Cet obscur sentiment de la dette.

Nous ne vivons plus que sous le règne de l’ardoise. Celle qu’on n’efface jamais et où les les additions se multiplient à l’infini. C’est une façon de conserver ses habitués dans les bistrots que Robert connait bien. On place la dette comme lieu commun. Désormais ce sont les états qui se seront transformés en estaminets. Les patrons grossissent à vue d’œil grâce à la perfusion permanente que représente le crédit.

Effaceront nous un jour cette ardoise ? Robert y réfléchit depuis plusieurs jours. Il a prêté 500 euros à un ami et depuis il ne le voit plus. La dette provoque ces choses là aussi. Cette gène qui finit par tout détruire chez les petites gens.

Il se demande où placer l’important. Est ce qu’il doit se fâcher avec cet ami le menacer pour récupérer son fric ? Ou bien laisser tomber, ne pas se prendre la tête. Au bout du compte que perdrait il vraiment ? S’il fait preuve de magnanimité en disant simplement à cet ami laisse tomber oublie, il passerait pour un orgueilleux, un con. Personne ne fait jamais ça. Au contraire il faut hurler, exiger, menacer question de dignité.

Celui qui prête est finalement embarqué dans le même bateau que celui qui doit se dit-il en commandant un nouveau demi. Et aussitôt il sort son porte monnaie de sa poche, l’ouvre et s’apprête à payer. Et si finalement, il faisait comme tout le monde, s’il demandait au patron de « mettre ça sur son compte ».

Et c’est à ce moment là qu’il aperçoit la petite pancarte. « Si tu veux conserver tes amis, ne leur fait pas crédit ».

Ce n’est pas qu’il ait envie d’être ami avec le patron de ce bar. Robert s’en fiche. D’ailleurs il est en train de se demander encore si vraiment le type à qui il a prêté son pognon est un ami, où s’il ne s’est pas laissé entourloupé par l’air du temps, tout simplement, cet air du temps qui impose aux plus modestes d’être bons et gentils et tout s’arrangera. cet air du temps qui ne cesse de parler d’amour et de bienveillance et que tout ou à peu près contredit.

Il y a quelque chose en lien avec la dignité que l’on tient coûte que coûte à conserver. Comme jadis l’honneur. Mais si l’honneur s’est affadi en dignité que va t’il encore se passer dans les années à venir quand la dignité se sera transformée encore en autre chose …Quand les gens seront revenus des mots d’ordre affectifs qu’on leur assène comme une fille des rues se maquille pour tromper les couillons.

D’ailleurs n’est ce pas le cas aujourd’hui peut-être est il déjà trop tard se dit-il encore avant de laisser son argent sur le zinc et sortir dans la rue.

Une pluie fine tombe, il remonte le col de sa veste et sans se presser regarde les gens s’agiter en courant autour de lui. Ils cherchent un abri. C’est peut-être aussi ce réflexe dont il a prit conscience depuis longtemps de ne plus courir lorsqu’il pleut dont Robert se sent soudain fier. Prêter de l’argent ça peut être lié à ça aussi, c’est courir vers un abri d’apparente bienveillance quand il commence à faire mauvais dans une relation. On se dit tiens donc prends ça et fiche moi donc la paix. Et on se barre ensuite dans une jolie idée de soi qu’on va regretter tôt ou tard.

C’est cela le temps de la dette générale. Une lente corrosion de l’intérieur et de l’extérieur dans les relations et dans des débats sans fin.

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