La substantifique moelle.

François Rabelais le tourangeaux de la Renaissance qui vivait du coté de Chinon, évoque une belle Lapalissade, même si celle-ci est anachronique.

Tu comprendras qu’il est nécessaire de rompre l’os pour en tirer la substantifique moelle.

Le premier chien comprend ça d’instinct.

Ce qui n’est absolument pas le cas de l’être humain qui va lécher, ronger l’os sans jamais le briser. Et c’est par peur, la plupart du temps, de n’avoir plus rien à se mettre sous la dent les jours à venir.

La raison est que le chien vit dans le moment présent, qu’il se fie à son instinct alors que nous autres tirons encore des plans sur la comète alors même lorsque celle ci menace de tous nous écrabouiller d’un coup.

Il est bien possible qu’une certaine forme de procrastination vienne de cette peur de manquer.

Le fait de toujours reporter au lendemain ce que l’on a peur de faire le jour même nous offre la perspective d’un jamais qui sans doute nous rassure sur le fait de ne « jamais » atteindre au but.

Ce dont nous ne voulons pas manquer surtout c’est du désir de faire quelque chose sachant plus ou moins consciemment qu’une fois cette chose achevée elle sera remplacée par une autre, que nous avons mis les doigts dés le début dans un engrenage que nous tentons de ralentir voir de stopper.

Cette résistance à la satisfaction rapide pourrait s’apparenter à un mécanisme de sevrage, d’auto sevrage si je puis dire.

Peut-être en raison d’un sevrage mal digéré d’ailleurs, cet ailleurs se situant dans l’enfance.

Nous avons tous appris qu’il était bon d’attendre pour obtenir quelque chose. Que ce soit une sucrerie, un geste de reconnaissance qui prenait de la valeur de par sa rareté. Nous attendions un événement particulier, une date anniversaire pour recevoir ce cadeau tant attendu, où encore les fameuses « étrennes ».

Cependant il arrivait que cette patience, si au mieux nous la maintenions avec l’aide de la famille, où au pire que nous la perdions en cours de chemin, n’apportait pas à son terme la récompense tellement espérée. On se retrouvait déçu parce qu’on avait espéré.

Dans l’univers de l’entreprise, ce mécanisme d’attente et d’obtention d’un hypothétique fruit de la patience n’a plus aucun sens désormais.

On ne peut plus guère gouverner sérieusement avec ça non plus.

Laisser espérer un peuple, le laisser patienter en vue d’un lendemain qui chante, je ne sais pas qui serait assez benêt pour y croire encore.

Ce qui est dingue c’est que nous sommes parvenus à un point où nous faisons semblant de croire à nos propres mensonges ou aux mensonges de ceux qui nous dirigent.

On y croit par facilité, par habitude, par lassitude. Tout comme nous croyons finalement que lécher ou ronger nos os finira par nous remplir le ventre, le cœur et la tête.

Et surtout quand plus rien ne fonctionne, quand tout déraille ça nous pose en victime magistrale et on peut alors beugler, râler, vociférer si possible en groupe.

Mais ce n’est pas ainsi que les choses fonctionnent dans la vraie vie. Je veux dire celle qui se situe au delà de ta cervelle et de tes pensées qui ne cessent de tourner en boucle et qui te rendent excentrique au sens premier du terme « qui tourne autour d’un axe taré ».

Il faut rompre l’os afin d’en extraire la substantifique moelle comme il est nécessaire d’échauffer le membre, le pénis, le gland, les testicules mais aussi la cervelle et accessoirement le cœur et tous ses vaisseaux afin que la semence finisse par jaillir à l’extérieur du corps.

Autant dire qu’il faille à un moment donné faire un peu d’effort même pour atteindre au plaisir, au coït à l’orgasme ou tout bonnement au plaisir de vivre.

Car cette culpabilité qui s’associe presque toujours au fait de reporter les choses au lendemain ne fait-elle pas aussi partie de cet os à briser, à réduire en poudre pour enfin tirer tout le sel des choses de ce monde.

Dans le fond une fois ce bel os écrabouillé c’est le désir qui surgit débarrassé de tout objet qui te saluera bien bas comme d’égal à égal enfin.

Et à cet instant tous les patrons, les gouvernements de la terre et certainement de tout l’univers t’aurons perdu à jamais.

Se faire un ami de son désir, et sourire de tout avec lui il doit y avoir là dedans un vieux secret d’alchimiste. Hélas plus personne ne se risque désormais à la lecture de François Rabelais. Il parle une langue qui n’existe plus pour la plupart d’entre nous, et puis de toutes façons c’est bien trop long à lire.

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