Femme clown au bord de la route.

La nuit je rêve que je conduis encore mon Kangoo sur les routes départementales qui relient l’Isère à la Drome. La vitre est baissée, je peux sentir l’air chaud qui caresse mon bras nu, l’autoradio diffuse un air des Cranberries en sourdine et là presque à chaque fois, à ce virage j’aperçois la femme clown qui fait du stop.

La première fois je ne me suis pas arrêté. C’était trop bizarre. Elle a une façon de monter depuis le champ sur le talus en découvrant une jambe qu’elle place en avant puis elle tourne la tête dans ma direction, on dirait qu’elle m’attend depuis un bon moment, qu’elle n’est là que pour moi.

C’est la seconde fois où j’ai fait ce rêve que je me suis dit merde une femme clown pourquoi ne pas s’arrêter ? et là j’ai freiné d’un coup sec quelques mètres à peine après l’avoir dépassée. Dans le rétro je l’ai vue avancer en sautillant et en réajustant son nez rouge puis elle a ouvert la portière et elle a levé le pouce en me voyant, genre bravo mon pote t’as fait le bon choix de t’arrêter.

Quand je l’ai regardée monter je me suis senti tout de suite mal à l’aise parce qu’elle avait relevé son drôle de manteau – avec la chaleur qu’il fait c’est totalement incongru ce genre de vêtement je me suis dit, et puis j’ai aperçu ses longues jambes, magnifiques mais elle à hoché la tête et elle a dit regarde donc la route bonhomme et je me suis senti penaud. Les doigts dans le pot de confiture si tu veux.

On ne parle pas. Les cranberries chantent « Zombies » et je continue de rouler comme ça avec la femme clown à mes cotés sur la route qui va vers Saint Donat. Enfin je crois qu’elle va à Saint Donat. Mais comme je n’y arrive jamais, je me réveille avant j’ai un doute.

C’est quand j’ai ce doute que la femme clown fouille dans ses grandes poches et en sort un dentier avec de longues canines elle l’installe dans sa bouche et baisse le pare soleil pour se regarder dans le petit miroir. et la je la vois rigoler avec ses longues dents de vampire.

Du coup un frisson me parcoure l’échine, je glisse un regard vers ses jambes à nouveau histoire de retrouver un peu de terre ferme…

Regarde ta route dit elle comme si elle avait la bouche pleine de crumble.

C’est là qu’on rit tout les deux, exactement à ce moment là parce que c’est parfaitement ridicule d’essayer de dire quoique ce soit avec du crumble plein la bouche.

Le temps s’accélère aux alentours de l’orée d’un petit bois les paysages défilent de plus en plus vite de chaque coté du Kangoo… impression d’atteindre une vitesse supralumineuse soudain.

Alors à ce moment là elle se tourne vers moi et elle me dit

-T’as encore l’étiquette de Louis le quatorzième accrochée sous le nez !

Des trucs comme ça ne s’invente pas !

Du coup ça me fait sourire et je regarde son visage un peu plus attentivement

La fronde ça me connait bien. Elle est belle sous son maquillage et son nez de clown, pas de doute là dessus. Ses yeux noirs sont humides toujours au bord de rire ou de pleurer je ne sais pas.

Cette nuit elle avait un coussin péteur à la main quand je l’ai croisée. Evidemment je me suis encore arrêté, elle a posé le coussin péteur sur le siège passager et elle s’est assise dessus en exagérant un peu puis elle a haussé les épaules. J’ai explosé de rire bien sur puis j’ai monté le volume de l’autoradio pour que les Cranberries nous accompagnent bravement jusqu’à ce moment fatidique où nous séparons parce que je me réveille.

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