Le cercle restreint des préoccupations 21/04 suite

Notes du 21/04 sur une scène qui temporairement ou pas s’intitule « prisonnières ».

Le lieu : il doit être assez vaste et permettre au moindre bruit de provoquer de l’écho. Cela peut être un parking en construction dont l’accès n’est pas encore ouvert au public.

Les personnages: L’épouse de Karl Lemmings, Claudia et sa fille Joy.

Ce qui joue le rôle d’antagoniste dans la scène c’est avant tout le lieu lui même et le fait qu’elles sont ligotées, aveuglés par un bandeau et muettes, un ruban adhésif masque également leurs bouches.

L’enjeu de la scène est de comprendre ce qui leur arrive, pourquoi elles ont été enlevées. Quels souvenirs parviennent t’elles à actualiser. Elles ont été droguées et peinent à recouvrer leurs esprits.

L’élément déclencheur ou le pivot de la scène pourrait être l’arrivée du ou des ravisseurs vers elles qui va leur expliquer en quelques mots les raisons de leur situation.

Claudia est une femme d’un caractère affirmé, elle veut protéger Joy et les liberer toutes deux en mettant en place une stratégie pour tenter de s’évader qui échouera.

L’échec de cette tentative d’évasion fournira des éléments au lecteur sur l’intelligence de Grolle l’antagoniste principal du roman.

Pour résumer cette scène en quelques lignes :

« Le bruit d’une goutte d’eau qui tombe de manière répétitive dans une flaque l’extirpa peu à peu du sommeil. Elle tenta d’ouvrir les yeux mais hormis les paupières qu’elle découvrit anormalement lourdes il lui sembla qu’un bandeau avait été posé sur ses yeux, elle pouvait en sentir la matière à la fois souple et solide. Puis elle tenta de crier mais là aussi elle découvrit qu’il lui était impossible de le faire, d’abord parce qu’elle avait la langue pâteuse comme après une cuite au Viognier, mais aussi parce que quelqu’un lui avait placé un adhésif pour l’empêcher d’ouvrir la bouche. La sensation désagréable de la matière collante la dissuada de répéter sa tentative. Enfin peu à peu elle eut l’impression de recouvrer la sensation de son corps tout entier, voulu tenter de faire un geste mais elle avait aussi les poignets liés. En collant son dos contre le mur derrière elle, elle tenta de se relever en se contorsionnant mais on lui avait aussi lié les chevilles. Alors elle s’effondra sur le sol à nouveau et immédiatement se souvint de sa fille. Elle ne bougea plus, retint sa respiration, la goutte d’eau continuait à choir avec la même régularité agaçante que celle d’une minuterie, puis elle fit abstraction de celle ci et écouta plus attentivement et découvrit que non loin de la quelqu’un ronflait doucement et elle nota que ce qui l’agaçait généralement chez sa fille, ce ronflement à cet instant était comme un message magnifique lui indiquant qu’elle était toujours vivante et pas très loin d’elle.

Un instant elle tenta d’envoyer un message télépathique à sa fille, elle se souvenait soudain d’un voyage à Kiev où elle avait participé à des expériences ultra confidentielles sur le sujet, mais la peur faisait barrage. Aussi décida t’elle de retrouver son calme en régulant sa respiration.

Quelques instants plus tard elle avait retrouvé suffisamment de calme et de force pour effectuer une nouvelle tentative et cette fois ci en écoutant les premiers sursaut d’une silhouette qu’elle devinait près d’elle elle sut que Joy était vivante et éveillée elle aussi.

Elle l’accompagna quelques instants dans sa progression vers la prise de conscience de la situation et quand elle entendit son corps retomber comme le sien un nouveau bruit attira son attention, des pas se rapprochaient d’elle venant d’une source qu’elle détecta latéralement à la droite des deux femmes.

Elle se concentra sur l’espacement du bruit des pas, ceux ci paraissaient espacés de façon suffisamment ample pour qu’elle puisse deviner que le personnage venant vers elles était de grande stature, athlétique et portait des chaussures de cuir souple. Le bruit de couinement léger que provoquait la semelle contre la peinture laquée du revêtement de sol provoqua une sensation ambiguë au sein de laquelle, la panique qui revenait se joignant au ridicule, la fit se recroqueviller un peu plus sur elle-même. »

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Joseph Schmink éprouva soudain l’envie de faire quelques pas et se donnant le prétexte d’aller porter un sac poubelle un peu plus haut sur le parking en haut de sa rue, il enfila un blouson et s’arreta quelques instants sur le seuil de la maison de ville qu’ils habitaient son épouse et lui.

Il était 5 heures du matin et les premiers oiseaux commençaient timidement à chanter quand il s’aperçut que le goudron recouvrant le sol était luisant, il avait du pleuvoir quelques heures auparavant. L’éclairage public était chiche et il prit le cap d’un lampadaire planté à coté de la dernière maison de la rue pour se diriger. Il faisait bon et en levant le regard vers le ciel il vit quelques étoiles qui luisaient encore faiblement.

Parvenu à l’emplacement où les gens du coin déposaient leurs déchets il constata que tous les bacs étaient bourrés à craquer, aussi déposa t’il son sac au sol.

Le silence était ponctué de chants d’oiseaux et de quelques râles de matou et de chattes. Plus on pénétrait dans le printemps plus Joseph se sentait soulagé. L’hiver avait été cette année particulièrement long et maussade. ll resta là quelques instants à contempler les grands arbres, des pins maritimes qui prodiguaient des ombres épaisses entre les véhicules garés parfois un peu n’importe comment. Il jeta un oeil à la Twingo bleu garée à moitié sur la pelouse et décida de la changer d’emplacement en ayant avisé un de libre et de plus légal.

Il nota que l’eau tombant des arbres provoquait quelque chose en lui qui lui perçait l’âme et le cœur et soudain la pensée obsédante de sa propre disparition s’éveilla à nouveau en lui abîmant d’un seul coup sa joie presque enfantine. Chaque saison avec sur Joseph Schmink un impact qui dépassait de très loin tous les contenus des bulletins météo.

Chaque saison avait ce masque de Janus, cette ambiguïté permanente qui l’entrainait en le tiraillant, en l’écartelant entre les deux pôles de la joie et du chagrin. Il tata ses poches pour trouver ses cigarettes mais il les avait oubliées. Il aspira une grande bouffée d’air puis l’expira lentement et aussitôt il se mit à penser à ces quelques lignes écrites pour faire avancer son roman.

Dans quel but finalement cette idée d’enlèvement lui était il venu ? Était ce pour mettre tout simplement de coté deux préoccupations majeures d’un seul coup ? Mais il se rendait compte que le fait de les écarter ne les empêchait pas de continuer à vivre leur vie. Et s’il s’illusionnait qu’elles puissent échapper à sa conscience, à son contrôle il devinait confusément qu’elle ne cesseraient pas pour autant de commettre les mêmes ravages.

(à suivre…)

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