Comment écrire une nouvelle suite 24/04

Tom le fils d’Eric Blanchard entendit aussi le bruit de moteur qui s’avançait vers le château. Il hésita un instant à se rendre vers la fenêtre pour regarder qui arrivait, mais il jugea que ce n’était qu’une distraction dont il pouvait se passer pour le moment et s’absorba à nouveau dans la tâche qui l’occupait depuis déjà trois bonnes heures.

Autour de lui sur une grande table étaient empilés des magazines d’art dans lesquels il piochait armé d’une paire de ciseaux à la recherche  d’un seul type d’images  qui l’intéressait : la plupart du temps des masques africains, ou encore d’origine aztèques ou amérindienne.

Sur un grand cahier à petit carreaux, il collait son butin patiemment à l’aide d’un bâtonnet de colle, puis avec application, il recopiait les informations qu’il pouvait glaner sur les articles en regard de l’espace désormais vide.

Il venait de commencer cette nouvelle collection quelques jours auparavant après avoir achevé un premier recueil sur la mythologie grecque sur laquelle il était devenu maintenant incollable.

Le seul lieu qu’il avait trouvé en lui pour se sentir en paix à l’écart du monde environnant était sa mémoire. Une mémoire sans faille qui lui permettait, après avoir seulement lu une première fois un texte ou regardé une image, de les recueillir précieusement  comme de petits trésors auquel il aurait toujours accès quand il le souhaiterait.

Dans quelques jours il allait avoir 9 ans et avait commandé comme seul cadeau de nouveaux bâtons de colle, de la Uhu avait t ‘il précisé, et aussi de nouveaux magazines d’art qu’il avait repérés sur le site du  bon coin à un prix modique plus 4 nouveaux grands cahiers de la marque « Clairefontaine » à petit carreaux.

Une fois sa mère avait voulu lui faire plaisir et lui avait rapporté une autre marque et cela lui avait indiqué à quel point elle faisait semblant de s’intéresser à ce qu’il pouvait aimer et à qui il était.

Le fait qu’elle ait pu être si distraite, si peu concernée par la marque précise qu’il adorait lui Tom, lui en avait dit long sur la confiance qu’il pourrait jamais lui accorder comme d’ailleurs à la plupart des gens en général.

Ce manque d’attention générale des uns envers les autres, il en était persuadé, était une sorte de malédiction qu’une entité probablement néfaste avait jeté sur la planète toute entière.

Au début, il avait bien tenté d’en avertir le plus de monde possible, quand il n’était encore qu’un gosse naïf. Désormais les choses avaient bien changé. Il s’était crée un personnage d’idiot n’exprimant qu’un minimum de messages à qui que ce soit et bien qu’il se senti encore triste à certains moments de la journée, il prenait sur lui, car la vie était ailleurs tout comme la tranquillité d’esprit se trouvait dans cette accumulation de trésors qu’il collait dans ses grands cahiers et dans sa mémoire.

Soudain il revit le visage d’Anna se superposer à un masque polynésien décoré avec une extrême finesse et il eut envie de s’attendrir quelques instants sur celui ci . C’était la seule fille de l’école à s’intéresser à lui et c’était aussi la seule fois depuis très longtemps qu’il ne tentait pas de désamorcer le sentiment de joie qu’il éprouvait en imaginant les motivations qui la poussaient vers lui.

Anna était encore une gosse se dit-il, elle n’a guère que 8 ans comment pouvait elle comprendre les choses ? Mais il avait l’impression que la malédiction semblait avoir moins de prise sur la petite fille. Surtout quand elle posait son regard sur lui Tom et qu’elle se mettait à lui sourire, lui qui se défendait justement de la moindre marque d’effusion  un peu trop prononcée. Bien sur il ne lui aurait jamais rendu son sourire. Il n’allait pas jusque là, mais c’était probablement de tous les être humains de cette planète, la seule et seulement si l’envie lui en venait un jour à laquelle il se fendrait d’un vrai sourire.

Il fut extrait de ses pensées peu à peu par la répétition de son prénom qu’une voix appelait depuis le rez de chaussée. Il mit quelques secondes avant de comprendre que c’était Éva sa belle mère qui lui demandait de descendre, probablement pour rencontrer la personne qui se présentait chez eux à cette heure tardive.

————————————————————————————————————————————

Maurice Blanchard releva le col de son imperméable car une pluie fine le surprit sitôt qu’il mit le pied hors du C4.

Les lumières des fenêtres de la grande bâtisse imposante se réverbéraient sur le sol humide et, ça et là il aperçut des halos de lumière tombant de réverbères tout à fait semblables à des plantons qu’on aurait assignés là pour lui indiquer le chemin de l’entrée.

Il sentit le gravier crisser sous ses pas et regretta de ne pas avoir chaussé ses santiagues , car très vite il sentit un inconfort due aux semelles trop fines de ses chaussures de ville.

Une fois l’escalier de ciment clair gravit avec une souplesse qui l’étonna il se retrouva à chercher un moyen d’avertir les habitants du château qu’il se trouvait là devant leur porte et appuya sur une sonnette dont l’anachronisme l’étonna. Connaissant son frère et son sens aigu du détail il nota l’information en passant.

La porte s’ouvrit enfin sur une femme blonde d’une quarantaine d’années encore désirable mais il ne s’attarda pas à l’examiner en détail car il découvrit presque aussitôt derrière elle deux enfants qui le reconnurent simultanément

Oncle Rice ! Lâcha la petite fille en courant vers lui et bousculant la femme qui tenta par un geste inachevé de tempérer l’enthousiasme de la gamine.

Célia comme tu as grandi ma belle et il l’embrassa en la décollant du sol et en leur faisant effectuer un tour complet sur lui même.

Puis comme la politesse l’exigeait, il ne tarda pas à avancer la main pour saluer la femme.

-Bonjour, enfin bonsoir, je suis Maurice et je suppose que vous êtes Eva ?

La femme sembla soulagée et il vit ses épaules s’infléchir presque en même temps qu’elle s’approchait vers lui, puis repoussant sa main tendue, sans plus de cérémonie elle l’embrassa sur la joue.

-J’attendais ce moment depuis pas mal de temps lui dit-elle

– Oui je suis vraiment désolé de ne pas avoir pu me libérer pour venir au mariage s’excusa t’il soudain gêné, mais vous savez j’ai beau être fonctionnaire,  j’ai des impératifs….

Comme il s’empêtrait maladroitement, elle lui sourit et, coupant court à ce qu’il aurait pu inventer d’autre pour s’enfoncer un peu plus elle l’invita à pénétrer à l’intérieur.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :