Petit traité pour lutter contre les incendies.

Le patron était un grand type svelte dont on devinait malgré tout,au travers de sa chemise de coton blanc impeccable,des poignées d’amour prometteuses.

Aussitôt qu’il surgissait dans l’open space j’avais cette impression désagréable de constater l’irruption d’un tourbillon de feuilles mortes qui aurait pris forme humaine. Un tourbillon qui se serait engouffré dans les locaux et qui chercherait en vain la sortie. Ou encore un ballon de baudruche affolé en quête d’une issue de secours improbable. Un truc qui s’agite entre le sol et le plafond en se dégonflant.

Il brassait tellement d’air autour de lui que j’avais peine à en trouver pour respirer correctement à ces moments là et évidemment ça produisait sur mon organisme un certain nombre de désordres. Parmi la gamme des sensations et émotions fortes il y avait, en tête de gondole, l’accélération des battements cardiaques de tous les protagonistes de la petite boite. Une sorte de rythme endiablé qui aurait fait pâlir d’envie le moindre adepte du marteau piqueur ou un DJ spécialisé dans la Transe.

Le patron se pointait, et, très vite nous savions tous qu’une nouvelle lubie allait nous être confessée sur le ton d’abord hésitant de la confidence pour devenir de plus en plus insistant les jours suivant. Puis au bout du compte l’information, l’idée neuve finalement se transformerait en mot d’ordre, en évidence. Cela ne faisait que quelques mois que j’étais entré dans ce poste de « directeur des opérations » et j’en étais encore à me demander ce qui avait bien pu séduire le bonhomme dans ma candidature.

En fait plus j’y songeais plus le mépris que je lui portais désormais ne venait sans doute que du seul fait de m’avoir accueilli à ce poste au titre ronflant et d’avoir gobé comme quelqu’un qui est dans la certitude du miracle le paquet bidon de mes références comme l’énoncé exagérément grossi de mes compétences.

Mais bon c’était déjà la guerre depuis belle lurette j’avais aussi de temps à autre le droit de profiter de minces victoires.

J’allais avoir cinquante ans et trouver un job à cet âge n’était pas du gâteau. je m’étais cogné presque une année de chômage, durant laquelle j’avais rencontré un gars fort sympathique de l’Apec qui, au demeurant, n’avait absolument aucune idée du monde réel de l’entreprise. Le gars me taraudait en m’envoyant des PowerPoint chaque matin pour me motiver dans ma recherche d’emploi, m’assurant que la clef était de développer mon « réseau »…, d’apprendre à me présenter bref … toute la kyrielle de trucs à la con dans laquelle je n’avais vraiment plus du tout envie de retourner après plus de 25 ans de carrière et m’être fait viré comme un malpropre.

Du coup la petite boite avec son patron à ressort me distrayait. Je savais pertinemment que tôt ou tard tout cela finirait mal. J’en étais persuadé dès la première poignée de main échangée lors du premier entretien.

Mais vue que j’avais tout ce temps devant moi je ne risquais pas grand chose à tenter le coup, comme au poker « rien que pour voir ».

En plus un avantage certain est que ce nouvel emploi, attendu depuis longtemps par mon épouse allait probablement la calmer et nous permettre d’arranger un peu notre relation qui commençait à battre méchamment de l’aile.

Les femmes de cette génération ne demandent pas tant de choses que ça à un homme, à partir du moment où elle savent l’endroit dans lequel il passe sa journée et qu’en plus cette absence sera rémunérée , elles relâchent un peu la pression.

C’était exactement ce qui se passait à la maison. On approchait du printemps, le soleil pénétrait par les fenêtres du salon de plus en plus souvent. Bref on revivait au rythme de la nature tout simplement après un hiver plutôt austère.

Le job en lui même n’était pas bien compliqué. J’avais à suivre l’évolution de projets informatiques. Un logiciel de compta à géométrie variable que l’on pouvait aussi bien implanter dans une entreprise de taille moyenne que pour des structures plus vastes. Chaque projet dépendait d’un chef de projet, une équipe de développeurs volait au secours de la résolution des problèmes et déterminait la frontière entre les rêves toujours ambitieux des clients et la réalité des opérations techniques.

L’étude d’adéquation permettait de mettre tout le monde d’accord et c’était ce document qui , une fois validé, permettait de véritablement commencer le décompte du temps, d’élaborer le planning le plus juste.

Mon boulot consistait à ce que tout soit fait dans les temps, et dans le budget imparti.

Le postulat de départ était d’une magnifique ambiguïté comme à peu près toujours et je m’étais bien sur interrogé sur l’emballage avec lequel celui ci m’avait été vanté.

Le but était à la fois de récupérer un grand nombre d’heures perdues dans des services rendus aux clients « gratuitement ». D’espionner clairement chaque chef de projet pour comprendre d’où provenaient les fuites, ainsi que les techniciens qui d’emblée lors de la première réunion que j’organisais semblèrent froissés qu’on leur ait collé un flic pour les surveiller.

Comme j’avais l’habitude du double langage dans l’univers de l’entreprise, je passais le plus clair de la réunion à effectuer de la traduction simultanée avec toute la panoplie de ressources en diplomatie dont je disposais encore. Mais en constatant les visages qui s’assombrissaient de plus en plus je du me rendre à l’évidence rapidement, je n’étais pas le bienvenu et on me le montrait clairement.

De plus cerise sur le gâteau j’étais embauché à mi temps car la boite n’avait pas les moyens de m’offrir un salaire à la hauteur de mes prétentions de départ qui étaient élevées je dois l’avouer. J’avais risqué le tout pour le tout tant qu’à faire.

Cela signifiait qu’en deux jours et demi je devais recenser toutes les couilles possibles et inimaginables de la semaine en cours sur chacun des projets , et comme le patron adorait les rapports, lui fournir sous tableau excel les points litigieux que j’avais forcément détectés. Autant dire que je faisais bien plus d’heures que celles que j’aurais du faire mais comme il est d’usage lorsqu’on est cadre de ne pas compter son temps, et que je remettais le pied à l’étrier j’acceptais sans broncher la situation. Du moins les premiers mois.

Il m’aura fallu plusieurs semaines pour comprendre d’où venaient la majorité des problèmes. Et c’était évidemment du patron lui-même qui pour se faire mousser auprès de ses plus gros clients, entre la poire et le fromage de ses déjeuners d’affaire promettait monts et merveilles n’ayant absolument aucun sens des impératifs du planning que j’avais mis en place. De temps à autre je recevais un coup de fil et il me disait

-Dites moi que l’on peut caser ça sans trop bousculer le planning.

J’avais beau protester légèrement, il avait déjà raccroché et l’affaire était pour lui déjà conclue.

Du coup je me suis peu à peu rapproché des chefs de projet pour comprendre leurs problématiques, des techniciens et tous au fur et à mesure ont commencer à m’expliquer que mon job ne servait strictement à rien, que de toutes façons tous les problèmes d’organisation ne provenaient que des promesses perpétuelles du patron à ses clients.

Pour sur que ce n’était pas du tout une situation confortable. J’avais été embauché pour savoir d’où venait la fuite et elle venait de la direction elle même.

En même temps le patron m’avait fait des promesses de m’embaucher à plein temps sitôt que la situation serait meilleure donc mon but était vraiment d’apporter des éléments d’amélioration notoire.

Grâce à ma maîtrise d’Excel j’allais chercher dans la profondeur de la mémoire des serveurs, les informations nécessaires à comprendre la perte de temps.

A chaque fois je créais un magnifique tableau dynamique avec des résultat s’affichant en gras. Des résultats qui invariablement me renvoyait vers des soucis de hotline non facturés. Au début j’allais demander à chaque chef de projet de m’expliquer et invariablement on me répondait que c’était suite à la décision du patron d’accorder un bonus à tel ou tel client…

Muni de toutes ces informations je suis allé frappé à la porte de la direction un beau matin.

Là aussi j’ai du faire attention pour être le plus diplomate possible mais l’évidence était là je ne pouvais pas la dissimuler par des faux fuyants. Le mec m’avait embauché pour que je lui mette le nez dans sa propre merde et cela sans le savoir certainement. Un bel exemple de mauvaise foi caractérisée. Et comme il fallait s’y attendre il a botté en touche allant presque jusqu’à suspecter une erreur de ma part dans la présentation des données.

C’était un gars intelligent mais qui ne savait pas dire non à ses clients. Et aussi il avait coutume de régler les problèmes mineurs en les déplaçant toujours à des dates ultérieures. Ce que je lui apportais ce matin là n’était évidemment qu’un de ces problèmes dont la priorité lui échappa. Quant à moi le fait qu’un patron de boite ne sache se remettre en question ne me surprenait pas mais abîmait tout espoir possible en ma carrière à venir . Je savais qu’à partir de là tout allait se mettre à déconner ce qui ne manqua pas d’arriver.

Bientôt les premiers incendies commencèrent à nouveau à se déclarer. C’était un client qui avait été obligé d’interrompre sa production en raison d’un coût de matière première déconnant, ou un taux de TVA à géométrie variable…où encore une erreur dans l’exportation des données. Bref les foyers d’incendie surgirent en plein milieu de l’été qui d’ailleurs fut particulièrement chaud cette année là.

Et enfin je compris que j’allais être le responsable désigné de toutes les avanies .

Je n’ai que très peu résisté, j’avais dit déjà tout ce que j’avais à dire au patron. Les autres employés de la boite m’avait presque pris en affection car ils avaient compris que j’avais compris.

Ce fut à l’heure du déjeuner, dans la première quinzaine de juillet qu’un des développeurs m’a parlé du jeu sur lequel toute l’équipe jouait pour se détendre. Très vite je suis devenu à croc au jeu moi aussi. Et d’ailleurs je crois que mon assiduité à le pratiquer même durant les heures de boulot n’était encore qu’une façon de prendre ma revanche sur l’imbécillité détectée et aussi une sorte de pansement sur cette blessure qui s’ouvrait à nouveau en constatant que mon excès de lucidité à comprendre les problèmes ne me valait jamais rien de bon. M’enfoncer dans le jeu me ramenait à une forme d’idiotie en quelque sorte comme on se recroqueville dans la merde parce que ça tient chaud et qu’on n’ose pas en sortir.

Enfin une fois que toute l’équipe fut certaine que j’étais vraiment à terre. Leur comportement se modifia à nouveau et ce fut l’hallali. Je perdis rapidement le peu de respect que j’avais âprement gagné. On ne me parlait plus que du jeu.

-Alors t’es arrivé à quel niveau ?

Lors de la négociation de mon départ j’exigeais ne pas avoir à faire de préavis. Et ce fut assez facile dans le fond car le patron n’était pas dupe. Nous n’étions dupes ni l’un ni l’autre de ce qui s’était passé. Ce fut réglé en quelques minutes.

Heureusement j’avais prévu le coup depuis déjà plusieurs semaines car j’avais trouvé un autre job comme manutentionnaire l’autre partie de la semaine où je n’étais pas cadre.

Toujours se garder une porte de sortie si mince soit-elle.

Evidemment à l’époque je n’ai jamais rien dit de tout cela à mon épouse.

J’ai continué à jouer à ce putain de jeu durant des années et j’ai atteint le niveau maximum.

A fin je ne tirais plus d’autres satisfaction que de surveiller mon écran une ou deux fois par jour afin d’acheter des matières premières en masse afin de les revendre avec des marges conséquentes quelques jours plus tard. J’avais une véritable fortune dans mes coffres comme une acuité phénoménale du « climat » du jeu. Dans le fond l’idiotie dans laquelle je m’étais plongé pour échapper à la réalité du monde de l’entreprise m’avait conduit à développer des ressources insoupçonnées mais dont je n’avais pas la moindre utilité.

Mon second salaire d’employé manutentionnaire ne permettait pas à mon épouse de retrouver la tranquillité à nouveau perdue. Et lorsqu’elle me voyait agrippé à ce jeu certains soirs elle ne pouvait que constater ma tendance à m’isoler et à m’éloigner d’elle sans vraiment en saisir les raisons.

Ce second job n’était pas une sinécure mais je ne me plaignais pas. Quelque part dans une lointaine banlieue de Lyon les deux patrons, le père et le fils s’étaient installés dans un gigantesque entrepôt. Ils récupéraient les fins de série, les soldes invendues de tout un tas de magasins de la région qu’ils revendaient ensuite par différentes filières.

Mon job était une création de poste, je devais répertorier tous ces produits, les photographier et les placer sur plusieurs plateformes de vente en ligne. Mon boss devait à peine avoir 25 ans, il avait fait une école de commerce et faisait partie de ces jeunes plutôt orienté à droite qui avaient grandement pesé pour l’élection de Sarkozy à l’époque. Mon CV avait du l’impressionner, en tous cas j’avais certainement du faire montre d’une très grande humilité afin qu’il prenne confiance. En même temps j’avais l’age de son père qui était dans le même bureau quelques heures par jour et ça devait le faire bander d’employer un vieux. Il était même assez méprisant sans prendre de pincettes avec cet air de se demander à chaque fois qu’il me regardait ce que j’avais bien pu foutre de ma vie pour arriver dans cette situation à mon age. Étonnamment la promesse était aussi là de m’embaucher à plein temps si la situation à venir le permettait.

C’était reposant en fin de compte. La plupart du temps j’étais seul dans l’entrepôt à gérer mon temps comme bon me semblait je trouvais même toute une quantité d’astuces pour aller plus rapidement, améliorer des processus grâce à ma maîtrise de l’informatique.

Le plus chiant était d’emballer toutes les commandes que je tirais chaque matin. Le soir il me fallait me taper les embouteillages pour aller livrer une bagnole pleine de colis à la poste de Villeurbanne.

Peu à peu le petit jeune a commencé à m’avoir à la bonne car il voyait le pognon rentrer et les marges d’erreurs dans les commandes pratiquement à 0. De temps en temps il essayait de me faire une réflexion sur un point anodin histoire de me rappeler que c’était le boss. Mais je ne prenais pas la mouche, je disais « très bien pas de problème » et tout roulait comme du papier à musique.

Jusqu’à ce jour où mon père eut ses premières alertes. C’est sa femme de ménage qui m’a appelé. J’étais en train d’emballer des panneaux solaires et il commençait à faire froid, nous revenions vers l’hiver et le hangar n’était pas chauffé.

-Votre père est à l’hôpital il faut que vous veniez.

J’ai téléphoné à mon jeune patron pour lui dire que je devais partir en lui expliquant et il m’a dit ok allez y mais faite la livraison du jour dans ce cas.

J’ai fait la livraison comme promis et puis je me suis tapé la route pour Paris dans la foulée. J’avais prévenu mon épouse en chemin.

Le médecin du CHU de Créteil était un maghrébin sympa qui ne prit pas trop de pincettes. Cancer du pancréas on opère. Il y en a pour trois ou quatre jour d’hospitalisation.

Le lendemain matin j’ai téléphoné à mon boss. Désolé j’ai dit mon père est hospitalisé je dois rester sur Paris. Il a dit ok, j’ai bien senti que c’était pas marrant pour lui, il allait revenir à son point de départ et devoir emballer lui même toutes les commandes.

Je suis resté quelques jours pour aller voir mon vieux à l’hosto . Ce colosse de mon enfance était devenu une sorte de gamin geignard et j’avais l’impression d’avoir le poids d’un monde sur le dos.

Pourtant je restais poli et diplomate. Surtout quand il se mettait à chialer en disant c’est le crabe, je suis foutu.

L’opération s’est bien passée à dit le toubib maghrébin, il faut qu’il reste au repos chez lui.

J’ai dis ok et puis j’ai appelé la femme de ménage pour lui demander si elle pouvait rester un peu plus longtemps avec mon père, il fallait que je retourne sur Lyon pour travailler. C’est un nouveau job vous comprenez. Elle a été très sympa. Peut-être un peu trop ai je pensé en revenant en pleine nuit.

J’ai mis les bouchées doubles la semaine suivante pour compenser le retard pris. Le jeune boss a retrouvé un peu de couleurs. Il s’est même fendu d’une question ou deux sur la santé de mon père.

Et puis j’ai reçu un nouveau coup de fil de la femme de ménage,qui avait trouvé mon père évanouit au beau milieu de sa chambre. J’ai dû remonter sur Paris à nouveau.

Alors le jeune boss au téléphone s’est impatienté. Il m’a dit on ne peut pas continuer comme ça.

J’ai répondu entre mon père et votre boulot vous croyez quoi ?

Il a dit ok faites comme vous sentez et son ton était menaçant.

Mon père est décédé le lendemain et j’ai du rester quelques jours encore pour m’occuper d’un tas de choses administratives. Mon jeune boss m’a appelé plusieurs fois durant ces quelques jours et à la fin j’ai dit : bon ok virez moi vous me gonflez.

Ce qu’il a effectivement fait et je dois dire que ça m’arrangeait bien en fin de compte. L’hiver était vraiment là désormais et il faisait un temps de merde avec une température en dessous de 0.

J’avais encore prévu l’hypothèse que quelque soit le job que je pourrais trouver à mi temps celui ci ne suffirait pas à rassurer mon épouse. Aussi j’avais mis de l’ordre dans le garage. j’avais repeint les murs en blanc, installé des lumières, isolé un peu et placé le chauffage.

Enfin j’avais imprimé des prospectus pour aller les distribuer moi même ensuite dans les boites à lettre de la ville où nous habitions en périphérie de Lyon. Nous avions trouvé une grande maison avec jardin et le loyer bien qu’il fut moindre que dans la grande ville commençait à peser méchamment sur notre budget. En fait nous avions de plus en plus de difficultés à boucler les fins de mois il fallait faire entrer de l’argent. Et donc c’est à ce moment là que j’ai eu l’idée d’ouvrir en plus de ce job un cours de peinture.

A la mort de mon père j’avais une petite poignée d’élèves, pas plus de 5 je crois bien mais cela m’avait donné assez d’espoir d’en obtenir plus par la suite. A la perte de ce job ou j’étais resté quelques mois je me suis inscrit à nouveau au chômage et aussi sec j’ai reçu des news de mon interlocuteur de l’Apec.

Mais je n’ai pas donné suite. A ce moment là je me suis dit que ce n’était pas la peine de faire plus d’efforts que ceux que j’avais déjà effectué. J’en avais marre d’être toujours le con de l’histoire c’était devenu gros comme un maison que j’allais passer le reste de ma vie en tant que victime perpétuelle si je n’agissais pas immédiatement.

Mon épouse a un peu fait la gueule évidemment ça sortait des clous de ce qu’elle avait imaginé.Mais nous n’en étions plus à ça près j’ai dit laisse moi au moins essayer.

Petit à petit les difficultés se sont aplanies grâce à l’héritage que nous avons touché de mon père. Nous avons tout de suite pensé qu’il fallait s’éloigner de Lyon pour trouver une maison dont le prix entrerait dans notre budget et nous avons investi la totalité de l’argent en réglant aussi toutes nos dettes.

J’ai encore une fois tout recommencé , une année à effectuer les travaux pour rendre la maison habitable, puis je me suis attelé à l’atelier, une dépendance de l’autre coté de la cour qui était autrefois une partie d’une ancienne scierie. J’ai tout fait de mes propres mains pour ne pas dépenser trop d’argent. Des heures et des heures à regarder des tutos sur internet pour savoir poser une prise électrique, poser du placoplatre, refaire un plancher…

Et puis j’ai conservé les quelques élèves que j’avais trouvés et je me rendais trois fois la semaine à Lyon dans un local que je louais pour les accueillir. Le nombre avait pas mal grossit puisque il s’élevait désormais à 30.

Enfin quand mon atelier fut fin près dans la nouvelle maison, j’ai décidé d’arrêter de faire tous ces trajets, de stopper la location du local qui me coûtait des sommes importantes en charge fixes et en heures passées au volant de ma voiture.

J’ai retrouvé de nouveaux élèves dans la région. Ils sont de plus en nombreux chaque année. Et puis il y a eut cette pandémie soudaine qui a tout stoppé.

Depuis je suis dans une sorte d’hébétude, l’atelier est vide, je n’y mets guère les pieds j’essaie de trouver la raison de tous ces incendies que j’ai du traverser et pourquoi je n’ai pas cramé ce faisant ?

Je n’en sais rien, rien du tout peut-être que finalement cette pandémie aura eut l’avantage de me conduire à explorer des zones de ma vie que j’avais mises de coté. Peut-être qu’en revisitant tout cela je modifierais cette image de perpétuel gros con que je trimbale depuis des années.

A moins que ce ne soit la fin du voyage définitivement, que je m’écroule en lâchant prise totalement en perdant tout une fois de plus.

On dit que le feu purifie tout ce n’est pas faux j’ai parfois l’impression qu’une grande partie de ce que j’ai cru être à différents moments de ma vie est partie en cendres en traversant tous ces incendies. Je ne sais pas si c’est bon ou mauvais, et s’il convient d’en avoir des regrets ou de l’amertume.

Peut-être comme j’ai l’habitude de le faire ai je déjà prévu un après.

Peut-être qu’écrire des récits de fiction comme celui ci fait déjà partie de cet après.

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