Nora fait le ménage.

Elle souleva le bouchon de l’évier et l’eau commença à s’enfuir par l’évacuation en provoquant un léger tourbillon au début qui s’accéléra de plus en plus au fur et à mesure que le niveau baissait. C’est alors que Nora se mit à penser à sa relation avec Joe sans savoir pourquoi cette pensée- qu’ils arrivaient au bout de celle-ci- surgissait tout à coup.

Pourtant tout allait pour le mieux. Ce n’était pas tant une pensée logique qu’un pressentiment. Quelque chose dont l’apparence était si vague qu’elle dissolvait toute logique justement.

Joe était ce bel homme sur de lui qui devait la rassurer. Il avait un travail et ils ne manquaient ni d’argent ni de projets. Cependant cela devint comme une certitude soudaine, un éblouissement à l’envers, elle n’était pas heureuse.

Durant quelques instants en nettoyant l’évier avec le coté doux de l’éponge à vaisselle, elle tenta de lutter contre quelque chose d’inéluctable, en pesant le pour et le contre. Mais elle su qu’il était trop tard, le sentiment d’échec s’était déjà insinué au plus profond d’elle et elle retourna l’éponge pour utiliser le coté rugueux tout en insistant sur une protubérance graisseuse qui résistait sur la paroi de bakélite.

Durant quelques instants elle se sentit perdue. Elle hésitait entre allumer la télévision au salon et ouvrir la porte du réfrigérateur pour aller prendre la bouteille de Chardonnay qu’ils avaient entamée la veille. Et immédiatement la pensée lui vint qu’elle pouvait se permettre de faire les deux sans savoir vraiment dans quel ordre elle allait opérer.

Elle posa donc l’éponge et mécaniquement elle se vit remplir son verre puis se rendre au salon avec. Elle s’allongea sur le canapé et son pouce pesa sur le bouton « on » de la télécommande.

L’écran s’illumina et les voix joyeuses des présentateurs d’une émission de télé achat envahirent la pièce chassant presque aussitôt ses pensées moroses. L’objet dont on s’acharnait à vanter les qualités pratiquement illimitées était un énorme robot ménager et Nora fut soudain aspirée par le désir irrépressible de l’acquérir.

Ce qui était absurde car elle possédait déjà un robot de ce type. Les enfants lui en avaient fait présent le Noel dernier et elle ne l’avait que très peu utilisé lorsqu’elle effectua le bilan entre le plaisir et l’utilité du cadeau qu’ils lui avaient fait comme pour refréner autant qu’elle le pouvait son désir d’achat.

Mais il y avait quelque chose de tellement rassurant, d’apaisant dans la relation du couple qui ventait les vertus de l’objet… c’était comme un monde magnifique qui se tenait juste là, tout près d’elle, de l’autre côté de l’écran et auquel elle aurait tant aimé appartenir.

Comme cette relation avec Joe qui avait débuté depuis un an et dont elle constatait inconsciemment un lien bizarre avec cette émission. N’avait t’elle pas désiré cette relation comme on désire un robot ménager juste en raison des rêves que distillent les argumentaires de vente ? Elle alla chercher la bouteille et se remplit un nouveau verre, puis elle changea de chaîne pour rejoindre une émission de télé réalité dans laquelle des jeunes gens aux corps somptueux s’exprimaient dans un langage des plus vulgaires ce qui la captiva jusqu’à la fin, puis elle s’endormit assommée par le vin blanc.

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