Feuilleton dans le désordre.

Notes du 28/4

Dans l’écriture d’un roman on s’attend à une chronologie logique, un premier chapitre qui expose l’univers quotidien du principal protagoniste et on tente en peu de pages, avec quelques indications de le faire comprendre par le lecteur et de provoquer l’empathie. Pour cela une méthode est de le faire passer si je puis dire par 3 filtres principaux qui sont la sphère intime, la sphère de ses proches, familiale, amis, et la dernière plus sociale.

C’est donc ce que je tente de faire en ce moment.

Pour ceux qui me suivent vous retrouver donc l’inspecteur Blanchard et on en découvre un peu plus sur lui.

C’est parti, bonne lecture.

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Maurice Blanchard ouvrit les yeux et pendant quelques secondes comme chaque matin désormais il se demanda pourquoi il se réveillait aussi énervé. Puis comme chaque matin cette question resta sans réponse car elle était remplacée par tout un tas d’habitudes qu’il avait patiemment mises  en place depuis le décès de son épouse.

Quelques jours à peine après l’enterrement il avait téléphoné à un agent immobilier afin que celui-ci estime leur maison. Evidemment il avait été surpris par le chiffre pharamineux que le type lui avait donné, et pour en avoir le cœur net il avait relevé, grâce à Google tous les téléphones des agences du coin pour convoquer leurs agents et écouter tous les sons de cloche.

 Ainsi en recoupant les divers avis il avait pu se faire une idée à peu près juste du prix du marché et comme il désirait se débarrasser de cette affaire au plus vite il avait congédié tous les arracheurs de dents pour ne garder qu’un jeune type, un peu timide, environ la trentaine et qui s’était empêtré dans ses explications mais qui lui paraissait honnête.

Pour ne pas être dérangé par les visites il avait bradé une partie du mobilier à un brocanteur pour une somme dérisoire, en avait donné une autre partie à Emmaüs, et n’avait conservé que le strict minimum  pour s’installer rue des Poissonniers, à deux pas de son travail, dans un appartement en location.

Ce n’était pas bien grand mais cela lui suffisait. Il passait la plupart de son temps dans la rue, ou dans son véhicule de fonction, ou encore dans son bureau rue Marcadet à taper d’interminables rapports.

Cette partie du boulot était celle qui l’ennuyait le plus.

 Et encore il tentait de choisir ses mots non pas pour paraitre original vraiment mais pour sortir des sentiers battus et rompre la monotonie.

En quittant sa banlieue il s’était senti à la fois triste et soulagé. C’était comme une sorte de nouvelle vie qui commençait, la dernière partie de sa vie puisque dans quelques mois tout cela serait terminé il serait à la retraite.

Il aurait pu partir en retraite depuis longtemps car il avait déjà fait ses 27 années requises et de plus une bonification spéciale pour les personnels de police lui  offrait 4 trimestres supplémentaires  tous les 5 ans.

 Avec la réforme Macron qui tendait à éliminer peu à peu  toutes les spécificités y compris chez les fonctionnaires de police  et installer un système de retraite par point au lieu d’annuité,  il se sentait comme un caniche à qui on aurait promis durant des années un os  pour le faire courir et qui disparaitrait probablement sitôt qu’il franchirait la ligne d’arrivée.

Il savait  pourtant qu’il ne risquait plus grand-chose à son âge, le nouveau système toucherait ses collègues nés à partir de 1963 aux dernières nouvelles, et lui était de 60.

Mais les choses pouvaient bien encore changer avec ce gouvernement qui ne cessait de dire blanc le matin et noir le soir.

Cette histoire de retraite le taraudait depuis des semaines et il échafaudait tout un tas de plans à la fois pour la désirer comme pour la repousser.

 Dans le fond de lui-même il était amer en raison d’une carrière qu’il désirait  prestigieuse à ses débuts,  mais lorsqu’il acceptait de regarder les choses en face elle n’était plutôt qu’une succession d’échecs dont il n’était pas particulièrement fier.

Seulement c’était cela sa vie et l’ambiance du boulot allait probablement lui manquer, les odeurs de la rue, les camions poubelles passant aux aurores le matin, suivit de près par l’acharnement des balayeuses, l’adrénaline qui soudain arrivait par flot lors des flags, les bars de nuit, les putes et les voyous finalement étaient les seules personnes qu’il connaissait le mieux, presque intimement si  on peut dire et ses collègues bien sur.

 Finalement la frontière était assez mince entre eux contrairement à ce que pouvait imaginer le moindre quidam qu’il croisait et pour lequel en général il avait longtemps entretenu  une forme de compassion proche du mépris.

Que pouvait bien comprendre réellement les citoyens au boulot des flics ? Pas grand-chose.

Lorsqu’il y avait un attentat ils étaient en première ligne pour se faire descendre et on les applaudissait, puis, quand une racaille de banlieue se faisait un peu bousculer on les caillassait pendant des semaines. Le  fait que Blanchard fut inspecteur ne le dédouanait pas d’éprouver une solidarité pour les plus humbles de ses collègues. Il avait gravit péniblement les échelons, il savait lui de quoi il parlait.

Ce n’était pas comme ces jeunes arrogants qui débarquent désormais avec le même grade parce qu’ils on fait quelques études. Il en voyait passer régulièrement, des stagiaires la plupart du temps, ces blancs becs ne connaissaient rien à la vrai vie  ils avaient la tête dans leur manuel de procédure.

Cette prise de conscience tardive l’avait enclin progressivement  à la modestie et à s’intéresser de plus près aux autres paradoxalement.

C’est ainsi que dans le quartier de Château Rouge où il avait trouvé ce petit appartement après le décès de son épouse, abandonnant la maison de banlieue devenue trop grande, il connaissait désormais de plus en plus de commerçants et mêmes quelques  particuliers.

Au début il s’efforçait un peu pour trouver un bon mot à dire, mais il faisait toujours trop compliqué et puis dans le quartier l’information qu’il était flic s’était répandue rapidement , il préfèrait prendre le parti que tout le monde  savait désormais qu’il était flic et se méfiait.

Quand il demandait à Youssef l’origine des mangues qu’il lui achetait sur le marché de Château Rouge  l’autre était toujours un peu évasif. Du coup il finit petit à petit de se contenter d’un

-salut Youssef ça baigne aujourd’hui ? Ce qui détendait désormais l’atmosphère considérablement entre eux comme avec tous les autres commerçants du marché.

Il allait emprunter la rue Custine en espérant que cette fois les feuillages des platanes seraient plus denses et projetteraient des ombres rafraichissantes sur la chaussée et les trottoirs car une chaleur épaisse était tombée sur la ville. Cette marche qu’il effectuait pour se rendre de son logis au commissariat lui était bénéfique à condition bien sur de ne pas arriver là bas complètement trempé de sueur d’autant que quelques jours auparavant la clim était tombée en panne dans les locaux.

Il repensa quelques instants à ce jeune stagiaire qu’il avait accompagné quelques jours deux semaines auparavant dans une enquête concernant l’agression d’une petite vieille du boulevard Barbes. Et l’agacement lui revint comme on se réveille après une nuit agitée. Ce jeune peigne cul lui avait brandi tout un tas d’articles de loi en lui signifiant qu’il ne comprenait pas pourquoi  Blanchard ne respectait pas la procédure à la lettre. Il s’était contenté de hocher la tète à ce moment en là en se souvenant que lui aussi quand il était entré dans la police était animé d’un zèle qu’il avait découvert suspect depuis. Il s’était contenté de dire on est des flics mais on est aussi des êtres humains ce qui avait provoqué une moue étrange sur le visage de son cadet.

En apercevant l’ombre il se hâta de rejoindre le trottoir de gauche et éprouva immédiatement une sensation de fraicheur.

En quittant sa banlieue il s’était senti à la fois triste mais aussi soulagé. C’était comme une sorte de nouvelle vie qui commençait, la dernière partie de sa vie puisque dans quelques mois tout cela serait terminé il serait à la retraite.

En arrivant devant les escalier de la rue Durandon qui menait à la Butte il aperçut la môme bijoux assise en train de pleurer.

– Salut la môme qu’est qu’y t’arrive ?

-Des p’tits cons m’on fauché mon larfeuille, c’est pas qu’il soit bien rempli mais j’avais d’dans toutes mes économies. Mon pauvre Maurice c’est plus comme avant même nous on se fait dévaliser.

Blanchard sentit la colère monter puis il se calma ça ne réglerait rien il fouilla dans ses poches et tendit un billet de 20 euros à la môme qui avait l’air d’avoir été déterrée d’une sépulture égyptienne.

Puis il tourna les talons et il entendit sa voix éraillée qui lui disait

-Maurice au grand cœur t’es un amour. Puis il y eut le bruit d’un crachat mais il ne jugea pas pertinent de se retourner pour savoir si c’était la vieille qui en était l’auteur.

Il savait qu’il y avait 1 chance sur trois pour que l’histoire de la môme soit vraie mais c’était le début de l’été, quelque chose dans l’air d’ineffable inspirait la bonté et peu importait d’avoir ou non une bonne conscience cela il le savait aussi.

Dans les locaux du commissariat de Marcadet la chaleur était omniprésente et l’activité fonctionnait au ralenti.

Blanchard salua quelques uns de ses collègues brièvement afin de n’avoir pas à leur serrer la main qui probablement laisserait une sensation moite désagréable.

Il alla s’installer à son bureau ou une  jolie pile de dossiers l’attendait  son tonneau des Danaïdes personnel pensa t’il et il déboutonna les poignets, replia soigneusement chacune de ses manches pour se mettre au travail.

C’était le début d’après midi, il avait prit sa matinée pour se rendre chez le dentiste en raison d’une molaire qu’il avait finit par abandonner comme plusieurs autres depuis quelques mois.

-Si vous pouviez vous abstenir de fumer lui lança à un moment le dentiste. Il classa l’info dans un coin de sa tête comme tant d’autres et un instant pourtant il revit le visage de son épouse passer lui assenant le même conseil.

-Maurice tu fumes trop…

IL faut surpris dans sa rêverie par la porte qui s’ouvrit brusquement et la silhouette de Caïn le commissaire qui venait le visiter en personne ce qui était plutôt rare.

-Maurice il faut qu’on parle. Et il agrippa la chaise pour s’asseoir face à Blanchard qui trouva soudain que la température avait encore monté d’un cran.

Blanchard eut alors le pressentiment que si Cain se trouvait en face de lui à cet instant quelque chose de grave était arrivé et la seule chose grave quand il cherchait rapidement dans sa mémoire était d’être à nouveau replongé dans une sale histoire la plus sale histoire de sa carrière de flic qu’il avait d’ailleurs foirée lamentablement.

-vous êtes le meilleur dans ce genre d’affaire Blanchard et vous connaissez la région comme votre poche. Puis Cain plaça devant lui la photographie d’une gamine qui avait du être horriblement torturée avant d’être tuée sauvagement.

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