L’artiste et le commerçant

C’est en me réveillant que l’idée m’est soudain venue, comme une sorte de lueur dans l’obscurité de la cour où je vais fumer ma première cigarette de la journée.

L’artiste et le commerçant partent d’un même postulat.

Il faut représenter plusieurs fois la même chose de façon légèrement différente pour atteindre au but.

La différence est dans l’intention de départ.

L’artiste désire aller de plus en plus loin dans l’exploration systématique d’une forme et la retravaille sans relâche tel un musicien pour obtenir l’accord parfait entre son intuition, qu’elle provienne d’un lieu de départ ou bien d’un autre obtenu en chemin , et un résultat final.

Une série dans ce cas peut s’arrêter lorsque celui qui la commencée en dessinant ou en peignant ne peut plus aller au delà d’un point.

Est ce la perfection qui est vraiment l’enjeu ?

Il semble que ce soit plus une idée de justesse liée à la notion d »harmonique. Quand la forme résonne « justement » avec l’intuition, quand soudain l’intuition est incarnée dans la forme, alors le travail est abouti pour celui qui s’y engage.

C’est son objectif de parvenir à cet accord.

Le seul véritable.

Et pour l’atteindre il va se représenter à lui-même de nombreuses fois le même processus de travail, il va emprunter la même gamme de contraintes de manière à se resserrer le plus étroitement possible sur ce qu’il désire vaguement ou précisément atteindre.

C’est l’ouvrage qui sort du vague pour emmener vers le précis.

Pour le commerçant c’est un peu la même chose. Son propos est d’attirer le plus de monde vers son produit afin qu’il puisse le vendre le plus grand nombre de fois. Il va donc utiliser toute une série de stratégies, au début par tâtonnement afin de déterminer quel type de clients sera le plus susceptible d’être intéressé par son produit.

Un bon commerçant étudie d’abord les besoins des gens, leurs attentes et ensuite il mettra en place une stratégie bâtie en fonction principalement de toutes les objections que son client pourrait émettre pour ne pas acheter le produit. Une fois qu’un commerçant est en mesure de répondre à toute nos objections, qu’il nous rassure quel obstacle reste t’il vraiment pour entreprendre l’achat ?

Juste la question de savoir si on en a ou pas besoin de cette chose qu’on veut à tout prix nous vendre. Et si nous ne sommes pas vigilants, si nous ne savons rien de nos véritables besoins, alors tout sera fait pour nous en inventer. C’est juste notre paresse, notre manque de discernement, et notre peur ne rater une bonne affaire qui nous fait foncer vers ce genre de besoin artificiel mais il n’y a pas que cela je le développerais un peu plus loin dans ce texte.

Et ensuite il y aura cette représentation, ce matraquage si j’ose dire par la publicité de cette stratégie à l’aide de vidéos, d’articles dans les journaux, bref le commerçant sait qu’il ne suffit pas de monter une seule fois ce produit pour qu’il soit vendu.

Il devra le montrer de milles façons différentes avec les mêmes codes de reconnaissance à des milliers de personnes pour traverser peu à peu les strates qui s’étendent entre la non connaissance, la connaissance, et pour finir le désir et le passage à l’action : l’achat.

Cette ambiguïté entre l’art et le commerce qui s’opère dans cette ressemblance quant à la « représentation » d’une écriture, d’un style, d’une stratégie, ne l’est que par une intention première et dans le fond rien d’autre.

Evidemment je ne parle pas du résultat lucratif.

Je parle du fait que l’artiste comme le commerçant s’appuient tous deux sur un constat d’épaisseur de la cervelle humaine.

L’artiste s’adresse en revanche à ce qu’il considère etre sa propre « épaisseur ».

Le commerçant à la notre.

Je viens de découvrir une chose essentielle suite à ce raisonnement.

Je déteste faire ou dire plusieurs fois la même chose

j’ai horreur aussi qu’on me le fasse subir.

D’où ma résistance à la fois sur ce qui fait l’essence d’un travail d’artiste comme du commerçant :

LA RÉPÉTITION.

Face à l’impératif de celle-ci je me retrouve comme un gamin que l’on aurait puni, mis au coin et auquel on aurait donné 100 lignes idiotes à recopier d’affilée.

J’ai toujours été révolté quant à cela. Parce que je ne comprenais tout bonnement pas l’enjeu de la punition. Qui n’était pas de me faire souffrir mais de m’enseigner à me discipliner puisque à preuve du contraire il est impossible pour la majorité des gens qu’une chose soit parfaite lors d’une première tentative.

Et comme tout le monde a à la fois l’habitude de le penser, d’y croire, c’est devenu un usage de se dire qu’il fallait faire ainsi et pas autrement.

Bon.

Mais quelle est la différence entre une toute première fois et la dernière dans ce cas ?

Prenons l’exemple d’un dessin par exemple. Qu’est ce qui différencie pour la plupart des gens un « bon » dessin d’un « mauvais » ?

Pourquoi y a t’ils mille marques différentes à des prix différents pour une seule chose ?

Ces deux observations à priori n’ont l’air de flatter qu’une seule chose chez celui qui désirerait les acquérir.

Quelque chose que l’on pourrait rapprocher de la vanité dans le sens où’elle conférerait une singularité, une originalité, un éloignement quant au semblable, un écart avec le commun.

Et tout cela basé à la fois sur les notions d’habileté, de maîtrise, de talent qui en s’emparant de l’objet signifierait que ces qualités plus ou moins consciemment soit automatiquement transférées puis attribuées au final à l’acquéreur.

C’est à fois vain et puéril- un enjeu de bac à sable.

Est ce l’habileté, la rareté qui fait la valeur vraiment d’une oeuvre d’art ou d’un produit ?

Bien sur que non, c’est l’imagination de celui qui les regarde avec les oeillères qu’on lui à posé de chaque coté du regard.

Et c’est aussi cette imagination qui dans le fond n’est pas la tienne, pas la mienne qui fait dire ceci est beau ceci est laid.

Et c’est aussi cette imagination qui te fait dire quand tu roules dans une bagnole pourrie, putain j’ai toute la malchance du monde de ne pas pouvoir rouler en Jaguar.

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