Les dés pipés

Il n’y avait aucune chance pour que cela fonctionne. Il n’aurait pas su dire exactement pourquoi. C’était de l’ordre de l’intuition rien de plus, mais comme son désœuvrement avait atteint à son paroxysme ces derniers temps, lorsqu’elle lui offrit ses lèvres en guise de provocation il ne se posa même pas la question de savoir s’il en avait vraiment envie.

Pour lui c’était sans doute une façon parmi tant d’autre de tromper l’ennui, où de s’extraire d’une version de lui-même devenue trop fatigante.

Quand il la sentit fondre, s’abandonner dans leur étreinte, il fut déçu. Il aurait préféré qu’elle le repousse soudain en éclatant d’un rire sonore.

Un pub pour soda surgit tandis que leurs langues s’effleuraient , un diable sortit d’une boite très vite devant lui avec quelque chose de terrifiant sous le message affiché. « What did you expect ? » qu’est ce que vous attendiez?

En fait le plus terrible était sans doute qu’il ne s’attende à rien véritablement.

Il se perdit dans son propre jeu en s’inventant des buts, des objectifs à atteindre et peu à peu commença à oublier qui il était vraiment. Que le mouvement général des choses l’emporte vers la rédemption ou le mensonge n’avait pas de réelle importance. Seule la distraction importait, il en était conscient et s’en sentait coupable depuis toujours.

Cette distraction finalement ne l’avait il pas aiguisée comme une arme. A bien y réfléchir c’était le seul héritage vraiment tangible qu’il avait pu accepter totalement et dont il avait finit par gérer les intérêts le plus consciencieusement du monde.

L’idée d’être un salaud resurgit elle aussi par simple réflexe. Mais il n’eut pas envie de s’y attarder cette fois. Alors peu à peu il commença à construire un nouveau mensonge en se hâtant d’y croire lui-même afin d’épouser toute l’impeccabilité que produisait sur lui le fantasme de la sincérité.

Le soir lorsqu’elle repartit et qu’il se retrouva seul il se souvint de l’origine de l’expression « piper les dés ». A l’origine celle-ci provenait de la chasse. On attirait les oiseaux sur des branches engluées avec des sortes de pipeaux. Cela le fit sourire tristement. Il tenta de reprendre le fil de la lecture d’un livre de Mac Orlan qu’il ne parvenait pas à achever, puis reposa encore une fois l’ouvrage à la tête du lit. Enfin il s’endormit profondément dans un sommeil sans rêve.

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