Un vendredi matin avec Banksy

C’est tout à fait étrange de recevoir des coups de fil surtout quand ce n’est pas habituel, et d’autant plus de très bonne heure le matin.

Désormais avec les portables tu peux voir le numéro s’afficher et, en ce qui me concerne, il est très rare que je décroche quand l’indicatif se situe en dehors de mon département ou bien quand il s’agit d’un numéro masqué.

Pourtant quand j’ai vu cette suite de chiffre interminable s’afficher sur l’écran de mon Huawei ce matin je n’ai pas pu résister à la tentation. J’ai pensé que ce pouvait être une galerie New-yorkaise, ou bien peut-être un salon de la côte ouest qui cherchait absolument à me joindre après être tombé en amour sur mes œuvres exposées sur le net.

Mais non au lieu de ça je suis tombé sur une voix d’homme entre deux ages à l’accent traînant qui me demandait si j’étais bien moi en anglais. Intrigué j’ai dis que je le croyais fermement et ça a du détendre un peu l’atmosphère car la voix se fit à cet instant plus enjouée.

-Je suis …. l’agent de Banksy et nous aimerions que vous nous aidiez car nous préparons un projet dans votre région.

Là j’ai regardé encore une fois l’écran de mon smartphone pour lire une nouvelle fois le numéro de mon interlocuteur et je me suis dit que ce pouvait être plausible que le coup de fil provienne d’outre atlantique.

Puis j’ai vacillé un peu et je suis descendu avec l’appareil collé à l’oreille pour vite aller me resservir du café. En descendant l’escalier je disais « hum hum » pour bien indiquer à mon interlocuteur que je restais attentif. Mais mon esprit était déjà en train de siroter des Mojitos quelque part du coté de San Pedro ou ailleurs je ne pourrais pas le dire plus précisément que ça.

Enfin au bout de quelques minutes le café aidant et l’habitude de voir s’évanouir les miracles aussi j’ai dit : vous me prenez pour un crétin ? John c’est toi t’es complètement con de me faire monter en tour des le matin ? John est un de mes bons amis de San Francisco et c’est le premier auquel j’ai pensé évidemment vu son caractère taquin.

La voix s’est arrêtée de parler et j’ai bien senti des pensées qui se rassemblaient en toute urgence de l’autre coté pour imposer soudain toute la vraisemblance et le sérieux de mise dans ce genre de malentendu.

Oh vous pensez évidemment que c’est une blague que quelqu’un vous fait, je comprends a t’elle reprit.

-Hold the line

il y a un un petit moment de silence et là j’ai compris que j’avais changé d’interlocuteur

-Hi Pat it’s me Banksy !

Et là j’ai juste dit

-hi Bob ! pour monter que j’avais lu des trucs ( Avant on raconte que Banksyy s’appellait Robert Banks mais comme c’était trop long à prononcer il a diminuer la voilure.)

En plus Bob était vraiment idéal même si au lieu de Banks c’est Rob comme Robin Cunningham , ou encore James McCloud ou encore Timothy on s’en fiche, ça fonctionne au poil enfin bref, le tout étant qu’il comprenne que moi je sache qui il est je ne n’apparaisse pas inculte c’est l’essentiel.

Bref nous voilà parti en pleine conversation Bob et moi avant le lever du soleil. Ils cherchaient un mec pour aller faire des repérages dans une zone industrielle du coin où il ne restait plus que des friches. Ce qui avait entraîné la ruine de toute la région autour évidemment. En fait ils m’avaient repéré parce que j’avais partagé une photo en noir et blanc d’un pote photographe. La photo représentait un pochoir qui lui même représentait une femme courbée par le chagrin, appuyée sur un mur de l’usine en question. En plus comme je suis peintre nous sommes quasiment collègues n’est ce pas ?

A la fin nous rigolions comme de bons amis il m’appelait Pat et moi Bob ça ne le dérangeait pas et c’est là, à mon quatrième café du matin et à ma 5 ème cigarette, qu’il m’a dit :

J’ ai une putain d’idée Pat ! je t’envoie tout ce qui faut et tu vas faire le pochoir toi do you agree with that ? ok ? Right ?

A ce moment là j’avoue que je suis tombé de haut. Un peu comme lorsque j’ai appris que Léonard n’avait pas peint tous ses tableaux mais que c’était ses assistants qui finissaient le job la plupart du temps.

-Oh Bob j’ai dit, je ne crois pas que je puisse faire ça en fait et j’ai commencer à faire ma tirade sur l’honnêteté de l’artiste et tout le tralala blablabla.

On t’envoie du fric mec pas de soucis combien tu veux ?

Là j’avoue que j’ai vachement hésité et que j’ai failli craquer, on approchait de la zone rouge mon épouse et moi et l’idée d’avoir suffisamment de fric pour lui faire une surprise me tannait. Je me voyais déjà en train de lui dire au réveil chérie, prépare tes valises je t’emmène à Patmos…

Mais non j’ai tenu bon comme un con j’ai dit ce n’est pas pour moi Bob c’est pas mon truc et à ce moment là je crois qu’il a comprit, il n’a plus insisté.

Après avoir raccroché j’ai foncé vers la boite de doliprane parce que j’avais l’impression d’avoir la tète prise dans un étau. Puis j’ai entendu là haut les pas de mon épouse sur le parquet elle allait pisser comme tous les matins et elle m’appelait en haut de l’escalier

-T’es là

-Oui

-Tu étais au téléphone

-Oui

-C’était qui ?

Bob un copain américain j’ai répondu. Elle n’a rien rajouté de plus, moi non plus.

Ensuite la journée s’est déroulée comme toutes les journées et rien de plus.

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