légèreté avec laquelle ils avaient tenté de résoudre la tragédie pandémique à ses débuts. La suite avait été une véritable catastrophe sanitaire,des milliers de victimes qu’on enterrait dans l’urgence sans convoquer la famille en ces circonstances.

Dans les quelques mots laconiques qu’elle tentait de décrypter il lui sembla que Berger son rédacteur, lui conseillait la plus grande prudence. Désormais les intrications entre les grands groupes de presse, la politique et l’industrie étaient tellement resserrées pour confectionner au public l’apparence d’une opinion, qu’il lui faudrait nécessairement marcher sur des œufs.

Elle en était là de ses réflexions quand elle aperçut enfin celui qu’elle guettait. En toutes hâte elle paya ses consommations et sans attendre sa monnaie s’élança de l’autre coté du boulevard d’un pas rapide pour rejoindre l’homme.


(Notes sur quelques particularité du protagoniste.)

Lukas Grolle s’était figé dans la position du singe. Après des années d’entrainement au kung-fu- 5 ans dans un temple shaolin perdu dans l’Himalaya laisse des séquelles indélébiles- il pouvait être enfin satisfait de la quasi perfection de sa posture.

Mais il chassa vite de son esprit cette propension à valoriser son égo car quelque chose semblait déranger le fonctionnement normal des molécules tout autour de lui.

Il s’enfonça profondément dans un état que les humains appellent généralement le rêve afin de pouvoir obtenir les informations provenant de la perturbation qui n’était pour lui qu’un signal qu’il attendait depuis qu’il avait convoqué le professeur Lemmings.

Il resta dans une immobilité totale pendant quelques secondes puis, apparemment satisfait de ce qu’il venait de découvrir, il relâcha sa posture pour se diriger vers le bar. L’une des meilleures choses qu’il appréciait sur Terre était sans conteste ce délicieux « old fashionned » qu’il avait découvert par hasard dans une vieille série des années 2019.

Il avait scotché la recette derrière le bar et il la suivait à la lettre. C’était le barman du « Joe Allen » où il aimait se rendre certains soir qui lui avait refilée, avec la petite histoire pour l’agrémenter :

Le cocktail Old Fashioned porte en réalité le nom de « Old fashioned Whiskey Cocktail ». Ce breuvage de caractère, très populaire dans les années 60, est toujours à la mode.
Le Old Fashioned aurait été inventé en 1884 par un officier retraité du nom de James E. Pepper, qui était également propriétaire d’une marque de bourbon. Il le créa avec le barman du club « Pendennis » de Louisville, dans le Kentucky. Au cours de la prohibition, en 1928, il prit sa forme actuelle et sa recette se simplifia. Aujourd’hui, le cocktail Old Fashioned a même donné son nom au verre à whisky : le Old Fashioned Glass.

Après quelques incohérences qu’il avait relevées, Grolle savait que l’expression verre à whisky était une sorte de faux ami. Entre le whisky et le bourbon, il avait testé les deux, il fallait absolument porter son choix sur le bourbon.

  1. Le cocktail Old Fashioned se prépare directement au verre.
  2. Déposez le sucre au fond du verre Old Fashioned et arrosez-le de bitters.
  3. Versez l’eau pétillante, puis écrasez le sucre à l’aide d’un pilon jusqu’à ce qu’il fonde complètement.
  4. Ajoutez 2 glaçons et 2,5 cl de bourbon puis remuez avec une cuillère à mélange pendant 15 secondes.
  5. Complétez avec des glaçons et versez le bourbon restant (2,5 cl).
  6. Remuez de nouveau pendant 15 secondes.
  7. Décorez votre verre avec un zeste d’orange.
  8. Votre cocktail Old Fashioned est prêt !

( Demandez Jack au Joe Allen pour d’autres excellentes recettes)

Tandis que le breuvage pénétrait lentement le long de sa gorge Lukas Grolle fit un point rapide sur la situation. En évaluant à la vitesse de l’éclair toutes les probabilités d’un coup la rencontre qu’il avait prévue de longue date entre la journaliste et le scientifique était bel et bien en train de se produire à l’instant même.

Il se dirigea vers les immenses baies vitrées pour observer le boulevard tout en bas et se réjouit de les apercevoir, la jonction allait s’opérer enfin c’était inéluctable. Et tout en observant la scène il laissa son intuition prendre le pas sur la pensée pour l’aider à évaluer tous les embranchements possibles que cet événement ne manquerait pas de créer dans tous les univers connus de lui seul.

Il allait terminer son verre lorsque Kali la secrétaire fit irruption dans le bureau juste après avoir légèrement frappé sur celle ci comme à son habitude. Encore une fois Grolle se félicita intérieurement de l’avoir embauchée en la contemplant. C’était une grande brune plantureuse d’une cinquantaine d’années originaire de Pondichery et qu’il avait rencontrée dans ses bureaux de Londres quelques mois plus tôt en hiver.

Kali avait remis au gout du jour les robes moulantes des années 60 ce qui à priori semblait parfaitement ridicule pour la gente féminine et féministe qui peuplait l’immeuble Parisien tout entier. Elle s’approcha vers lui et, en se penchant pour lui tendre le dossier qu’elle tenait entre ses bras il sentit la fulgurance du désir renaître provoqué tout à la fois par l’ample décolleté et le regard effronté qu’elle lui lançait.

Mais une nouvelle perturbation dans l’air stoppa net la suite d’événements qu’il aurait pu envisager. Il la remercia en s’emparant du dossier et la congédia brièvement non sans un regard un peu triste envers le balancement de la croupe généreuse de la secrétaire qui prit congés.

A peine la porte se referma t’elle qu’il accepta mentalement la transmission. Après quelques nano secondes l’image finit par se stabiliser au milieu du bureau et il reconnut Eva 1 sa moitié qui venait aux nouvelles.

Pour l’occasion elle s’était parée d’une magnifique tunique de Trillium blanc, ce tissus confectionné sur la planète EMI 12 par les femmes de mineurs Kaldoch. Il avait apprit que celles ci passaient une vie entière à confectionner une seule de ces tuniques et ceci était du à trois choses, les femmes Kaldoch ne vivaient guère au delà de l’âge de 25 ans terrestres, la précision de leur travail était infinie, et le trillium était le minerai le plus rare qu’on puisse trouver dans tous les univers connus.

Toujours aussi belle elle semblait soucieuse cependant.

Excuse moi de te déranger tu dois être débordé de travail mais il fallait absolument que je te parle de Karl junior.

Lukas soupira que pouvait bien avoir encore inventé son fils cette fois encore ? Il ne l’avait pas revu depuis plusieurs cycles et la dernière fois déjà il avait été peiné de comprendre que celui ci ne suivrait surement pas la tradition familiale. C’était un artiste visiblement aucune chance qu’on lui confie une planète à gérer par la suite.

Et qu’a t’il donc inventé cette fois ?

Il s’est exhibé nu devant la fille du Régulateur T50 pendant une fête en prétextant que vivre nu libérait totalement l’esprit.

Durant un faible instant Lukas Grolle tenta de réprimer un fou rire mais il serra les dents et fronça les sourcils.

Tu as sans doute une éducation trop permissive ma chère lui jeta t’il en attendant quelques secondes que la réaction traverse l’espace interstellaire pour s’afficher sur l’hologramme, ce qui lui laissa le temps nécessaire à finir son old fashioned.

Quoi tu oses me rendre responsable répliqua t’elle tout à coup ?

Dans le fond les relations conjugales étaient à peu près du même tonneau dans toutes les galaxies et c’était surement une sorte de loi fondamentale de l’univers dans son ensemble.

Ils papotèrent quelques instants de choses et d’autres et pour finir il lui avoua ouvertement qu’elle lui manquait affreusement ce qui la fit rougir, puis sourire, puis ils mirent fin à la transmission.

Un instant il se remémora l’éclat taquin du regard de la secrétaire, mais il savait que s’il agissait trop rapidement après la transmission cela perturberait l’acuité de ses pouvoirs intuitifs durant une période indéfinie et Lukas Grolle redoutait par dessus tout tout ce qui n’était pas définit, alors il se remit au travail.

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