Une étrange forme de justesse.

La plupart des personnes ne peuvent accepter de se retrouver seuls face à un deuil. Le plus souvent elles vont chercher une aide extérieure qui les aidera à s’extraire de la pétrification dans laquelle la perte nous installe. C’est une réaction normale de survie.

Cette idée ne vient pas tout de suite. D’abord il y a des étapes à franchir.

En premier lieu il y a tout d’abord à visiter ce sentiment de profonde tristesse qui nous coupe du monde et de notre vie d’avant.

Puis vient le désintérêt pour le monde environnant qui se transforme parfois en repli sur soi, et cette période peut être plus ou moins longue.

On abandonne toutes les activités habituelles car elles semblent dérisoires, voire même trahir la mémoire de l’objet de notre perte. On ne pense qu’à cela et tout le reste autour n’a plus de réelle importance, plus aucune solidité.

Quand aux sentiments, ils sont mis à l’écart sauf la tristesse, on ne peut pas remplacer un sentiment par un autre à ce moment là, cela semble impossible de s’investir dans une nouvelle affection. On pense qu’elle sera toujours au dessous de celle dont nous tentons de faire le deuil.

Pour faire face au deuil, un vrai travail sur soi commence alors à condition qu’on désire vraiment en finir avec la tristesse.

Cela commence par l’acceptation de la perte

Parvenir à exprimer la souffrance provoquée par la perte

Changer de décor pour ne pas se retrouver confronté encore à la présence de l’être absent.

On peut déplacer les meubles, repeindre les murs, ou bien déménager carrément pour trouver un nouveau lieu de vie.

Effectuer un retrait affectif et réinvestir de nouvelles personnes est sans doute une des choses les plus difficiles à réaliser. On a l’impression de voir mourir une seconde fois la personne au début.

Donc pour résumer ces étapes seraient :

  • Le déni et l’incompréhension
  • La phase de colère, d’agitation
  • La phase de dépression et de désespoir
  • la phase de reconstruction et d’acceptation

Evidemment nous ne sommes pas tous égaux devant une telle situation et les réactions seront différentes selon les individus, mais le schéma reste toujours à peu près le même.

Je n’irais pas jusqu’à dire que traverser un deuil est une chance extraordinaire, mais il faut reconnaître tout de même la valeur transformatrice d’un tel événement. Car dans le fond lorsque cela nous arrive nous sommes dans une sorte de confusion vis à vis de l’objet véritable de cette perte.

Est ce une perte personnelle, cet attachement que nous avions envers l’autre et dont nous devrons faire le deuil comme d’une partie importante parfois de notre vie ?

Est ce vraiment du chagrin qui provient de l’autre seul, qu’on ne reverra jamais ?

C’est ce mélange dans lequel le choc psychique provoqué par la perte nous installe.

Imaginons cependant quelqu’un qui ne se remet jamais de tous les deuils traversés et qui posséderait en même temps cette conscience et cette mémoire de tous les disparus , et de tous ces « lui-mêmes » qu’il trimbale depuis des années, comment pourrait il s’en sortir ?

Peut-être qu’il n’a pas envie de s’en sortir tout bonnement. Peut-être possède t’il une forme de justice et de justesse et qu’il ne cède pas à la superficialité, à la légèreté que nécessite la survie véritable à tout deuil.

Peut-être que ça lui sert à quelque chose égoïstement, une forme d’acceptation étrange de ne pas changer de carte en cours de chemin. Quitte à posséder une très mauvaise main.

Cette main qui en règle générale tient le stylo pour écrire ou le pinceau pour peindre.

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