D’une résistance à l’autre

Je résiste à la façon des saxicoles. Il me faut très peu de prise pour assurer ma survie, à l’heure, à la journée, parfois à la semaine, ça ne va généralement pas plus loin. L’essentiel est d’avoir une toute petite idée de rien du tout. Et la développer dans une infinité de sens, comme autant de radicelles, de radicules. Durant cette période je ne suis que cette idée. Parfois cette idée est bonne, bénéfique à l’espèce toute entière, d’autre fois elle est toxique, d’abord pour moi-même, elle m’empoisonne copieusement l’existence jusqu’à ce que j’arrive à bout de souffle, à bout de lumière, à bout d’eau à bout de tout et que finalement vaincu par celle ci je la délaisse pour placer mes ventouses un peu plus loin sur la paroi. A bien regarder ces deux types d’idées ne sont séparées que par une notion de résistance. Résistance à la tristesse, résistance à la joie de vivre. Résistance à la vie qui s’écoule sans relâche vers la mort.

Les deux sont liées étroitement, farouchement et la notion d’art lorsque soudain je me lance sur une toile, sur une page n’est que la matérialisation de cette résistance à l’inéluctable.

Ce n’est pas spectaculaire. Ce ne peut être qu’une grattement, quelque touches quelques frottements, quelques caresses quelques mots seulement alignés cote à cote dans une fulgurance libératrice qui se brise à la rencontre des cadres. Cadre de la toile, marge de la feuille.

Avant je voulais du spectaculaire, du magistral, mais c’était de l’esbroufe, c’était pour brouiller les pistes, me les brouiller à moi même en premier lieu. Maintenant l’art et la vie se confondent dans une sorte de simplicité minimaliste. Et je ne sais plus faire la différence, c’est exactement cela. A force d’entrainement à la résistance celle ci se sera étendue comme l’ampélopsis du mur de la cour, elle est devenue ce mur qui dissimule le mur.

Peut-être est ce cet entrainement qui fait passer d’une résistance à l’autre, l’age et l’expérience, et surtout une amitié avec l’inertie qui, à force d’être sanctifiée par tous les sacrifices, par l’essence même de tout ce qui peut être cher ou précieux pour le commun est devenue cette mine d’or inépuisable.

Je ne bouge pas. Et en même temps quelque chose s’agite. Mais c’est seulement en raison de ma propre immobilité sinon rien.

Je suis une pierre une roche et en même temps la plante qui vit sur celle ci, l’éphémère accepté sur l’éternité acceptée.

Et l’esprit navigue dans cette inertie provoquée par le contact de ces deux forces qui se nouent et dénouent sans arrêt.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :