La fatigue du clinquant

Antoine ce matin décide de faire un « flash ». Il achète des cigarettes pour la semaine au tabac du coin repris par ses deux jeunes fort sympathiques. Ce matin sans savoir pourquoi il se dit qu’il peut tenter sa chance au loto. Dans le fond il s’en fiche éperdument de gagner ou de perdre, n’est ce pas dans ces moments là précisément que l’on peut vraiment jouer se dit-il.

Et, en même temps il sait déjà qu’il vient à nouveau de tricher. Au moment même où le jeune type lui tend la monnaie et son reçu il sait que c’est foutu, irrémédiablement. Dans le fond il en est toujours là à tester des putains de martingales à la con.

Alors il hausse les épaules empoche le reçu et la ferraille et ressort dans la rue.

C’est le petit matin, nous sommes en juin, et sans doute que la déception envers lui-même ne sert qu’à cela, comme un petit coup de fouet sur la croupe d’un cheval pour l’entraîner de passer du pas au trot..Rien de plus. Et profiter de cet instant enfin comme d’un baume.

Ne faut il pas une douleur avant tout baume ?

Cela fait des jours qu’il est obsédé par des images de banquises qui s’enfoncent dans la mer bleue brune. Il se réveille ainsi avec ces scories d’iceberg gigantesques s’enfonçant lentement sous les eaux des pôles. Tout comme ses dernières illusions sur lui-même s’enfoncent irrémédiablement sous la surface des choses. Un monde et lui en totale déliquescence, synchro pour une fois.

En rentrant chez lui par cette petite rue en sens unique il est absorbé par la pensée d’une fin du monde imminente. La BMW arrive à fond moteur vrombissant et freine devant lui.

Un jeune type baisse la vitre et l’insulte dans une bouffée de musique de rappe. Antoine lui fait un doigt d’honneur, le gars lui répond enculé de ta mère et menace de sortir de son véhicule.

Alors Antoine déboucle sa ceinture, baisse son pantalon puis son slip et pisse sur le capot de la bagnole rutilante sous les yeux ébahi du jeune type qui reste sans voix.

Dans la rue on entend le bruit d’une source qui s’écoule et se mêle à la répétition labiale étouffée désormais de Kanye West. Le jeune type a refermé la vitre de son véhicule et attend patiemment de pouvoir embrayer.

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