Comment écrire une nouvelle (suite)23/04

Les disparitions ça n’allait pas alors j’ai changé, désormais ce sont des meurtres …NDA

L’inspecteur Blanchard  de la BAC  du 18eme tâta les poches de son imperméable à la recherche de ses clefs. Après plusieurs essais infructueux il les trouva enfin dans la poche arrière de son levis 501

Il venait de débarquer  en pleine cambrousse suite à un enchainement de circonstances auxquelles il avait tenté petit à petit de mettre de l’ordre pendant le trajet qui le menait depuis la capitale dans l’Allier.

 Il était parti la veille en milieu d’après-midi et avait été agréablement surpris par le confort des sièges de la Wolswagen Passat qu’on lui avait octroyé pour rejoindre l’équipe de Montluçon.

Il n’était plus qu’à quelques mois de la retraite, après 30 années de bons et loyaux services lorsque  son chef l’avait fait venir dans son bureau pour lui relater les  faits.  En quelques secondes à l’énoncé du procès verbal que son supérieur lui lisait il su qu’il allait devoir retourner sur les lieux d’une vieille affaire qui lui pesait toujours sur le cœur.

Un gamin retrouvé dans un fossé tout près du village, sur lequel un monstre s’était déchaîné avant de l’égorger et pour finir avait du arracher à pleine dents les testicules.

 C’est à partir de là quand le commissaire avait prononcé le nom familier du village suivit des mots   « homicide »,  et « enfant de sexe féminin »  qu’il avait subit le choc, toute la suite sembla s’atténuer peu à peu jusqu’à ne plus être qu’un vague son étouffé.

A l’embranchement de la RN7 et de la rue Charles Venuat , il fut   soulagé d’apercevoir dans la nuit  l’enseigne lumineuse de l’hôtel restaurant Le Lichou    et aussi agréablement surpris que  le parking presque désert ne nécessita pas de manœuvre compliquée pour se garer.

Un peu plus tard assis seul dans la grande salle qu’il jugea veillotte en raison de la quantité excessive de  bois brun,   il commanda à dîner : une soupe de pois cassés à la crème qu’il avait trouvée un peu  tiède. Mais la légère déception avait été oubliée aussitôt qu’il  avait croqué dans la part de tourte aux pommes de terre que le patron de l’hôtel restaurant en personne lui servit.

« Tu es venu pour l’affaire » avait soufflé celui-ci à Blanchard qui l’avait regardé un instant et lui avait répondu par un simple sourire triste.

Enfin après avoir  avisé  « la montagne » le journal du coin posé sur la table voisine, il s’était mis à feuilleter celui-ci en optant pour  une infusion de verveine délaissant avec un léger regret la proposition d’ile flottante baignant dans la crème anglaise.

Sur la première page du journal le fait divers pour lequel il était là s’étalait en gras avec une photographie en noir et blanc d’une qualité d’impression à la médiocrité rare.

Blanchard n’était pas un mauvais flic, il avait même eut son heure de gloire mais depuis que la cinquantaine l’avait placé sur la pente descendante de sa vie il accusait le coup à la nouvelle de chaque nouvel homicide c’était un peu plus de ses croyances sur la rédemption éventuelle de l’humanité qui disparaissaient.

En repliant le journal il tata ses poches à la recherche d’un carnet pour inscrire deux ou trois détails ainsi que le nom du journaliste qui avait rédigé l’article dans un style qu’il trouva assez chouette.

 Puis, accablé de fatigue il effectua l’ascension d’un escalier impeccablement ciré menant à l’étage de l’établissement. Après une brève errance dans les couloirs il trouva enfin la porte dont le numéro correspondait au porte-clef qu’il tenait dans ses doigts.

Il fit jouer la serrure, ouvrit la porte et, sans même examiner la pièce il se dirigea vers le lit, retira ses chaussures et s’écroula sur le lit.

Il tenta de rassembler les informations en sa possession durant quelques instants en essayant de les  recouper avec celles que le journaliste avait placées dans son article.

 Le premier gamin avait disparu une semaine plus tôt et les deux suivants quelques jours après seulement.

Une fille et deux garçons entre 8 et 10 ans.

 Blanchard lutta quelques minutes encore afin d’organiser sa journée du lendemain, mais des images interlopes commençaient déjà à se glisser dans sa cervelle embuée notamment  une mâchoire d’homme dévorant un pénis d’enfant, en remontant un peu plus haut il découvrait le regard halluciné d’un être monstrueux qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son frère ainé… il soupira  puis sombra dans un sommeil lourd et sans rêve.

Le lendemain matin après un petit déjeuner rapide Blanchard sortit de l’hôtel pour fumer sa première cigarette de la journée. De lourds nuages d’un gris anthracite s’amenaient provenant de l’Ouest  et n’allaient pas tarder à venir crever sur le quartier.

 Il y avait quelque chose d’électrique dans l’air, une odeur de cuivre grillé.  Avec un peu de chance   Blanchard  aurait suffisamment de temps pour remonter la rue Charles Venuat à pied  et jeter un coup d’œil à la maison et peut-être aussi au silo à blé un peu plus loin.

L’aspect général de l’habitation cossue n’avait pas changé vraiment si ce n’est qu’elle lui évoquait l’image d’une vielle dame qui avait déjà subit plusieurs lifting

 Dans son souvenir les couleurs lui semblaient plus chatoyantes, notamment le vert du lierre courant sur la façade ouest.

Des reflets s’agrippaient à la surface visiblement propre des vitres noires, tous les volets étaient ouverts, pas de rideau à l’intérieur. Le jour s’était levé depuis un peu plus d’une heure et il se demandait qui pouvait désormais habiter ici.

En se déplaçant un peu il pu  apercevoir au loin le jardin et vit que le grand cerisier avait disparu, comme les pommiers et aussi un  prunus et en continuant son inventaire Blanchard arreta son regard quelques instant sur   le hangar à droite. Lui aussi avait certainement du être rénové car le bardage à l’aspect neuf  qui recouvrait ses murs lui conférait l’aspect d’une anomalie comme dans le jeu des 7 erreurs qu’il adorait élucider autrefois.

Il poursuivit sa route pour atteindre le silo un peu plus loin  et pénétra  sur le grand parking, là où autrefois un balai régulier de camions venait décharger le blé et récupérer la farine. Le père Debord était probablement mort depuis belle lurette et il se posa la question s’il apercevrait Philippe, mais soudain il se rappela pourquoi il était revenu à Vallon, consulta sa montre et revint vers l’hôtel pour reprendre son véhicule. Il lui fallait encore se taper une trentaine de kilometre pour rencontrer ses collègues, le village ne disposait que d’un poste de gendarmerie et il aurait bien le temps d’aller les saluer quand il reviendrait .

Parvenu au commissariat de Montluçon les choses s’étaient très rapidement accélérées. Le commissaire Dereugly lui avait serré la main en lui souhaitant la bienvenue sans un  sourire puis  l’avait immédiatement conduit vers une jeune femme en les présentant.

    « Jeanne je vous présente Maurice Blanchard qui connait la région parfaitement et qui a déjà travaillé sur une affaire semblable à celle qui nous préoccupe actuellement, sans beaucoup de succès d’ailleurs à l’époque » ajouta t’il dans un soupir.

       -Ne trainez pas, lança t’il en consultant sa montre, prenez la route pour Clermont avec un peu de chance pour arriverez à l’IML avant le déjeuner. Puis il tourna les talons et Blanchard se retrouva seul avec la jeune femme dans le petit bureau où Dereugly les avait réunis.

C’était une petite blonde plutôt bien foutue au regard clair et qui le toisait avec une légère lueur d’ironie comme si elle pouvait lire dans ses pensées.

-Bienvenue dans le trou du cul du monde lâcha t’elle, vous voulez un café ou on y va tout de suite ?

-on y va,  répliqua Blanchard, décidant qu’il valait mieux ne pas rester trop longtemps dans un face à face gênant.

 Ils se levèrent et tandis qu’elle ouvrait la porte et lui faisait signe de passer il ne pu retenir un reflexe de galanterie, en lui intimant l’ordre de le précéder, ce qu’il regretta presque aussitôt en apercevant de trois quart la jeune femme qui levait les yeux au ciel devant les autres collègues qui désormais s’agitaient dans l’enceinte du commissariat.

Ils arrivèrent dans la cour et ils prirent une voiture banalisée, un C4 Citroen , la jeune femme ouvrit la portière coté conducteur et tandis que Blanchard s’asseyait à coté d’elle elle lui lança je viens d’avoir ma « CS » ( conduite spécialisée) ça ne vous dérange pas que je prenne le volant n’est ce pas

Blanchard l’imagina un instant en train de rouler sur les plaines de la Somme à grande vitesse car l’examen se déroulait à Abbeville, c’est là qu’on entrainait les agents de la BAC à maîtriser la conduite  de bolides pouvant avoir parfois 150 chevaux sous le capot.

Sous la lumière blafarde et froide des néons Blanchard déglutit rapidement quand l’employé de l’IML souleva le voile recouvrant le corps de la victime. Un instant il laissa dériver son regard vers celui de la jeune lieutenant qui l’accompagnait et fut peiné, car elle avait un regard dur et froid en observant elle aussi le cadavre.

La fillette ne devait pas avoir plus de 8 ans et on l’avait égorgée, une coupure nette et visiblement profonde. Un peu plus loin des ecchymoses d’un bleu turquoise pale contrastaient avec la lividité de la peau créant des motifs  comme sur  les faux marbres de cheminée. Le sexe de l’enfant était le pire endroit sans conteste où poser les yeux et Blanchard éprouva un spasme  de nausée qu’il se hâta de dissimuler par une toux sèche un peu trop appuyée.

Soudain une grande femme vêtue d’une blouse d’un blanc douteux par endroit fit irruption dans la salle en les apostrophant, je vous attendais plus tôt, vous auriez pu avoir la politesse de me prévenir sur un ton pète sec. Puis elle ajouta comme si elle se parlait à elle-même

– Ils sont allés le chercher dans un grenier juste avant qu’il soit complètement desséché celui là.

Ce qui déclencha un sourire sur le visage de Blanchard

– toujours aussi romantique Macha toi non plus tu n’as pas changé.

Jeanne accusa le coup et eut l’air d’avoir un moment de flottement puis très vite elle se reprit

-Officier de police Jeanne Lemonnier de la Bac de Montluçon lança t’elle au médecin légiste en évitant de lui tendre la main.

-Macha Tournier ça ne vous effraie pas de vous promener avec un vieux crouton pareil et elle éclata d’un rire sonore. Jeanne Lemonnier la toisa sans sourciller et ne répondit pas.

Elle les raccompagna jusqu’à la sortie du bâtiment presque jusqu’à leur véhicule puis en posant la main sur l’épaule de Blanchard elle l’embrassa sur la joue et dit j’espère que tu vas prendre le temps pour m’appeler on a plein de choses à se dire ma vieille chose.

Puis elle partit sans se retourner et disparut comme avalée par l’obscurité au-delà du seuil de l’établissement.

Blanchard leva la main vers le lieutenant Lemonnier et déclara qu’il lui fallait une cigarette et avant même qu’elle ne dise quoi que ce soit il alluma sa Winfield et expulsa une bouffée de fumée  bleuâtre devant lui.

Quand il revint au village il consulta sa montre et se décida à continuer presque à la hauteur de Maulnes où se situait la gendarmerie. Il ne fut pas étonné de ne pas y voir de tête connue et les quelques gendarmes qui travaillaient encore à cette heure tardive, il était 18h ne lui fournir que peu d’informations sur des traces éventuelles autour des scènes de crime. Comme Blanchard s’y attendait le tueur si c’était celui qu’il avait autrefois pourchassé était toujours aussi scrupuleux et méthodique il ne laissait jamais de traces sur les lieux où il se laissait aller à la plus grande des sauvageries.

En ressortant du poste de gendarmerie pour rejoindre son véhicule il se répéta plusieurs fois cette dernière pensée qu’il venait d’avoir

Il y avait quelque chose d’important à saisir dans le paradoxe qu’il venait d’énoncer entre un ordre extrême dont le meurtrier semblait s’être fait un point d’honneur à mettre en place et cette sauvagerie cette orgie d’actes tout aussi monstrueux les uns après les autres qu’il faisait subir à ses victimes.

Et soudain à nouveau il ne peut s’empêcher de revoir en pensée le regard dément de son propre frère  lorsqu’il s’en prenait à lui avec cette même violence inouïe. Il se souvenait qu’ensuite avec l’art consommé  d’un acteur de haut vol, il entrait dans la peau du petit garçon bien sage lorsque les parents rentraient à la maison.

Eric Blanchard vivait avec sa femme et ses trois enfants dans un château qu’il avait acquit pour une bouchée de pain après avoir lui-même participé à la chute économique de son ancien propriétaire.

Il avait débuté dans la vie avec la reprise d’une affaire familiale, une ancienne scierie dont la principale activité était de débiter les chênes multi centenaire de la foret de Tronçais voisine.

L’endroit même d’où provenait jadis le bois utilisé par Vauban et Colbert dans la fabrication des forts militaires à l’époque de Louis XIV 

Dans son vaste bureau il s’était assis et relisait pour la énième fois l’article de  La Montagne relatant  la découverte du corps sans vie de la petite fille de 8 ans en savourant toutes les interrogations que le journaliste se posait dans la progression vers l’horreur de son article. Il l’aurait relu encore une fois s’il n’avait entendu soudain le bruit d’un moteur au loin, et immédiatement il replia le journal pour le ranger dans un tiroir du bureau empire en bois exotique, se leva et se prépara à accueillir celui qu’il attendait depuis des années désormais. Cependant il se dirigea vers la fenêtre d’où il pourrait apercevoir l’arrivée du véhicule et il avait décidé de laisser son épouse et ses enfants accueillir Maurice Blanchard son frère. Après tout il fallait que tout soit bien agencé, d’abord le château puis la famille et ensuite seulement il apparaitrait tel un seigneur hautain et moqueur pour jouir à nouveau des efforts pitoyables que son petit frère ferait afin de conserver tout son calme.

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