L’inspecteur Blanchard dîne au château.

Notes du 1/5
Lorsque Maurice Blanchard eut pénétré complètement dans le vaste hall du château, il nota les divers éléments qui s’y trouvaient de façon machinale puis il créa une catégorie « nouveau riche » dans sa mémoire afin de ranger tout cela. Pour le moment il n’avait pas de temps à perdre, il chercha la silhouette d’Eric et ne la trouvait pas.


Eva Blanchard l’invita à se mettre à l’aise et ils pénétrèrent dans un salon aux allures de loft post industriel au fond duquel se tenait une immense cheminée.


Visiblement quelques ajouts de style anglais pour ce que Blanchard en savait, il nota les canapés en cuir et en velours vert, une bonbonnière « kitsch »posée sur une étagère et quelques livres rangés dans un savant désordre à l’intérieur d’un meuble bibliothèque à panneaux de verres.


C’est à cet instant qu’Eric décida d’apparaître.

-Bonjour Maurice, tu n’es donc pas encore mort ? depuis le temps…


Blanchard tourna la tête pour le regarder en face et sans un sourire il répondit
-Et non, pas encore , tu sais bien que ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier.


Eva Blanchard sembla mal à l’aise soudain et proposa de boire quelque chose.


Un whisky sans glace s’il vous plait je vous remercie, lui adressa Blanchard en restant debout face à Éric qui le toisait en souriant.
-Quel est le but de ta visite ? Repris Éric Blanchard
-Le boulot bien sur je ne suis pas venu pour les vacances comme tu peux l’imaginer.
-Assieds toi, tu veux un cigare ?
-Non merci, que sais tu à propos de cette gamine de 8 ans que l’on a découverte il y a quelques jours enchaîna Maurice Blanchard escomptant sans trop y croire un éventuel effet de surprise.
Et bien sur Éric resta impassible.

-Oui j’ai lu cet article de La Montagne, je n’en sais pas plus , c’est terrifiant et on se demande que fait la police ajouta t’il sur un ton faussement badin

Mais Maurice Blanchard n’écoutait pas la réponse il s’apercevait encore une fois qu’il était entré dans cette étrange dimension dans laquelle chaque nouvelle enquête le propulsait et où plus que le contenu, c’était l’intonation et le métalangage des personnes qui se tenaient devant lui qui mobilisaient son attention. A ce moment là il se laissait envahir par les sensations sans réfléchir à ce qu’elles pouvaient signifier vraiment.

-Bonjour dit Tom en tendant la main vers l’homme qu’il n’avait aperçu qu’une seule fois.

-Bonjour je suppose que tu es Tom dit Blanchard

-Tom Blanchard et toi tu es Maurice ?

-Oui dit Maurice satisfait que le gamin soit si vite passé au tutoiement.

-Tu as quel âge ?

-Et toi ?

-Moi je vais avoir 58 ans et si tu veux tu peux m’appeler Maurice

-Tonton ou oncle Maurice ? j’ai 9 ans

-Comme tu veux

-Et si je dis Maurice tout court ça va ?

-Ça va, pas de soucis Tom !
Blanchard examinait le visage de Tom et était surpris de ne pas y apercevoir toute la palette d’expressions que les enfants déploient quand ils s’adressent aux adultes.


Puis la conversation flotta quelques instants et sembla glisser vers des préoccupations ordinaires comme » le temps qu’il faisait », les affaires « florissantes » d’Éric, ajouté à cela quelques informations que l’inspecteur toujours en éveil récolta machinalement sur les anciens camarades qu’ils avaient connus autrefois et qui étaient devenus des hommes.


Eva les interrompit en disant que le dîner était prêt et qu’on pouvait se mettre à table

-Ne dis pas ça malheureuse ! plaisanta Éric Blanchard en toisant son frère, il va sortir son calepin.

-Et vous Eva que faites vous de vos journées ? demanda Blanchard en faisant mine de s’intéresser à elle pour l’extraire de l’embarras tout en observant le visage d’Éric s’assombrir légèrement

-Elle s’est mise à la calligraphie avec un hurluberlu du village


Eva Blanchard posa son regard sur son mari et Blanchard se dit que si elle avait pu le fusiller du regard elle n’aurait sûrement pas hésité

-La calligraphie chinoise ?demanda t’il – Blanchard n’éprouvait pas d’intérêt particulier pour l’art en général

-Non la calligrahie Hébraïque j’ai trouvé un prof extraordinaire et j’y vais deux fois par semaine.

Hébraïque ? Juive donc si je ne me trompe pas – et il se sentit soudain embarrassé comme un politicien qui cherche à gagner du temps lorsqu’on lui parle. aussi enchaîna t’il :

-Et qu’est ce qui vous a poussé à choisir la calligraphie ?

-Une envie de faire quelque chose de mes dix doigts souffla t’elle comme si elle tentait de se dégager d’une emprise intérieure. Et puis le prof a inventé une méthode de Yoga qui fonctionne avec les cours. En fait il nous entraîne à exprimer chacune des lettres de façon corporelle donc cela fait aussi office d’exercice physique.

Éric Blanchard ne disait plus rien il les observait discuter tous les deux puis son regard se posa sur son fils cadet et sa fille qui se chamaillaient, il consulta sa montre et déclara qu’il était temps qu’ils aillent se coucher.


-Tom s’il te plait tu peux t’en occuper je vais monter dans 5 minutes.


Tom n’afficha aucune expression particulière il se leva et conduisit les deux gamins à l’étage nota l’inspecteur toujours aux aguets et ils restèrent tous les 3 à terminer le dîner.


Ils en étaient parvenus au fromage quand Maurice Blanchard tenta de regrouper le flot d’informations qu’il avait glané depuis son arrivée au château tout en continuant de suivre la conversation -En fait le monologue d’Eric-qui s’exprimait sur les affaires, la politique et la situation économique internationale, comme autant de sujets qui ne l’intéressaient pas pour le moment.


Ce qu’il notait était plus ou moins éloigné de l’affaire qui le préoccupait. Il classait les éléments peu à peu dans sa tête. La routine.


Son frère était toujours aussi imbu de sa personne
Sa belle sœur n’était probablement pas aussi heureuse qu’elle semblait l’afficher avec un peu trop d’ostentation à certains moments, de toutes évidence elle paraissait subir l’emprise de son mari.Sans doute appréciait il de l’humilier en public
Tom leur fils aîné était frappé d’autisme
Les deux autres enfants étaient semblables à tous les autres.

Jamais il ne pourrait vivre dans un château, il s’y sentait mal à l’aise, c’était bien trop grand.


L’argent encore une fois, pensa t’il, ne fait pas le bonheur et il songea que la partie suivante, qui achève la proposition « mais il y contribue largement » ne semblait pas s’appliquer pour le cas de figure devant lequel il se trouvait.
Eva prenait des cours de calligraphie juive pour se tirer du château deux fois par semaine. Peut être fallait il en savoir un peu plus sur ce prof car il trouvait assez peu commun d’enseigner cette discipline dans un village paumé de l’Allier.


-Tu restes combien de temps demanda Éric tu sais que tu peux loger ici durant ton séjour

Blanchard le toisa en silence et ne répondit pas tout de suite.Sur le départ,il dit simplement :


-Merci pour votre invitation, mais j’ai trouvé une chambre au Lichou ça me convient bien tu me connais Éric j’aime la simplicité.


La dernière image fut celle d’Eva et d’Eric enlacés sur le perron du château et elle lui avait fait un petit signe de la main lorsqu’il avait effectué la manœuvre nécessaire à sortir de la cour du château.


Quelque chose clochait visiblement dans ce couple comme dans beaucoup de couples et l’inspecteur Blanchard considéra que le contraire eut été étonnant.


Il devait être 23 heures lorsqu’il arriva à l’hôtel restaurant Le Lichou et c’est à cet instant qu’il consulta la messagerie de son smartphone.


Il avait reçu un mail de Macha avec une pièces jointe : la photographie d’ un dessin qu’elle avait du esquisser sur une page de magasine dont il constatait par endroit les brillances.


Soudain l’inspecteur Blanchard su que le dessin était lié à la calligraphie hébraïque.

Il n’avait pas envie de dormir et envoya un SMS en retour pour demander quelques explications

Quelques secondes après la sonnerie de son smartphone le fit sursauter, il décrocha c’était la voix de Macha. Et il fut surpris de la trouver chaude et agréable.

Il fut également étonné de constater qu’en quelques secondes la voix au téléphone avait provoqué aussi une érection.

Depuis la disparition de son épouse il lui arrivait d’éprouver des poussées d’énergie sexuelle qu’il jugeait parfaitement incongrues et à des moments où il ne s’y attendait pas.

Il se racla la gorge et prétexta qu’il devait aller chercher ses cigarettes. Ce qu’il fit et, en se fichant royalement de la petite affichette « defense de fumer » qu’il avisa sur un mur, il avala une bouffée de fumée pour reprendre ses esprit et adopter un ton de convenance, un ton professionnel.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :