Les idées sont dans l’air du temps.

On a beau se remettre au boulot tous les jours, conserver ou entretenir en soi une espèce de conviction d’avoir un truc important à exprimer, la vérité vraie est parfois brutale. Ça ne sert à rien de s’accrocher à la moindre idée d’originalité trop longtemps.

Je pense à cela ce matin en refermant le bouquin de Timothy Ferriss « la semaine de 4 heures » et en reprenant « Ecriture » de Stephen King. C’est banal comme constat mais tout ce que je croyais original, personnel, d’autres en parlent depuis un bon bout de temps. Ce qui m’amène encore une fois à ce constat : toutes les idées sont dans l’air du temps et si on pense être l’auteur d’une seule, on se goure tant qu’on n’a pas lu ou écouté tout ce qui s’est dit sur cette idée depuis que l’être humain sait écrire.

Ce genre de constat matinal oblige à la modestie et si l’on veut se torturer encore un peu plus, à l’humilité.

Ça ne sert à rien de s’accrocher trop longtemps, mais suffisamment tout de même pour faire le tour de cette idée. Une fois que l’on se rend vraiment compte que l’on est quelqu’un d’aussi banal que tout le monde cela offre deux pistes de réflexion: Soit on se déprime soit on est soulagé une bonne fois pour toutes .Pas besoin de demander ce qu’est alors le meilleur choix à faire n’est ce pas ?

Je suis soulagé d’être comme tout le monde. De m’être fait avoir comme tout le monde. Maintenant si je m’intéresse à ce qu’est « tout le monde » je m’aperçois que c’est aussi une belle idée toute faite. Tout le monde n’est ce pas cette entité vague dans laquelle on fourre tout ce qui nous gène et que l’on a du mal à voir en face ? Encore une truc qui sert à se distinguer, de n’être pas justement comme ce qu’on imagine être « tout le monde ».

Faire fi de toute notion d’originalité et se foutre carrément d’être ou pas comme tout le monde voilà des pistes encore pour aborder cette soixantaine dans le bon état d’esprit.

Dans le fond ce poids que l’on trimbale depuis des lustres sur les épaules-cette idée folle d’avoir un truc vraiment important à dire au monde- n’est ce pas comme cette putain de petite pièce que l’on doit refiler à Charron pour passer le Léthée ou le Styx ?

S’il n’y avait pas la mort nous finirions tous par nous entre-tuer les uns les autres à grands coups de banalité sans jamais avoir aucune chance de découvrir le trésor qu’elle dissimule aux yeux des profanes. Ceux qui croient être originaux.

En même temps si les idées sont dans l’air du temps elles ne touchent pas chacun d’entre nous de la même façon. Chaque personne « choisie » si je peux dire est une sorte de filtre unique par lequel cette idée va ressortir plus ou moins modifiée, soit obscurcie par une complexité sans nom, soit elle va devenir limpide et accessible.

Les idées sont dans l’air du temps. Tout le monde, c’est à dire toi et moi y avons accès de façon permanente comme dans un bain de liquide amniotique et c’est justement cela qui les rend difficiles à déceler. Elles sont si évidentes qu’on ne les regarde plus même si pour une partie encore de la population mondiale elles paraissent toujours ridicules.

La libération de la femme, qu’elle ait les mêmes droits que les hommes est une idée encore ridicule dans le monde actuel alors qu’elle devient de plus en plus évidente pour une partie seulement de la population Française. De plus en plus évidente avec tout de même des hauts et des bas liés à l’atavisme, à l’ignorance comme à l’imagination.

Pour qu’une idée « nouvelle » soit acceptée par l’ensemble d’une population cela prend du temps.

Ce ne serait pas comme si le matriarcat n’avait jamais existé et que nous n’en conservions pas dans notre mémoire collective quelques traces. Je conseille la lecture des « Mythologies » de Robert Graves l’écrivain et poète qui déchiffre de façon parfois stupéfiante ce qu’est une « Pénélope » ou encore comment les vestales certains soirs de sabbat rodent dans les rues en mâchant du laurier pour égorger les petits enfants.

A mon humble avis il n’y a pas plus de réalité à imaginer le salut chez les femmes que chez les hommes – il n’y a pour s’en convaincre qu’à passer un mois dans un bureau dans une société de services pour s’apercevoir que les femmes qui travaillent ici sont toutes aussi salopes que les mecs qu’elles côtoient. Peut-être même bien pires. Le ressentiment leur procure une sorte de génie particulier pour traquer le benêt ou le gros con. Je l’ai vu de mes propres yeux, je n’invente pas. Malheur à celui qui serait resté avec une idée erronée alors de la maman ou de la putain car pour les types de ma génération, la femme s’est longtemps résumée qu’à ces deux pôles extrêmes. Non la vérité c’est que la femme est « un homme comme les autres » et le contraire est probablement vrai aussi.

La notion du genre va surement disparaître un de ces quatre. Nous serons seulement des humanoïdes avec des tendances sexuelles qui varieront selon l’hygrométrie et l’oppression que nous aurons encore à subir et dans le fond des choses je n’ai pas d’avis tranché la dessus non plus sauf que le choix offre toujours plus de liberté si l’on sait choisir ce qui n’est pas le plus évident.

A la préhistoire aussi les idées étaient déjà dans l’air du temps. Cependant elles se propageaient moins vite. Désormais avec la télévision la radio et internet on assiste à la renaissance du feu tous les jours, parfois même plusieurs fois par jour. Et cela devient fatiguant.

On sait que les politiciens ne pensent qu’au pouvoir.

On sait que la pédophilie est un mal qui continue à faire des ravages.

On sait que le fric est le fléau majeur de ce monde

On sait que le racisme est une notion difficile à éradiquer.

On sait que les femmes sont toujours des objets sexuels et qu’elles sont les victimes de leurs maris, de leurs patrons.

On sait tout un tas de choses à une vitesse supraluminique et permanente. Avec toute la cohorte de contradictions que ces idées créent en s’entrechoquant dans les esprits ou avec les traditions.

On imagine que ce sont des idées neuves mais c’est faux. Ces idées sont là depuis toujours c’est seulement leur vitesse de propagation qui change en corrélation avec la courbe démographique exponentielle.

Autrement dit nous sommes parvenu à un paroxysme de la notion d’idée neuve, d’originalité qui nous aveugle.

Je me souviens encore de mon malaise durant les années 80 lorsque toutes les personnes que je côtoyais ne cessaient de m’asséner du « sois positif » toute la sainte journée. Nous sommes en 2020 et rien n’a changé. Il y a toujours cette flopée de mots d’ordre qui traîne dans de nombreuses cervelles, une sorte de slogan prémâché par la pub ou les intérêts financiers et politiques qui se dissimulent derrière.

Je me souviens que pour avoir la paix, pour ne pas me laisser envahir, je devais m’enfermer à triple tour dans des rêves et dans des chambres d’hôtel. En désirant devenir écrivain par exemple. Je voulais être écrivain, ou je ne sais plus quoi d’autre seulement à cause de cela je crois. Pour fuir les mots d’ordre, pour respirer, pour échapper aux zombies.

Aujourd’hui, je me suis calmé par rapport à cette peur d’être étouffé. J’ai découvert que je pouvais me foutre d’à peu près tout ce que les autres considèrent comme « très important » sans que ça ne provoque de séisme, ni de catastrophe majeure dans l’équilibre du monde.

En abandonnant peu à peu l’idée d’être quelqu’un de « spécial » ma « singularité », mon « originalité » j’ai découvert un territoire inconnu. Une sorte de nouveau monde à la façon d’un Christophe Colomb tout en m’égarant proprement comme lui sur les objectifs.

En m’efforçant de détruire toutes ces idées saugrenues sur moi-même, en me dirigeant vers l’âpreté et la banalité avec autant de ténacité qu’autrefois je m’étais acharner à déceler le merveilleux j’ai découvert un monde poignant, surtout dans le silence de ceux qui se taisent. Et cerise sur le gâteau j’ai pu retrouver des souvenirs intacts comme neufs, nettoyés par l’abandon des illusions. On peut ainsi retrouver toute sa mémoire à force de « récapitulation » comme le proposent tous les bons chamans qui se respectent.

Toutes les idées sont dans l’air du temps, elles l’ont toujours été, et le seront toujours mais ce n’est pas tant l’idée qui compte que celle ou celui qui leur offre un accueil, comme une pièce propre et bien rangée accueille le voyageurs fourbu un soir pour qu’il puisse simplement se reposer et repartir le lendemain.

illustration https://fr.123rf.com/photo_44613680_ampoule-dessin%C3%A9-sur-fond-de-peinture-color%C3%A9e.html

2 commentaires sur “Les idées sont dans l’air du temps.

    1. Merci mais ce tableau n’est pas de moi, j’ai rajouté le lien en fin d’article. Quand à l’égalité depuis la naissance de la révolution française on sait bien que c’est encore un fichu « mot d’ordre » une sorte de fantasme, bien d’accord pour ce qu’il contient de mensonger et pour sa fonction d' »égalisation » surtout vers le bas. D’un autre côté il a son utilité en terme de salaires, de droits ( de vote notamment) et à la parole ce qui n’est pas mal non plus 😉

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