Ecrire une nouvelle.

Challenge en 7 jours

1er jour

Un des exercices les plus difficiles en matière d’écriture est la rédaction d’une nouvelle. Il ne faut pas que le texte de celle ci soit trop long, que les événements s’enchaînent avec une précision digne de celle d’un horloger suisse, et qu’éventuellement la chute de l’histoire scotche le lecteur par son aspect brusque et imprévisible.

C’est un travail auquel je ne me suis jamais soumis de façon sérieuse, car ma nature digressive, avec sa propension de sauter à chaque instant du « coq à l’âne », à première vue m’en empêche.

Cependant cette défaillance perpétuelle, cette obsession de l’évasion par rapport à un cadre strict, m’a mise la puce à l’oreille un beau matin, à 3h du matin précisément.

J’étais tranquillement en train de boire un café, tout en fumant une cigarette extraite de mon dernier paquet de winfield quand subitement une idée m’a traversé l’esprit, un peu à la façon du célèbre coyote pourchassant Bip Bip.

J’ai toujours adoré ce dessin animé crée en 1949 par Chuck Jones qui probablement se sera lui aussi inspiré d’un bouquin de Mark Twain « Roughing it  » l’auteur dans le déroulement de son récit note que les coyotes sont affamés et veulent chasser un Grand Géocoucou.

Finalement un écrivain n’est ce pas un peu comme un coyote en train de cavaler sans arrêt après une idée, et c’est pourquoi, à mon sens il faut être très attentif à tout ce qui pourrait évoquer de près ou de loin cet étrange bestiole que peut être le Grand Géocoucou, sous peine de se retrouver marron devant sa feuille blanche.

Cela faisait un bon moment que j’avais plusieurs préoccupations en tête, je ne peux pas véritablement appeler cela des idées, plutôt des pensées obsédantes dont on n’arrive pas facilement à s’extraire, ce qui fait que l’on passe la plupart de son temps à marcher dans la glue en s’auto flagellant, enfin moi c’est ce que j’ai coutume de faire car si quelque chose cloche je me sens toujours responsable. C’est l’envers de la toute puissance créatrice si l’on veut, on se dit qu’on est Dieu , mais il ne faut pas oublier qu’on est aussi le diable en même temps, sinon on se transforme vite en victime du sort.

Donc j’aperçois le Géocoucou qui me passe sous le nez et là je me dis : chope vite ton carnet pour l’attraper dans 5 minutes il sera trop tard.

C’est comme ça que j’ai écrit les premières lignes de mon idée de nouvelle tout simplement, si je puis oser dire.

Dans la cour de récréation de l’unique école du village, personne ne miserait un calot sur Tom le débile. Personne sauf la belle Anna qui vient de perdre son petit frère dans un accident de la route.Quand les premières disparitions d’enfant surgissent, l’inspecteur Blanchard, mis au rencard pour son incompétence administrative notoire, tente de recouper tous les indices pour en avoir le cœur net et pour ne pas être définitivement mis sur la touche.

Ce qui est assez fabuleux quand une idée de ce type surgit c’est qu’elle est fabuleuse pour soi seulement.

C’est à dire que si moi je perçois tout le potentiel derrière cette idée et là il est gigantesque, ce n’est pas du tout évident que la manière dont je l’ai résumée provoque la même prise de conscience chez un lecteur lambda.

L’écrivain Fred Godefroy dont j’ai eu le privilège de lire quelques livres comme le désormais célèbre :

« Comment écrire des romans à succès »

que je conseille à tous les écrivains en herbe, Fred donc évoque l’importance majeure de poser cette idée sur le papier afin qu’elle soit la plus claire et aussi une sorte de formule magique, un abracadabra faisant tomber le pognon des poches des éditeurs et des producteurs de cinéma.

Le premier risque que j’entrevois dans les quelques lignes que je viens de rédiger c’est qu’elles ressemblent à une quatrième de couverture plutôt qu’à un argument d’achat ou de vente.

Mais je m’emballe comme d’habitude et il faut que je m’accroche un peu plus à la simplicité.

Est ce que ces quelques lignes que j’ai écrites me permettent de me lancer dans ma nouvelle ? sont elles suffisamment inspirantes ? est ce que je peux percevoir à l’intérieur de mon petit texte, les personnages, à la fois bons et méchants, ou mieux, toute la palette de nuances de gris qui font passer ceux ci du noir au blanc et vice versa ?

Il se pourrait bien que l’inspecteur Blanchard ait quelque chose à voir avec moi pour démêler tout cela.

Et comme pour tout objectif il faut se donner une dead ligne je vais me donner 6 jours pour améliorer mon idée et créer ma nouvelle en même temps.

Si le cœur vous en dit de suivre cette aventure, et bien surtout n’hésitez pas, et je serais tout à fait content aussi de recevoir vos commentaires, que ce soient des louanges ou des critiques peu importe dans le fond, ce qui compte c’est que vous vous sentiez ou non inspires d’y répondre.

Préparation du travail second jour.

Les personnages

  1. Tom le débile.
  2. Anna la belle
  3. Les enfants disparus
  4. L’inspecteur Blanchard.

Règle numéro 1 le protagoniste doit changer entre le début de l’histoire et la fin.

Celui qui sera la plus susceptible de changer c’est l’inspecteur Blanchard. Il joue sa carrière sur cette dernière affaire et devra pour cela apprendre à s’organiser pour classer les informations qu’il récolte sur celle-ci. Quand il commence une nouvelle affaire il a toujours plusieurs carnets de notes et il se mélange les crayons dans ceux ci ce qui fait qu’au bout d’un moment, il n’arrive plus à recouper les faits, la panique et la confusion s’emparent alors de lui et provoquent d’étranges comportements.

Il peut avoir envie de boire, de tout laisser en plan pour aller se promener dans la campagne au moment où tout le monde espère qu’il agisse, il peut aussi s’interrompre brusquement en pleine conversation et s’endormir profondément.

La raison pour laquelle il doit changer de stratégie c’est qu’il va perdre son poste d’inspecteur s’il échoue une nouvelle fois.

Curieusement c’est Tom que tout le monde sauf Anna trouve débile, handicapé mental qui va lui apporter le plus de billes pour s’améliorer au fil de son enquête. En effet le jeune autiste est un maniaque de la collection et du classement, doté d’une extraordinaire mémoire pour ce qui l’intéresse uniquement l’inspecteur Blanchard va être séduit peu à peu par ce personnage qui va devenir une sorte de mentor pour lui.

Anna est belle elle incarne la justice telle Athéna qui secoure le Héros Ulysse à de nombreuses reprises durant son périple elle est aussi ambiguë, aveugle en apparence à toute manifestation sentimentale envers elle.

Pour elle Tom est une victime des autres enfants mais ne se trompe t’elle pas ? n’est il pas une projection de ce frère qu’elle vient de perdre dans un accident de voiture et dont elle ne cesse de se reprocher de ne s’être pas assez occupée.

Les enfants disparus resteront anonymes ils seront désignés par leur genre et seulement quelques caractéristiques c’est le but apparent de l’histoire.

Les lieux. une école primaire dans un village de la campagne bourbonnaise. La foret dans laquelle se rend l’inspecteur Blanchard est la foret domaniale de Tronçais, à quelques kilomètres.

Le format du texte.

8 pages maximum.

Découpage des scènes, actions, rebondissements, climax

Chaque personnage est une fonction de l’histoire.

Dans ce cas faire une sorte de dessin avec des flèches, une carte mentale avec des étapes dans lesquels on peut ajouter ou retrancher des éléments.

Atmosphère j’imagine une ambiance de série policière suédoise avec des couleurs froides et une semie obscurité presque omniprésente. Le comportement étrange de l’inspecteur me rappelle plusieurs personnages de ces séries d’ailleurs qui ont l’air quasiment cinglés à première vue.

S’il fallait mélanger plusieurs genres ce serait un drame psychologique, une enquête policière et un peu de fantastique à la manière de Stephen King dans l’accumulation de détails et de précisions sur certaines particularités d’objets ou de personnages pour les rendre plus vivants que vivants.

Note s’intéresser à la notion de collection, qu’est ce qui peut pousser un individu à collectionner des timbres, des porte clefs des magnet, etc…

Question: quel type d’engouement faut il pour être un vrai collectionneur? Le fait que Tom soit considéré comme un débile par le monde en général résulte d’un amour « désintéressé », poétique pour les objets , il les aime pour ce qu’ils sont, ils provoquent sur lui toujours la même émotion quelque soit ce qui lui arrive dans la journée. Son amour pour les objets qu’il collectionne est le lien qu’il a mis en place pour retourner quand il le veut en lui même dans le havre de paix qu’il s’est constitué faisant écho à ce qu’il ne veut quitter pour rien au monde.

C’est d’ailleurs pour cela que le monde extérieur lui est parfaitement incompréhensible car trop agité, trop fluctuant, « on ne peut faire confiance à personne ». La force extraordinaire de Tom derrière son handicap apparent c’est qu’il est parvenu à se forger son univers propre, à faire de sa difficulté à communiquer avec les autres une vraie force. Intérieurement il s’est bâti sur des slogans, seulement quelques slogans mais grâce auxquels il sait pouvoir faire face à n’importe quelle situation.

Quand la belle Anna le prend sous son aile il sent son cœur bondir dans sa poitrine. Mais il renonce vite à la notion d’idylle préférant la considérer comme une sorte d’objet rassurant elle aussi, et il fait le choix de ne nourrir qu’une relation d’amitié avec elle.

Notes du 22/04

L’inspecteur Blanchard arrive en périphérie des lieux du crime.

version 1

L’inspecteur Blanchard tâta les poches de son imperméable à la recherche de ses clefs. Après plusieurs essais infructueux durant lesquels il tata aussi celles de la veste en laine puis celles du Lewis 501 délavé qu’il portait.

 C’est dans la poche arrière de ce dernier qu’Il trouva enfin le trousseau que venait de lui remettre quelques minutes auparavant la gérante de l’hôtel. Une petite femme sans âge, avec un fort accent de cul terreux, probablement vierge ou mal baisée.

 Il venait de débarquer  en pleine cambrousse fraichement muté suite à un enchainement de circonstances désastreuses.

Il n’était plus qu’à quelques mois de la retraite, après 30 années de bon et loyaux services lorsque  le commissariat du 18 ème arrondissement de Paris celui de la rue Marcadet, avait sauté sur sa dernière bévue pour y voir  l’occasion de  l’expulser comme un point noir   en le pinçant bien fort pour en extraire le pus.

Il  n’avait  pas  cherché bien longtemps  pour trouver une chambre , après 300 bornes avalées par le break Nevada pourri qui ne passerait  probablement pas le prochain contrôle technique,  la seule idée qu’il lui restait à son arrivée  à Vallon en Sully était de  trouver un lit pour s’allonger.

A l’embranchement de la RN7 et de la rue Charles Venuat , il fut   soulagé d’apercevoir dans la nuit  l’enseigne lumineuse de l’hôtel restaurant Le Lichou    et aussi agréablement surpris que  le parking presque désert ne nécessita pas de manœuvre compliquée pour se garer.

Il était assis seul dans la grande salle qu’il jugea veillotte en raison de la quantité excessive de couleurs marron merde  répétée sur les poutres au plafond, sur le mobilier et même sur le sol, un plancher probablement constitué de bois de chêne ancestrale.

Il était en train de  profiter de la tambouille locale, une soupe de pois cassés à la crème avec une déco à la con digne des artisans  onanistes de Top chef, pas mauvaise mais qu’il avait trouvée un peu trop tiède.

En revanche cette petite déception  avait été largement oubliée lorsqu’il s’était enfilé une énorme portion de tourte aux pommes de terre,  à la crème elle aussi, et qu’il avait trouvée succulente.

Enfin après avoir  avisé  « la montagne » le journal du coin posé sur la table voisine de la sienne, il s’était mis à feuilleter celui-ci en préférant achever son repas avec une infusion de verveine plutôt que l’éternelle mousse au chocolat ou ile flottante qui était inscrite sur le menu à 13 euros pour lequel il s’était décidé.

 Sur la première page du journal le fait divers pour lequel il était là s’étalait en gras avec une photographie en noir et blanc d’une qualité d’impression à la médiocrité rare.

Blanchard n’était pas un mauvais flic, il avait même eut son heure de gloire mais depuis que la cinquantaine l’avait placé sur la pente descendante de sa vie il accumulait connerie sur connerie.

En fait ce qui péchait le plus chez lui c’était son incapacité à rédiger des rapports circonstanciés correctement, il se perdait dans les descriptions, les adjectifs, les détails en omettant à chaque fois l’essentiel.

En repliant le journal il tata ses poches à la recherche d’un carnet pour noter deux ou trois détails ainsi que le nom du journaliste qui avait rédigé l’article dans un style qu’il trouva assez chouette.

 Puis, accablé de fatigue il effectua l’ascension d’un escalier impeccablement menant à l’étage de l’établissement. Après une brève errance dans les couloirs qui fit office de reconnaissance des lieux  il trouva enfin la porte dont le numéro correspondait au porte clef.

Il fit jouer la serrure, ouvrit la porte et, sans même examiner la pièce il se dirigea vers le lit, retira ses chaussures et s’écroula sur le lit.

Il tenta de rassembler les informations en sa possession durant quelques instants en essayant de les  recouper avec celles que le journaliste avait placées dans son article.

 Le premier gamin avait disparu une semaine plus tôt et les deux suivants quelques jours après seulement.

Une fille et deux garçons entre 8 et 10 ans.

 Blanchard lutta quelques minutes encore afin d’organiser sa journée du lendemain, mais des images interlopes commençaient déjà à se glisser dans sa cervelle embuée et il sombra dans un sommeil lourd et sans rêve.

Je me rends compte que c’est branlant pas assez réfléchi

je reprends le plan et les idées

Idée du roman

Idées instinctives

Revenir sur les lieux pour trouver l’assassin d’enfant

Des meurtres d’enfants  dans le village que l’inspecteur connait bien pour avoir déjà enquêté 30 ans plus tôt sur une affaire similaire l’entrainent à découvrir peu à peu  le vrai visage d’un industriel qui a fait main basse sur la région et qui est nul autre que son propre frère.

Ecrire un roman policier qui peut se lire à différents niveaux

Régler mes propres difficultés avec la confiance en moi en mettant en lumière un oppresseur et un opprimé qui veut obtenir sa revanche (sa vengeance ?)

Idée neuve : quelque soient les raisons ou les excuses que l’on peut placer devant  la violence et qui constitue notre humanité la violence est sans raison.

Mon idée est donc de créer une histoire avec un protagoniste qui se trouve confronté à cette violence représentée par le meurtre d’enfants dont l’assassin est son frère ainé et qui  peu à peu découvre cette réalité . Pour appréhender celle-ci et faire justice il devra dépasser les sentiments ordinaires et abandonner une certaine idée d’humanité pour se dresser au même niveau que l’assassin sans pour autant sombrer lui aussi dans la folie.

HC

Le cadre la province  le contexte un village familier au protagoniste

Le prota L’inspecteur Blanchard revient sur les lieux de son enfance où il a déjà enquêté sur une affaire de meurtres 30 ans plus tôt très vite il se trouve confronté à son frère ainé un industriel véreux qui contrôle la région et ne cesse de lui  mettre des bâtons dans les roues pour qu’il ne découvre pas l’horrible vérité.

 L’inspecteur Blanchard est en fin de carrière, spécialiste dans la résolution des  infanticides il retourne sur les lieux de son enfance et d’une première enquête non résolue 30 ans plus tôt, là il se retrouve confronté à un magnat de la région sadique et manipulateur  et qui est son propre frère. Parviendra t’il  cette fois à prendre se revanche et à trouver l’assassin ?

L’anta son frère ainé le frère ainé de Blanchard est un sadique qui l’a toujours torturé dans son enfance puis l’a humilié publiquement lors d’une première enquête non résolue

L’élément déclencheur : le meurtre de plusieurs enfants ? le fait que l’inspecteur soit appelé sur les lieux parce qu’il est le spécialiste des infanticides ? par ce qu’il connait la région ?

A force de ruses et de magouilles l’anta   est devenu un grand ponte du coin, son emprise psychologique sur Blanchard  renvoie  ce dernier à la fois à des obstacles personnels qui ont  toujours plus ou moins consciemment entravé sa vie  et qui en résolvant peu à peu l’affaire va lui permettre de se libérer de l’emprise psycho de son ainé. Plus largement l’anta représente l’image du pouvoir qui règne par la peur, la manipulation et dans le fond  met en relief un manque affectif pathétique sur lequel on risque de se faire avoir car au delà  de ce dernier vestige d’humanité que peu représenter l’excuse ou le pardon la violence quand on la regarde froidement est sans raison.

L’enjeu découvrir le vrai visage du frère, libérer la région de son emprise, régler une ancienne affaire non résolue jusqu’ici  se libérer de l’emprise psycho Blanchard va devoir prendre sur lui et dépasser ses griefs anciens pour faire à la fois la part des choses et retrouver sa dignité en ne se laissant pas aller à une vengeance aveugle.

Réécriture version 2 le 23/04/2020

L’inspecteur Blanchard  de la BAC  du 18eme tâta les poches de son imperméable à la recherche de ses clefs. Après plusieurs essais infructueux il les trouva enfin dans la poche arrière de son levis 501

Il venait de débarquer  en pleine cambrousse suite à un enchainement de circonstances auxquelles il avait tenté petit à petit de mettre de l’ordre pendant le trajet qui le menait depuis la capitale dans l’Allier.

 Il était parti la veille en milieu d’après-midi et avait été agréablement surpris par le confort des sièges de la Wolswagen Passat qu’on lui avait octroyé pour rejoindre l’équipe de Montluçon.

Il n’était plus qu’à quelques mois de la retraite, après 30 années de bons et loyaux services lorsque  son chef l’avait fait venir dans son bureau pour lui relater les  faits.  En quelques secondes à l’énoncé du procès verbal que son supérieur lui lisait il su qu’il allait devoir retourner sur les lieux d’une vieille affaire qui lui pesait toujours sur le cœur.

Un gamin retrouvé dans un fossé tout près du village, sur lequel un monstre s’était déchaîné avant de l’égorger et pour finir avait du arracher à pleine dents les testicules.

 C’est à partir de là quand le commissaire avait prononcé le nom familier du village suivit des mots   « homicide »,  et « enfant de sexe féminin »  qu’il avait subit le choc, toute la suite sembla s’atténuer peu à peu jusqu’à ne plus être qu’un vague son étouffé.

A l’embranchement de la RN7 et de la rue Charles Venuat , il fut   soulagé d’apercevoir dans la nuit  l’enseigne lumineuse de l’hôtel restaurant Le Lichou    et aussi agréablement surpris que  le parking presque désert ne nécessita pas de manœuvre compliquée pour se garer.

Un peu plus tard assis seul dans la grande salle qu’il jugea veillotte en raison de la quantité excessive de  bois brun,   il commanda à dîner : une soupe de pois cassés à la crème qu’il avait trouvée un peu  tiède. Mais la légère déception avait été oubliée aussitôt qu’il  avait croqué dans la part de tourte aux pommes de terre que le patron de l’hôtel restaurant en personne lui servit.

« Tu es venu pour l’affaire » avait soufflé celui-ci à Blanchard qui l’avait regardé un instant et lui avait répondu par un simple sourire triste.

Enfin après avoir  avisé  « la montagne » le journal du coin posé sur la table voisine, il s’était mis à feuilleter celui-ci en optant pour  une infusion de verveine délaissant avec un léger regret la proposition d’ile flottante baignant dans la crème anglaise.

Sur la première page du journal le fait divers pour lequel il était là s’étalait en gras avec une photographie en noir et blanc d’une qualité d’impression à la médiocrité rare.

Blanchard n’était pas un mauvais flic, il avait même eut son heure de gloire mais depuis que la cinquantaine l’avait placé sur la pente descendante de sa vie il accusait le coup à la nouvelle de chaque nouvel homicide c’était un peu plus de ses croyances sur la rédemption éventuelle de l’humanité qui disparaissaient.

En repliant le journal il tata ses poches à la recherche d’un carnet pour inscrire deux ou trois détails ainsi que le nom du journaliste qui avait rédigé l’article dans un style qu’il trouva assez chouette.

 Puis, accablé de fatigue il effectua l’ascension d’un escalier impeccablement ciré menant à l’étage de l’établissement. Après une brève errance dans les couloirs il trouva enfin la porte dont le numéro correspondait au porte-clef qu’il tenait dans ses doigts.

Il fit jouer la serrure, ouvrit la porte et, sans même examiner la pièce il se dirigea vers le lit, retira ses chaussures et s’écroula sur le lit.

Il tenta de rassembler les informations en sa possession durant quelques instants en essayant de les  recouper avec celles que le journaliste avait placées dans son article.

 Le premier gamin avait disparu une semaine plus tôt et les deux suivants quelques jours après seulement.

Une fille et deux garçons entre 8 et 10 ans.

 Blanchard lutta quelques minutes encore afin d’organiser sa journée du lendemain, mais des images interlopes commençaient déjà à se glisser dans sa cervelle embuée notamment  une mâchoire d’homme dévorant un pénis d’enfant, en remontant un peu plus haut il découvrait le regard halluciné d’un être monstrueux qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son frère ainé… il soupira  puis sombra dans un sommeil lourd et sans rêve.

Le lendemain matin après un petit déjeuner rapide Blanchard sortit de l’hôtel pour fumer sa première cigarette de la journée. De lourds nuages d’un gris anthracite s’amenaient provenant de l’Ouest  et n’allaient pas tarder à venir crever sur le quartier.

 Il y avait quelque chose d’électrique dans l’air, une odeur de cuivre grillé.  Avec un peu de chance   Blanchard  aurait suffisamment de temps pour remonter la rue Charles Venuat à pied  et jeter un coup d’œil à la maison et peut-être aussi au silo à blé un peu plus loin.

L’aspect général de l’habitation cossue n’avait pas changé vraiment si ce n’est qu’elle lui évoquait l’image d’une vielle dame qui avait déjà subit plusieurs lifting

 Dans son souvenir les couleurs lui semblaient plus chatoyantes, notamment le vert du lierre courant sur la façade ouest.

Des reflets s’agrippaient à la surface visiblement propre des vitres noires, tous les volets étaient ouverts, pas de rideau à l’intérieur. Le jour s’était levé depuis un peu plus d’une heure et il se demandait qui pouvait désormais habiter ici.

En se déplaçant un peu il pu  apercevoir au loin le jardin et vit que le grand cerisier avait disparu, comme les pommiers et aussi un  prunus et en continuant son inventaire Blanchard arreta son regard quelques instant sur   le hangar à droite. Lui aussi avait certainement du être rénové car le bardage à l’aspect neuf  qui recouvrait ses murs lui conférait l’aspect d’une anomalie comme dans le jeu des 7 erreurs qu’il adorait élucider autrefois.

Il poursuivit sa route pour atteindre le silo un peu plus loin  et pénétra  sur le grand parking, là où autrefois un balai régulier de camions venait décharger le blé et récupérer la farine. Le père Debord était probablement mort depuis belle lurette et il se posa la question s’il apercevrait Philippe, mais soudain il se rappela pourquoi il était revenu à Vallon, consulta sa montre et revint vers l’hôtel pour reprendre son véhicule. Il lui fallait encore se taper une trentaine de kilometre pour rencontrer ses collègues, le village ne disposait que d’un poste de gendarmerie et il aurait bien le temps d’aller les saluer quand il reviendrait .

Parvenu au commissariat de Montluçon les choses s’étaient très rapidement accélérées. Le commissaire Dereugly lui avait serré la main en lui souhaitant la bienvenue sans un  sourire puis  l’avait immédiatement conduit vers une jeune femme en les présentant.

    « Jeanne je vous présente Maurice Blanchard qui connait la région parfaitement et qui a déjà travaillé sur une affaire semblable à celle qui nous préoccupe actuellement, sans beaucoup de succès d’ailleurs à l’époque » ajouta t’il dans un soupir.

       -Ne trainez pas, lança t’il en consultant sa montre, prenez la route pour Clermont avec un peu de chance pour arriverez à l’IML avant le déjeuner. Puis il tourna les talons et Blanchard se retrouva seul avec la jeune femme dans le petit bureau où Dereugly les avait réunis.

C’était une petite blonde plutôt bien foutue au regard clair et qui le toisait avec une légère lueur d’ironie comme si elle pouvait lire dans ses pensées.

-Bienvenue dans le trou du cul du monde lâcha t’elle, vous voulez un café ou on y va tout de suite ?

-on y va,  répliqua Blanchard, décidant qu’il valait mieux ne pas rester trop longtemps dans un face à face gênant.

 Ils se levèrent et tandis qu’elle ouvrait la porte et lui faisait signe de passer il ne pu retenir un reflexe de galanterie, en lui intimant l’ordre de le précéder, ce qu’il regretta presque aussitôt en apercevant de trois quart la jeune femme qui levait les yeux au ciel devant les autres collègues qui désormais s’agitaient dans l’enceinte du commissariat.

Ils arrivèrent dans la cour et ils prirent une voiture banalisée, un C4 Citroen , la jeune femme ouvrit la portière coté conducteur et tandis que Blanchard s’asseyait à coté d’elle elle lui lança je viens d’avoir ma « CS » ( conduite spécialisée) ça ne vous dérange pas que je prenne le volant n’est ce pas

Blanchard l’imagina un instant en train de rouler sur les plaines de la Somme à grande vitesse car l’examen se déroulait à Abbeville, c’est là qu’on entrainait les agents de la BAC à maîtriser la conduite  de bolides pouvant avoir parfois 150 chevaux sous le capot.

Sous la lumière blafarde et froide des néons Blanchard déglutit rapidement quand l’employé de l’IML souleva le voile recouvrant le corps de la victime. Un instant il laissa dériver son regard vers celui de la jeune lieutenant qui l’accompagnait et fut peiné, car elle avait un regard dur et froid en observant elle aussi le cadavre.

La fillette ne devait pas avoir plus de 8 ans et on l’avait égorgée, une coupure nette et visiblement profonde. Un peu plus loin des ecchymoses d’un bleu turquoise pale contrastaient avec la lividité de la peau créant des motifs  comme sur  les faux marbres de cheminée. Le sexe de l’enfant était le pire endroit sans conteste où poser les yeux et Blanchard éprouva un spasme  de nausée qu’il se hâta de dissimuler par une toux sèche un peu trop appuyée.

Soudain une grande femme vêtue d’une blouse d’un blanc douteux par endroit fit irruption dans la salle en les apostrophant, je vous attendais plus tôt, vous auriez pu avoir la politesse de me prévenir sur un ton pète sec. Puis elle ajouta comme si elle se parlait à elle-même

– Ils sont allés le chercher dans un grenier juste avant qu’il soit complètement desséché celui là.

Ce qui déclencha un sourire sur le visage de Blanchard

– toujours aussi romantique Macha toi non plus tu n’as pas changé.

Jeanne accusa le coup et eut l’air d’avoir un moment de flottement puis très vite elle se reprit

-Officier de police Jeanne Lemonnier de la Bac de Montluçon lança t’elle au médecin légiste en évitant de lui tendre la main.

-Macha Tournier ça ne vous effraie pas de vous promener avec un vieux crouton pareil et elle éclata d’un rire sonore. Jeanne Lemonnier la toisa sans sourciller et ne répondit pas.

Elle les raccompagna jusqu’à la sortie du bâtiment presque jusqu’à leur véhicule puis en posant la main sur l’épaule de Blanchard elle l’embrassa sur la joue et dit j’espère que tu vas prendre le temps pour m’appeler on a plein de choses à se dire ma vieille chose.

Puis elle partit sans se retourner et disparut comme avalée par l’obscurité au-delà du seuil de l’établissement.

Blanchard leva la main vers le lieutenant Lemonnier et déclara qu’il lui fallait une cigarette et avant même qu’elle ne dise quoi que ce soit il alluma sa Winfield et expulsa une bouffée de fumée  bleuâtre devant lui.

Quand il revint au village il consulta sa montre et se décida à continuer presque à la hauteur de Maulnes où se situait la gendarmerie. Il ne fut pas étonné de ne pas y voir de tête connue et les quelques gendarmes qui travaillaient encore à cette heure tardive, il était 18h ne lui fournir que peu d’informations sur des traces éventuelles autour des scènes de crime. Comme Blanchard s’y attendait le tueur si c’était celui qu’il avait autrefois pourchassé était toujours aussi scrupuleux et méthodique il ne laissait jamais de traces sur les lieux où il se laissait aller à la plus grande des sauvageries.

En ressortant du poste de gendarmerie pour rejoindre son véhicule il se répéta plusieurs fois cette dernière pensée qu’il venait d’avoir

Il y avait quelque chose d’important à saisir dans le paradoxe qu’il venait d’énoncer entre un ordre extrême dont le meurtrier semblait s’être fait un point d’honneur à mettre en place et cette sauvagerie cette orgie d’actes tout aussi monstrueux les uns après les autres qu’il faisait subir à ses victimes.

Et soudain à nouveau il ne peut s’empêcher de revoir en pensée le regard dément de son propre frère  lorsqu’il s’en prenait à lui avec cette même violence inouïe. Il se souvenait qu’ensuite avec l’art consommé  d’un acteur de haut vol, il entrait dans la peau du petit garçon bien sage lorsque les parents rentraient à la maison.

Eric Blanchard vivait avec sa femme et ses trois enfants dans un château qu’il avait acquit pour une bouchée de pain après avoir lui-même participé à la chute économique de son ancien propriétaire.

Il avait débuté dans la vie avec la reprise d’une affaire familiale, une ancienne scierie dont la principale activité était de débiter les chênes multi centenaire de la foret de Tronçais voisine.

L’endroit même d’où provenait jadis le bois utilisé par Vauban et Colbert dans la fabrication des forts militaires à l’époque de Louis XIV 

Dans son vaste bureau il s’était assis et relisait pour la énième fois l’article de  La Montagne relatant  la découverte du corps sans vie de la petite fille de 8 ans en savourant toutes les interrogations que le journaliste se posait dans la progression vers l’horreur de son article. Il l’aurait relu encore une fois s’il n’avait entendu soudain le bruit d’un moteur au loin, et immédiatement il replia le journal pour le ranger dans un tiroir du bureau empire en bois exotique, se leva et se prépara à accueillir celui qu’il attendait depuis des années désormais. Cependant il se dirigea vers la fenêtre d’où il pourrait apercevoir l’arrivée du véhicule et il avait décidé de laisser son épouse et ses enfants accueillir Maurice Blanchard son frère. Après tout il fallait que tout soit bien agencé, d’abord le château puis la famille et ensuite seulement il apparaitrait tel un seigneur hautain et moqueur pour jouir à nouveau des efforts pitoyables que son petit frère ferait afin de conserver tout son calme.

notes du 24/04

Tom le fils d’Eric Blanchard entendit aussi le bruit de moteur qui s’avançait vers le château. Il hésita un instant à se rendre vers la fenêtre pour regarder qui arrivait, mais il jugea que ce n’était qu’une distraction dont il pouvait se passer pour le moment et s’absorba à nouveau dans la tâche qui l’occupait depuis déjà trois bonnes heures.

Autour de lui sur une grande table était empilé des magazines d’art dans lesquels il piochait armé d’une paire de ciseaux à la recherche  d’un seul type d’images  qui l’intéressait, la plupart du temps des masques africains, ou encore d’origine aztèques ou amérindienne.

Sur un grand cahier à petit carreaux, il collait son butin patiemment à l’aide d’un bâtonnet de colle, puis avec application il recopiait les informations qu’il pouvait glaner sur les articles en regard de l’espace désormais vide.

Il venait de commencer cette nouvelle collection quelques jours auparavant après avoir achevé un premier recueil sur la mythologie grecque sur laquelle il était devenu incollable.

Le seul lieu qu’il avait trouvé en lui pour se sentir en paix à l’écart du monde environnant était sa mémoire. Une mémoire sans faille qui lui permettait après avoir seulement lu une première fois un texte ou regardé une image de la recueillir précieusement  comme un petit trésor auquel il aurait toujours accès quand il le souhaiterait.

Dans quelques jours il allait avoir 9 ans et avait commandé comme seul cadeau de nouveaux bâtons de colle, de la Uhu avait t ‘il précisé, de nouveaux magazines d’art qu’il avait repéré sur le site du  bon coin à un prix modique et 4 nouveaux grands cahiers de la marque « Clairefontaine » à petit carreaux.

Une fois sa mère avait voulu lui faire plaisir et lui avait rapporté une autre marque et cela lui avait indiqué à quel point elle faisait semblant de s’intéresser à ce qu’il pouvait aimer et à qui il était.

Le fait qu’elle ait pu être si distraite, si peu concernée par la marque précise qu’il adorait lui en avait dit long sur la confiance qu’il pourrait jamais lui accorder comme d’ailleurs à la plupart des gens en général.

Ce manque d’attention générale des uns envers les autres il en était persuadé était une sorte de malédiction qu’une entité probablement néfaste avait jeté sur la planète toute entière. Au début, il avait bien tenté d’en avertir le plus de monde possible, quand il n’était encore qu’un gosse naïf. Désormais les choses avaient bien changé. Il s’était crée un personnage d’idiot n’exprimant qu’un minimum de messages à qui que ce soit et bien qu’il se senti encore triste à certains moments de la journée, il prenait sur lui car la vie était ailleurs, dans cette accumulation de trésors qu’il collait dans ses grands cahiers et dans sa mémoire.

Soudain il revit le visage d’Anna se superposer à un masque polynésien décoré avec une extrême finesse et il eut envie de s’attendrir quelques instant sur elle. C’était la seule fille de l’école à s’intéresser à lui et c’était aussi la seule fois depuis très longtemps qu’il ne tentait pas de désamorcer le sentiment de joie qu’il éprouvait en imaginant les motivations qui la poussaient vers lui.

Anna était encore une gosse se dit-il, elle n’avait guère que 8 ans comment pouvait elle comprendre les choses ? Mais il avait l’impression que la malédiction semblait avoir moins de prise sur la petite fille. Surtout quand elle posait son regard sur lui tom et qu’elle se mettait à lui sourire, lui qui se défendait justement de la moindre marque d’effusion  un peu trop prononcée.

Il fut extrait de ses pensées peu à peu par la répétition de son prénom qu’une voix appelait depuis le rez de chaussée. Il mit quelques secondes avant de comprendre que c’était sa mère qui lui demandait de descendre, probablement pour rencontrer la personne qui s’était engagé sur le chemin à cette heure tardive.

Maurice Blanchard releva le col de son imperméable car une pluie fine le surprit sitôt qu’il mit le pied hors du C4. Les lumières des fenêtres se réverbéraient sur le sol humide et ça et là il pouvait apercevoir des halos de lumière tombant de réverbères ressemblant à des plantons qu’on aurait assignés là pour lui indiquer le chemin de l’entrée.

Il sentit le gravier crisser sous ses pas et regretta de ne pas avoir chaussé ses santiagues , car très vite il sentit un inconfort due aux semelles trop fines des chaussures de ville.

Une fois l’escalier de ciment clair gravit avec une souplesse qui l’étonna il se retrouva à chercher un moyen d’avertir les habitants du château qu’il se trouvait là devant la porte et appuya sur une sonnette dont l’anachronisme l’étonna. Connaissant son frère et son sens aigu du détail il nota l’information en passant.

La porte s’ouvrit enfin sur une femme blonde d’une quarantaine d’années encore désirable mais il ne s’attarda pas à l’examiner en détail car il apercevait derrière elle deux enfants qui le reconnurent aussitôt.

Oncle Rice ! Lâcha la petite fille en courant vers lui et bousculant la femme qui tenta par un geste inachevé de tempérer l’enthousiasme de la gamine.

Célia comme tu as grandi ma belle et il l’embrassa en la décollant du sol et en leur faisant effectuer un tour complet.

Puis comme la politesse l’exigeait, il ne tarda pas à avancer la main pour saluer la femme.

Bonjour, enfin bonsoir, je suis Maurice et je suppose que vous êtes Eva ?

La femme sembla soulagé et il vit ses épaules s’inflechir presque en même temps qu’elle s’approchait vers lui, puis repoussant sa main tendue, sans plus de cérémonie elle l’embrassa sur la joue.

J’attendais ce moment depuis pas mal de temps lui dit-elle

– Oui je suis vraiment désolé de ne pas avoir pu me libérer pour venir au mariage mais vous savez j’ai beau être fonctionnaire,  j’ai des impératifs….

Comme il semblait gêné elle lui sourit et coupant court à ce qu’il aurait pu inventer pour s’enfoncer un peu plus elle l’invita à pénétrer à l’intérieur.

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