1332 possibilités de surprise, c’est la merde.

Je ne sais pas si ce virus est une malédiction ou une bénédiction en lui-même. Ce que je sais c’est que quel que soit le désarroi dans lequel nous nous tenions avant son arrivée, on peut considérer ce désarroi comme le point 0 d’où reflue l’état de calme que nous fabriquions pour pouvoir vivre à son contact.

Désormais il devient impossible de maintenir ce conflit entre désarroi et art ( l’art de conserver son calme surtout ) face à ce troisième personnage, imprévu c’est son rôle depuis son invention dans la  tragédie de Sophocle.

Vers quelle situation dramatique le virus nous obligerait-il à pénétrer ? chacun de nous, riche ou pauvre, sensible ou insensible, intelligent ou sot ?

Il n’y en aurait en tout et pour tout que 36 faites votre choix !

Comme il n’y a guère que 36 émotions possibles par lesquelles l’être humain peut constater qu’il perd son calme.

1332 possibilités de surprise si on combine tout cela c’est à la fois beaucoup et peu quand on y pense.

Et puis nous sommes à une époque moderne ! Certaines situations dramatiques comme certaines émotions ont été ensevelies dans la profondeur de l’oubli tout simplement parce que nous les trouvions caduques face à notre prétention de modernité.

Qui donc encore voudrait enlever son aimée ? avec son accord ? sans son accord ?

Qui donc voudrait venger son père  ou sa mère ou un frère ?quitte à perdre sa dignité et son honneur ?

D’ailleurs qu’est ce que la notion d’honneur vraiment désormais quand on voit l’accumulation de maladresses, de bévues, de mensonges et de bassesses ?

Quelles sont les émotions principales d’une époque, la notre, quelles sont celles qui permettent encore de faire fonctionner la machine de l’état, comme la cellule familiale comme l’individu qui doit se rendre chaque jour à son travail ?

Comme l’avait prévu Nietzsche le ressentiment finira par constituer l’une des seules émotions majeures de notre triste siècle.

Ressentiment d’un élu incompris par son peuple

Ressentiment d’un peuple qui se sent trahi par ses élus

Ressentiment de la femme vis-à-vis de son amant, de son mari.

Ressentiment qui n’offre guère que peu de possibilité

Soit la dépression, le burn out ou la vengeance, la trahison, le meurtre.

Ce désir d’unité alors serait-il une sorte de tentative pour l’être humain emprisonné dans ce faible choix imposé par la modernité quant aux émotions dont il peut faire usage?

Ce désir d’unité devenu si aigu qu’il en est désormais métaphysiquement grotesque , est-il l’ultime tentative d’évasion qui obligerait celui qui compte dessus à fantasmer un lieu où il ne serait plus accablé par l’indigence des  situations dramatiques, celles qui découlent de  ce peu de choix, mais aussi  de la paresse ?

Dans le fond si j’étais psychanalyste ce que je ne suis pas (et c’est pour cela que je me permets librement d’oser ) si j’étais psy je serais assez vite tenté de penser que toutes ces personnes qui ne cessent de rabattre l’oreille de leurs congénères avec ce pseudo désir d’unité n’ont comme but réel qu’une seule chose : c’est de revenir à l’état fœtal, là où n’existait qu’une activité minimum de leur cervelle embryonnaire.

Ce n’est pas faire preuve d’un grand courage finalement que de fantasmer une telle unité, un tel retour, quelque soient les couches poétiques, philosophiques ou spirituelles que l’on pourrait plaquer dessus.

Le vrai courage à mon sens serait plus d’accepter notre condition d’être humain et notre limitation, notre contrainte à ne pouvoir explorer que 36 émotions !

Oui, mais alors les explorer vraiment ! E t arrêter de se cantonner seulement dans deux ou trois seulement comme le font la majorité d’entre nous.

Cette rumination bovine dans laquelle nos politiques économiques , sociales, culturelles, religieuses nous confinent depuis environ 3 siècles est sans doute bien plus néfaste que tous les virus que nous pourrions avoir besoin d’affronter.

Et savez vous la raison majeure pour laquelle nos émotions se réduisent désormais à une peau de chagrin ?

Comme dirait quelqu’un : « je vais vous le dire ! »

C’est qu’avec moins d’émotions vous avez moins de situations dramatiques et donc vous pouvez mieux prévoir, l’imprévisible, ce troisième personnage qui est le pivot de toutes les intrigues … un virus par exemple ou bien un président russe américain ou  chinois.

Avec le rétrécissement de nos possibilités d’émois, il faut ni plus ni moins nous attendre à la dictature désormais et à encore moins de possibilités de nous émouvoir ! Nous n’aurons plus que le choix d’accepter le joug ou le rejeter à nos dépens et, en aparté bien sur, de rêver d’une hypothétique unité, d’un absolu merveilleux et confortable, doux comme du caca dans lequel on se sent tellement bien au chaud et en plus rassuré par notre odeur quelle qu’elle soit.

Référence utilisée pour écrire cet article : « Les 36 situations dramatiques » ou l’art de maîtriser l’art narratif grâce à l’exploration des principes dramatiques, Auteur Georges Polti

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