La signature du silure.

Mao à 15 ans cette année et il  attend ce moment depuis longtemps,  ça  fait un an qu’il écrit tous les jours des lettres à Floriane et aujourd’hui,  enfin,  il va pouvoir la revoir. Mais pour l’instant il est en train de se taper la route à pied depuis la gare. Il va passer l’été chez ses grands parents.

Normalement il prévient pour qu’on vienne le chercher. Mais là non.

4 bornes déjà  sous le soleil qui n’ont toujours pas réussi à calmer son excitation. Et à vrai dire ça lui fait un peu peur.

Il s’attend toujours plus ou moins à ce que tout s’arrête, quand il y pense un peu ça fait  une année que   chaque jour  il éprouve  à la fois cette trouille de ne pas recevoir de nouvelle d’elle et cet énorme paquet de sensations dingues quand il voit le recteur de la pension se pointer vers lui pour lui tendre l’enveloppe.

La plupart du temps ça se passe au réfectoire. Il y a un chahut fabuleux de voix, de cris,  de bruits de vaisselle, tout ça dans  une odeur de soupe qui se mélange avec l’odeur de pied et d’encens parce que c’est une école religieuse.

C’est comme ça que ça se passe : le recteur surgit et à chaque fois Mao a l’impression qu’au moment où celui-ci lui tend l’enveloppe tout le monde appuie sur pause. Un plongeon en plein silence.

 Mais il n’ouvre pas l’enveloppe devant ses camarades. Il la flanque dans sa poche pour pouvoir la lire après le repas, la plupart du temps au bord de la Viosne  là ou il pèche les épinoches.

Il ne sait pas si c’est ça l’amour. Depuis le temps qu’il en entend parler il a tellement entendu de choses différentes sur ce que ça pouvait être qu’il préfère mettre ce mot dans un coin, ne pas trop y penser. Tout ce qu’il sait c’est que son corps tout entier et sa tête n’en peuvent plus d’attendre la fin du déjeuner.

Et puis voilà à force, les journées ont passé et c’est à nouveau l’été,  les vacances et il retourne au hameau là bas, chez ses grands parents  comme chaque année. Encore un km à faire et il y sera.

Pour se changer un peu les idées il pense à ce qu’il va faire durant ces vacances. Il sait qu’il ne pourra pas être avec Floriane  toute la journée. Elle fait des études d’infirmière et dans sa dernière lettre elle lui a apprit qu’elle devrait faire un stage pendant qu’il serait là qu’ils ne pourraient pas se voir tous les jours, et puis elle allait devoir bucher quand elle serait chez elle. Quand il repense à cela il comprend, mais ça ne l’empêche pas d’être  déçu d’ailleurs,  comme ils allaient se voir une semaine après, il n’avait pas répondu à cette dernière lettre.

Il se demande si le solex que son grand père lui a trouvé l’année dernière fonctionne encore. Il s’en sert pour se rendre dans la campagne avec son matériel de pèche. Et justement pendant qu’il y pense en marchant il se dit qu’il irait bien vers l’Aumance choper des gardons, par contre c’est une expédition, il faut se lever de bonne heure sinon c’est pas la peine.

Encore quelques centaines de mètres et il aperçoit la ferme du vieux con (c’est comme ça que l’appelle son grand père) Et il doit vraiment l’être parce que c’est rare que son grand père utilise de tels mots pour parler des gens. En général il est très tolérant.

-Bien trop, dit la grand-mère quand elle le voit partir avec ses copains pour se rendre au bistrot ou livrer ses poulets et ses lapins.

Le grand père est un sacré bonhomme, les femmes l’adorent il l’a observé l’année passée à la foire du village où ils s’étaient rendus pour livrer des colis de volailles. Il y en avait une particulièrement affectueuse avec lui et l’image de l’énorme poitrine que Mao avait aperçue il l’avait conservé dans sa tête durant de longs mois quand il cherchait des idées pour se branler le soir.

Il n’arrivait pas à voir la chatte en pensée par contre et c’était un truc qui le taraudait. D’abord parce qu’il n’en avait jamais vu à part sur des photos de magazine mais c’était des filles standard, elles finissaient toute par se confondre dans un stéréotype et ça ne l’excitait plus vraiment.

En y repensant et dépassant la ferme du vieux con il vit la dernière grande ligne droite qui lui restait à faire. Le soleil se couchait doucement à l’horizon, à vue de nez il avait encore du temps avant qu’il ne fasse nuit.

Il raccrocha sa pensée à cette histoire de gros nichons qui l’avait obsédé. C’était drôle parce que Floriane n’avait pas en tous cas visiblement de gros nichons. Mais on ne sait jamais avec les filles elles cachent tellement de secrets  conflua t’il sur ce sujet.

Non les gros nichons la première fois qu’il avait du y penser c’était quand la femme de ménage deux ans plus tôt était entrée dans sa chambre, un jour où il était malade et qu’il ne pouvait pas aller en cour.

Ce devait être une espagnole ou une portugaise, très brune, avec des cheveux longs et aussi elle était plutôt grosse.

Quand elle avait fait irruption dans la chambre il avait fait semblant de dormir pour pouvoir mieux l’observer. Elle se baissait pour tordre la serpillière et il avait vu qu’elle avait retroussé les manches sur une peau tendre et blanche et puis en observant un peu plus attentivement il avait vu son décolleté et ses gros lolos qui tremblotaient pendant qu’elle essorait le morceau de tissus. Il avait trouvé ça excitant d’ailleurs juste après qu’elle eut claqué la porte, il s’était astiqué copieusement en l’imaginant venir vers lui comme une dévergondée de première.

Il avait découvert ce mot en lisant un bouquin de Zola et ça valait le coup de le réutiliser dans le film qu’il se faisait. En général, le langage de ses camarades était assez limité pour évoquer l’excitation que produisait l’idée d’une femme mure qui vient nous tripoter.  Il n’y avait guère de choix qu’entre « pute » ou « salope »… il était assez fier de lui d’avoir découvert un nouveau mot qui lui laissait penser qu’il sortait du lot.

« Dévergondée », il voit une porte de cave complètement explosée, la cave où son père l’enferme des journées entières quand il n’est qu’un petit gosse.

Le hameau se présente enfin peu à peu, il y a encore quelques baraques isolées juste avant avec des chiens attachés à des chaines elles mêmes attachées à des pieux. Puis il y est, dans l’entrelacs des petits chemins à peine goudronnés et il décide d’emprunter l’itinéraire qui l’amènera à  la maison, en fait une ferme, où vit Floriane chez ses parents.

Il aperçoit les premiers toits des granges et de l’habitation et se trouve bientôt devant le portail grand ouvert sur la grand cour.

Il met un moment à comprendre ce qu’il voit, ce type en moto en train d’embrasser une fille, ils sont tendrement enlacés et ne le voient pas.

Et puis là d’un coup ça lui arrive en pleine figure mais pas d’une façon brusque, non, plutôt comme dans un film au ralenti.

 Il voit le visage de la fille se tourner vers lui, dire deux mots à l’oreille du type qui se retourne aussi

Et il se dit :

-Floriane et Franck ça alors !

C’est une sacrée surprise en premier qui lui arrive parce çà il n’aurait jamais pu l’imaginer. L’année dernière  Franck lui tournait autour et elle avait confié  à Mao que c’était un crétin fini. Qu’elle ne le supportait pas.

Une fois la surprise passée il reste un peu comme un idiot. A un moment il a envie de se tirer en courant pour tout oublier. Mais Floriane a le toupet de lui faire un signe de la main. Alors il prend sur lui il sourit et s’approche.

-Floriane et Franck ça alors ! comme un direct du gauche en pleine poire.

Il tape sur l’épaule de Franck

-Salut le gros, toujours en forme, t’as pas changé de moto toujours la même on dirait ! lance-t-il bravement d’une voix bien ferme. Puis il fait deux bises à Floriane en ajoutant

-Et bien voilà je suis venu passé les vacances je faisais juste un petit crochet avant d’aller chez les grands parents.

Il regretta tout de suite l’adjectif « petit » quand elle le regarda avec ses beaux yeux tristes en continuant de sourire.

-Aller j’y vais passez une bonne soirée !

Puis Mao remis la sangle de son gros sac sur son épaule, bomba le torse et leur tourna le dos pour rejoindre la ferme où vivaient ses grands parents, un peu plus loin  au bout du monde tel un héros accablé par le sort

pense-t-il comme on écrit pour s’évader de sa tristesse.

Les jours passent, ils ne font que ça et parfois plus ou moins lentement. Mao va à la pèche souvent.

La vie chez les grands parents est réglée comme du papier à musique. Le petit dejeuner à telle heure, le déjeuner à midi pile, la sieste ensuite puis le repas du soir de bonne heure, les jeux à la con à la télé, un bout de film éventuellement et puis le bruit des chaises qui se retirent de la table, des corps bourrés d’arthrite qui se déploient difficilement après une longue immobilité et hop direction le lit.

Avec tout ça une grande horloge à balancier qui fait office de métronome au travers des saisons, ce sont ces souvenirs là qu’il conserve de ces longues journées d’été chez ses grands parents.

-Tu devrais aller voir Paul lui dit un matin la grand-mère en buvant le café. Tu t’en vas comme ça par mont et par vaux, tu dois t’ennuyer à ne pas avoir de copains.

Paul le fils du facteur et aussi Pierre le fils du couvreur bien sur il n’y pense pas du tout depuis qu’il est arrivé. En fait il ne sait pas s’il a vraiment de parler avec eux, de les voir. Il se souvient qu’il s’est pas mal ennuyé l’année dernière avec eux. Jusqu’à ce qu’ils lui présentent Camille. Et puis un peu plus tard la sœur de Camille, Floriane

Ils avaient passé une partie d’un après midi tous les 5 dans une des granges parce qu’il pleuvait et il était même allé chercher sa guitare, ils avaient chanté. C’est à ce moment précis que Floriane l’a vraiment regardé et qu’il l’a vu aussi. Il pense à cette image, une fille aux longs cheveux blonds en robe blanche qui entre dans la grange baignée par la lumière. En gros une apparition de la vierge quoi, quel idiot.

Ce regard l’a poursuivi quelques jours et puis ils se sont revus Floriane et lui. Elle est âgée de 18 ans et ils se retrouvent le soir quand Paul et Pierre sont retournés chez eux. Il l’attend un peu plus loin derrière une petite maison là où elle lui a dit que ce serait bien s’il se trouve là vers 19h.

Ils marchent cote à cote dans les chemins durant de longs moments presque sans rien dire. Il ne sait pas quoi lui dire et elle semble attendre qu’il ose le faire.  Alors ils marchent comme ça pendant toute une partie des vacances. Cette année il s’en souvient il a lu le grand Meaulnes d’Alain Fournier un écrivain du coin, et c’est étrange par ce que leur histoire ressemble un peu à celle du grand Meaulnes , en tous cas le décor.

Une fois elle l’emmène dans le parc d’un château où coule une rivière et elle ôte ses vêtements pour se baigner. Il la rejoint ils s’effleurent, rient beaucoup en s’éclaboussant. Il voudrait la prendre dans ses bras mais ce moment de bonheur est si intense qu’il a peur de tout voir s’effondrer

Ils marchent encore le soir jusqu’à tard dans la nuit, jusqu’au dernier jour des vacances où il doit repartir.

Alors il se dit qu’il doit faire quelque chose absolument ne pas partir sans rien avoir osé. Il l’enlace et comme il a entendu qu’il fallait utiliser la langue il lui colle la langue dans la bouche et la fait tourner mais tout est vide, sa langue à elle ne lui répond pas.

Il est gêné il pense qu’il a fait une connerie. Elle ne dit rien elle parait sonnée. Ils se promettent de s’écrire voilà comment tout à commencé.

Ça l’obsède toute la journée, il ne pense qu’à elle quand il se rend à la pèche avec le solex.

Il tend sa ligne mais sans grande conviction vraiment. Ce qu’il veut c’est surtout avoir la paix. Cuver son chagrin.

Un jour où il noue un bas de ligne pour attraper du menu fretin il sent le scion ployer d’un mouvement brusque et une force puissante l’attirer vers l’eau s’il ne lâche pas la canne à pèche . Un énorme silure vient de mordre à son hameçon.

Il reste un moment à regarder la canne à pèche filer vers le lit de la rivière puis disparaitre sous l’eau.

Enfin ça va mieux il a l’impression d’en avoir terminé avec cette histoire et il se souvient de ce que lui a dit sa grand-mère. De retrouver Paul et Pierre ce qu’il fait le soir même.

Camille la sœur de Floriane aussi est là.

Elle taquine les garçons et Mao la trouve agaçante. Elle est tout le contraire de Floriane pense t’il, bavarde, bruyante, et pour tout dire bien moins jolie.

Un soir elle lui demande s’ils peuvent se voir tous les deux, rien que toi et moi ajoute t’elle d’une voix cassée.

Il lui propose de se promener dans la campagne à elle aussi.

Elle est là près de lui et son corps ondule comme une vibration sourde dans la nuit. Le premier soir la première promenade il n’a pas trainé pour lui attraper la main. Ils ont marché une centaine de mètres et ensuite il l’a collé contre lui pour sentir son corps de jeune fille contre le sien, ses yeux dans la clarté de la lune était d’un noir infini et il  a mit la langue dans sa bouche et elle avait une langue et elle lui a répondu.

Ils sont resté ainsi à se rouler des pelles pendant un temps infini et puis à un moment il en a eut assez il l’a entrainée vers un talus et il a commencé à la peloter lui qui n’avait jamais peloté de fille. Son sexe était dur comme du silex et il aurait voulu l’ouvrir en deux, la dévergonder.

Et puis à un moment il a passé une main sous la jupe, son doigt a soulevé le bord de la culotte et il s’est retrouvé dans un lieu chaud et baveux qui l’a a la fois terriblement excité et écœuré.

Mais elle retient sa main doucement en disant non on ne peut pas et il n’insiste pas, dans le fond bien content de ne pas pouvoir aller plus loin pour cette fois.

Dans le train qui le ramène vers la capitale quelques semaines plus tard il repense à toutes les lettres que Floriane et lui ont échangées. D’ailleurs elle est venue le trouver peu avant son départ et lui a rendu toutes ses lettres qui étaient attachées avec un joli ruban bleu. A la fin elle a ajouté :

-c’est dommage que tu n’aies pas répondu à ma dernière lettre j’ai cru que je ne t’intéressais plus.

Ça le fait réfléchir encore parfois, cette histoire de lettres, toutes ces histoires que l’on s’invente à soi même et qui ne tiennent pas face à la brusquerie des choses.

Et puis il repense soudain à ce silure qui lui a emporté sa canne à pèche et se demande quel poids il devait bien avoir.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :