La fin de l’empereur

L’empereur se réveille seul désormais. L’impératrice est partie comme s’en vont les rêves avec ce je ne sais quoi qui rend évident l’oubli. Il est vieux et paisible, sa vigueur d’autrefois si encombrante ne le dérange plus. Il passe le plus clair de son temps devant l’océan, assis sur un rocher, toujours le même comme quelqu’un qui a enfin accepté sa place dans le monde.

Autrefois l’empereur fut insatiable, cruel et sanguinaire. Il ne se souvient plus du nombre exact de ses crimes et c’est ainsi qu’il passe le plus clair de son temps. Il tente de remonter le fil de ses exactions en les numérotant mentalement. Chaque matin lui offre l’espoir d’un compte rond qui se transforme en déception le soir venu.

Il se dit que de savoir enfin l’étendue de ses méfaits lui apporterait l’illusion d’un commencement d’une frontière au delà de laquelle s’étendrait la sérénité. Or cela fait des jours et des jours qu’il s’est attaqué à cette tache titanesque et toujours rien. Il n’en voit pas le bout. A chaque fois il ne peut s’empêcher de s’attarder sur le souvenir d’une gorge tranchée, comme hypnotisé par la précision de la plaie et à partir de là il repense au couteau, au manche si joliment décoré de l’arme qu’il a égaré depuis quelque part, Dieu seul sait où.

Et c’est ainsi chaque matin, chaque jour qu’il s’égare dans les détails de ses forfaits comme on s’égare dans la vanité de ses victoires.

Il ne voit plus personne depuis des jours. Son peuple l’a quitté lui aussi suivant un autre empereur plus jeune qui aura su renouveler la peur et l’espérance. Ainsi sans doute va l’ordre des choses dans ce monde. Un clou chasse l’autre et la planche demeure jusqu’à ce qu’elle fatigue, et se délite et finisse par disparaître.

L’empereur cependant ne se désespère pas.Il sait que ça ne sert à rien. Il continue à chercher la frontière patiemment en homme d’expérience qui se fie à l’intuition désormais.

L’enfant arriva par l’est, au début ce n’était qu’un tout petit point à l’horizon et lorsqu’il arriva devant l’empereur celui ci avait déjà eut le temps d’imaginer tout un tas de raisons à sa venue.

Le hasard n’existe pas. L’empereur le sait, toutes les actions prennent leur origines dans une volonté qui dépasse tout le monde y comprit les empereurs.

L’enfant ne sait pas qui est l’empereur. Il avance tranquillement et a le regard clair. Parvenu enfin devant lui il ne s’agenouille pas, ne baisse pas les yeux. L’empereur en est chagrin quelques instants et sens qu’une vieille rage tapie au fond de lui tente de l’agiter à nouveau. Mais il ne dit rien, il ne bouge pas il reste immobile et muet devant le gamin.

-Qui es tu demande ? l’enfant

-Je suis l’empereur réponds tranquillement l’empereur.

-L’empereur de quoi ? je ne vois personne autour de toi reprend l’enfant.

-Je ne sais plus dit l’empereur, j’ai pris l’habitude de m’appeler ainsi.

Ah dit l’enfant et tu crois que l’on peut changer d’habitude facilement ?

-Je ne le crois pas dit l’empereur, l’habitude est ce qui fait qu’on se rappelle ce qu’on est.

-Je n’ai pas d’habitude et pourtant je suis là devant toi je suis un enfant réplique l’enfant.

Alors l’empereur observa plus attentivement le regard de l’enfant. Ce regard était à la fois clair et profond comme l’océan. Et aussi il avait en même temps quelque chose de familier et d’étrange.

Il se regardèrent ainsi encore un peu puis l’empereur s’affaissa sur lui même. La dernière chose qu’il vit avant de mourir fut cet enfant qui s’en allait vers l’ouest et ses pensées s’unirent enfin pour l’accompagner en exhalant son dernier souffle.

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