Une idée de génie

Judith déjeune encore seule et ça l’agace. Egmond ne descend plus. Il reste vissé sur son fauteuil là haut à l’étage. Depuis quelques semaines, des mois peut-être il s’est mis en tête de devenir écrivain. Il se lève aux aurores et tape comme un forcené sur le clavier de son ordinateur.

Judith au début l’appelait pour qu’ils passent ce petit moment privilégié ensemble, en vain. Elle l’appelle encore plusieurs fois mais désormais c’est une sorte d’habitude entre eux qui s’est installée, Egmond tarde à descendre. Elle a du mal à en prendre son parti, car boire son café du matin seule la rend triste.

C’est en se rendant dans cette brocante, seule encore une fois, qu’elle aperçoit le fauteuil et que lui vient l’idée. Egmond utilise un vieux fauteuil Voltaire défoncé et se plaint souvent du mal de dos.

-Combien pour le fauteuil s’il vous plait ?

-5 euros !

Une idée à bas prix en plus se dit Judith. Et elle emporte le fauteuil, le place dans le coffre de la voiture et revient à la maison. Egmond est toujours là haut en train d’écrire.

-Egmond j’ai une surprise pour toi

Pas de réponse sauf le bruit du clavier qui lui parvient de loin.

-Egmond tu peux descendre s’il te plait crie t’elle

Egmond a du surprendre quelque chose dans ce cri, elle entend les pieds du fauteuil là haut qui glisse vers l’arrière, et le pas de son homme qui descend lentement l’escalier.

Je t’ai trouvé un nouveau fauteuil en meilleur état que le tien dit elle en lui montrant un fauteuil moderne recouvert d’un tissu bleu turquoise.

Egmond regarde l’objet et en profite pour se servir une tasse de café sans rien dire.

-Je n’avais pas besoin d’un nouveau fauteuil lâche t’il soudain. J’aime bien le mien.

-Il est pourri ton fauteuil tu t’abimes le dos avec tu t’en rends compte j’espère ?

Silence d’Egmond.

Judith a décidé de ne pas s’énerver. Dans son enthousiasme elle n’a pas prévu cet objection. En même temps elle sait qu’à ce moment là il ne faut plus rien ajouter laisser l’information monter lentement au cerveau de son mari.

C’est vers 16h après la sieste qu’Egmond a examiné le nouveau siège d’un peu plus près et qu’il l’a monté à l’étage. Judith n’a rien dit du tout. Elle somnole devant une série et écoute le bruit des meubles qu’il est en train de déplacer. Puis le silence s’installe. Elle se dit qu’elle va à nouveau entendre le bruit du tapotement sur le clavier. Mais non rien.

Depuis plusieurs jours Egmond n’écrit plus. Désormais il descend lorsque Judith l’appelle et quand elle le voit arriver au bas de l’escalier elle est heureuse elle l’a retrouvé. Ils peuvent reprendre comme avant leurs discussions du matin. Lorsqu’elle y pense elle se dit qu’elle a vraiment eut une idée de génie pour le fauteuil. Ce n’était pas intentionnel vraiment tente t’elle de se convaincre en souriant.

-J’ai envie d’aller faire de l’escalade dit Egmond soudain à la fin du petit déjeuner.

Et depuis chaque matin, il part de très bonne heure pour rejoindre le massif montagneux à 50 km de chez eux avec une bande de jeunes gens qu’il a rencontré dans des forums sur le Web.

-Pour une idée se dit Judith c’était vraiment une idée de génie. Et elle allume le poste de radio qui l’accompagne désormais pendant qu’elle prend son petit déjeuner.

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