Le mensonge de Macha


Macha Linderstrom s’était mariée deux fois et s’était promise de ne plus jamais recommencer comme lorsque on se brule la main en saisissant sans réfléchir la queue d’une poêle trop chaude, elle prenait désormais un nombre minimum de précautions avec les hommes qu’elle rencontrait. Tout à fait comme on prend un gant pour sortir un plat du four.
Cramée de l’intérieur s’était ce qu’elle avait l’habitude de penser lorsqu’elle se rappelait la petite fille qu’elle avait été. Et si elle songeait à cette petite fille c’est que le cadavre allongé devant elle correspondait assez bien pensait elle à ce qui lui était arrivé.
En professionnelle qu’elle était elle se concentrait sur les différentes plaies qui ponctuait le corps de l’enfant comme on examine des fissures dans un mur pour comprendre leur origine.
L’assassin semblait avoir agit en deux phases , une très méthodique en découpant la chair à l’aide d’un outil extrêmement tranchant et précis tel un scalpel puis s’était littéralement défoulé en zébrant les chairs de coups, elle l’espérait, post mortel.

Elle entra toutes les informations au fur et à mesure dans un enregistreur MP3 puis une fois son ouvrage achevé elle alla se laver les mains et se rendit à son bureau où elle se dévêtit de sa blouse blanche, la plaça dans un panier prévu à cet effet et enfin elle sortit un petit miroir de son sac à main pour s’arranger un peu.

D’origine juive et suédoise son visage lui renvoyait dans le reflet ses origines pensa t’elle par la pétulance de son regard sombre et la blondeur encore vivace de sa chevelure. A 55 ans elle était fière de n’avoir encore que de très rares cheveux blancs.
Elle leva le bras pour que le reflet lui renvoie une vision plus complète d’elle même et nonobstant la déformation probablement due à la perspective plongeante elle se dit qu’elle était encore du bon coté de cette frontière qui sépare la maturité épanouie de la vieille peau qui veut encore se la jouer.
Puis elle ne fut pas surprise de repenser à l’inspecteur Blanchard et particulièrement à ses tempes grisonnantes puis à la lèvre supérieure de celui ci qui, lorsqu’il parlait provoquait à la fois une légère répulsion comme une attirance physique qu’elle n’avait pas oubliée.

Elle pensait à Elvis Presley et leurs deux bouches semblaient se confondre puis s’ajuster parfaitement comme dans le viseur de son vieux LEiCA M42.

Macha était passionnée de photographie noir et blanc et lorsqu’elle avait un peu de temps elle s’enfermait encore des heures la nuit dans sa chambre noire qu’elle s’était installée dans la nouvelle maison.À Chazemais. Pour le moment elle rentrait le soir dans son appartement de Clermont et ne profitait de la campagne que les week end à condition que l’on ne l’appelle pas pour un nouveau meurtre.


Cela valait le coup pensait elle de faire autant de kilomètres pour passer un week end en dehors de tout ça, comme une nouvelle vie qui commençait pour elle.
A un moment elle éprouva une nostalgie qui la surpris , celle d’une époque ou Blanchard et elle étaient amants.
Elle aurait aimé se rendre à la maison de Chazemais avec lui et elle en était là lorsque soudain elle se reprit, éteignit la lumière du bureau et rejoignit la sortie du bâtiment de l’IML.


Quelques minutes après elle avait remplacé ses pensées bucoliques dans lesquelles Blanchard détonnait, par l’évaluation du contenu de son réfrigérateur.Elle fut soulagée de se rappeler qu’elle l’avait rempli la veille.


En se garant dans un créneau parfait une image surgit soudain qui lui fit monter les larmes aux yeux.
Celle d’une petite fille qui demandait de ses yeux vides silencieusement « pourquoi ? »

Puis un peu plus tard dans la soirée alors qu’elle s’était endormie devant une série française suant le pathos elle avait révé de Blanchard et l’avait trouvé pathétique lui aussi dans son imperméable à la Colombo sauf que Maurice ne lui avait jamais parlé de sa femme.


Elle avait su qu’il s’était marié après leur liaison qui avait fini par péricliter en raison des aléas du métier.
Rares étaient les couples qui duraient parmi les personnels de la police, et elle joua un instant avec l’idée de vouloir garder l’ordre public au dépens de leur équilibre personnel, de leurs sentiments.

La plupart des flics devaient se construire une carapace inouïe pour affronter avant tout le désordre de leurs propres vies.
Puis elle sombra dans un sommeil profond comme quelqu’un qui désire tout oublier d’une journée de travail pénible.

Quelques heures plus tard elle se réveilla en sueur et en meme temps qu’elle tentait de chasser une image obsédante elle agrippa la bouteille d’eau près du lit.
Soudain elle ne savait pas si elle l’avait inventé ou si son inconscient lui représentait un détail qu’elle avait laissé filer
Une marque sur le corps de la petite fille qui ressemblait à une lettre hébraïque. Laquelle? Elle ne le savait pas exactement car ses compétences en hébreu ne pouvaient pas l’entraîner plus avant.

Elle se leva et se rendit au salon pour déchirer une page du journal TV sans trop de pub et dessina de mémoire la lettre qui était restée imprimée nettement désormais dans sa mémoire.

Enfin une fois qu’elle l’eut clairement inscrite noir sur blanc sur le papier, elle ne pouvait plus se mentir à elle même.

Elle avait bel et bien repéré cette marque durant l’autopsie quelques heures plus tôt. Mais dans ce cas pourquoi elle n’en avait pas parlé à Blanchard, pas plus qu’elle ne l’avait cité dans son rapport audio ?

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